‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 27 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈMK

quelques épargnes, et si, pour s'en assurer la conservation, il les a, par exemple, réalisées dans un champ, il est de toute évidence que ce champ n'est pas autre chose que le salaire transformé : le fonds ainsi acquis sera la propriété de l'artisan au même titre que la rémunération même de son travail. »

Il s'ensuit que le résultat le plus clair de la transformation de la propriété privée en propriété collective, sera d'enlever à l'ouvrier la libre disposition de son salaire, et par là même l'accès à la propriété et à l'amélioration de sa situation.

Maïs la solution socialiste n'est pas seulement désavantageuse à l'ouvrier, elle est surtout injuste, «caria propriété privée est de droit naturel pour l'homme >. Cette assertion se prouve par une comparaison entre l'animal et l'homme. L'animal, étroitement gouvemé par l'instinct, obtient sa fin par Tusage passager des choses présentes. L'homme, au contraire, possède à la vérité la nature sensîtive et peut, comme l'animal, jouir des objets physiques, mais cette partie de sa nature est faite pour obéir à la faculté supérieure qui distingue l'homme de la bête, àsavoir € la raison ou l'intelligence, et en vertu de cette prérogative, il faut reconnaître à l'homme non seulement la faculté générale d'user des choses extérieures, mais en plus le droit stable et perpétuel de les posséder, tant celles qui se consument par l'usage que celles qui demeurent après nous avoir servi. »

En effet, l'homme, grâce à son intelligence, rattache les choses futures aux choses présentes, et étant libre et maître de ses actions, il est en quelque sorte à lui-même sa loi et sa providence, sous la Providence suprême de Dieu. De là son droit de choisir les choses qu'il croit les plus aptes à pourvoir non seulement au présent mais au futur, et de là par conséquent son droit à la possession, non seulement des fruits de la terre, mais de la terre elle-même, qui seule peut lui offrir perpétuellement de quoi satisfaire à ses besoins sans cesse renaissants.

qu'on n'en appelle pas à la providence de l'État, car € l'État jstérieur à l'homme, et avant qu'il pût se former, l'homme déjà reçu de la nature le droit de vivre et de protéger son existence.! 1 n'objecte pas non plus à la propriété privée « le fait que a donné la terre en jouissance au genre humain tout entier >.

vérité « signifie uniquement que Dieu n'a assigné de part à 1 homme en particulier, mais a voulu abandonner la délimi- I des propriétés à l'industrie humaine et aux institutions des es ». Du reste la terre, même divisée, sert à l'utilité de tous, )us se nourrissent de ses produits, soit directement, soit par le il ; et l'on peut même <; affirmer en toute vérité que le travail i moyen universel de pourvoir aux besoins de la vie, soit

l'exerce dans un fonds propre ou dans quelque art lucratif, la rémunération ne se tire que des produits multiples de la avec lesquels elle s'échange. > Cela est d'autant plus vrai que re, sans les soins de l'homme, ne pourrait lui fournir d'elle-même i est nécessaire à son entretien et à son perfectionnement. ; cette considération le Pape tire un nouvel argument en faveur propriété privée. En appliquant ses forces et son intelligence :ulture de la terre, l'homme s'attache et s'applique pour ainsi i lui-même cette portion de la terre qu'il a cultivée, il la marque n empreinte, il acquiert sur elle un droit inviolable : < car enfin lamp, remué avec art par la main du cultivateur, a changé ilètement de nature : il était sauvage, le voilà défriché ; d'ind il est devenu fertile : ce qui l'a rendu meilleur est inhérent >1 et se confond tellement avec lui, qu'il serait en grande partie ssible de l'en séparer. Or la justice toléreràît-elle qu'un étranger ilors s'attribuer cette terre arrosée des sueurs de celui qui l'a éfi ? > C'est donc avec raison que le genre humain tout entier malt la propriété privée comme fondée sur la nature; que les iviles, basées sur le droit naturel, la consacrent et la défendent; fin la loi divine interdit jusqu'au désir du bien d'autrui.

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