‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 29 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME

OU faire cesser, ou adoucir le conflit, grâce aux doctrines de TÉvangîle, où elle puise de quoi éclairer les esprits, régler les mœurs, améliorer le sort des pauvres par de charitables institutions. De plus elle veut et désire ardemment l'union des classes dans la recherche de la meilleure solution de la question ouvrière ; elle veut aussi, dans une juste mesure, Tintervention des pouvoirs publics.

Un des premiers enseignements que TÉglise donne en la matière « c'est que Thomme doit prendre en patience sa condition. » Les socialistes s'efforcent en vain de détruire les inégalités sociales. Ces inégalités, basées sur des différences naturelles de qualités et d'aptitudes, sont voulues par la nature. Elles sont d'ailleurs profitables à la société et à ses membres ; car la société, organisme très varié, requiert des dispositions diverses dans ses divers organes, et la diversité des aptitudes porte les individus à s'appliquer aux fonctions sociales qui leur conviennent le mieux.

C'est particulièrement une chimère dangereuse que de prétendre supprimer le travail pénible. Dans l'état d'innocence, le travail eût été une occupation agréable ; depuis la chute, il est devenu pénible et, comme tel, il constitue une expiation inévitable, de même que les autres souffrances et calamités, fruits amers du péché. « La douleur et la souffrance sont l'apanage de l'humanité. > Ceux qui promettent une vie exempte de peine et toute de jouissances, trompent le peuple et lui préparent des calamités pires que les actuelles.

i L'erreur capitale dans la question présente, c'est de croire que les deux classes sont ennemies nées Tune de l'autre. Au contraire, la classe riche et la classe pauvre sont destinées par la nature à s'unir harmonieusement et à se tenir mutuellement dans un parfait équilibre. Elles ont un impérieux besoin l'une de l'autre: il ne peut y avoir de capital sans travail, ni de travail sans capital. » Unis, ils produiront l'ordre et la beauté, désunis, le désordre et la confusion. Pour faire cesser le conflit existant entre les classes, « les institutions chrétiennes possèdent une vertu admirable et multiple >.

D'abord TÉglise rappelle aux patrons et aux ouvriers leurs devoirs de justice. Pour l'ouvrier, ceux-ci comportent l'obligation de fournir le travail promis par contrat libre et juste, de ne pas léser le patron, d'éviter la violence et la sédition dans la revendication de ses droits, enfin de fuir les artisans de désordre et les séducteurs du peuple. Le patron doit respecter dans l'ouvrier la dignité d'homme et de chrétien. Le travail du corps est honorable. « Ce qui est honteux et inhumain, c'est d'user des hommes comme de vils instruments de lucre, et de ne les estimer qu'en proportion de la vigueur de leurs bras. » Il faut ensuite donner satisfaction aux intérêts spirituels de l'ouvrier, le protéger contre les séductions, affermir en lui l'esprit de famille et d'économie. « D'autre part il est défendu aux maîtres d'imposer à leurs subordonnés un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur âge et leur sexe. > Un des principaux devoirs du patron, c'est de donner à l'ouvrier un juste salaire et de ne pas l'exploiter en spéculant sur l'indigence. Ainsi donc« tout acte violent, toute fraude, toute manœuvre usuraire > qui s'attaquerait à l'épargne du pauvre, sont d'autant plus illicites que plus grande est la faiblesse du pauvre.

L'observation de ces lois suffirait à supprimer les causes de l'antagonisme des classes. Mais l'Église veut plus: elle veut porter celles-ci à une vraie amitié. Et pour cela elle fait appel à la doctrine de l'immortalité qui donne l'intelligence vraie de cette vie passagère. La considération de la vie éternelle nous apprend que nous ne sommes pas faits pour les biens caducs de ce lieu d'exil. Peu importe la richesse ou la pauvreté : l'usage qu'on en fait, voilà ce qui importe. D'ailleurs la richesse ne met pas l'homme à couvert de la douleur. Jésus-Christ a marché par le chemin des afflictions, tous doivent l'y suivre pour arriver au ciel. Elles sont les stimulants delà vertu et les sources du mérite. Quant aux richesses, elles sont plutôt un obstacle qu'un secours dans la voie du ciel, et le Seigneur en demandera un compte très rigoureux. Sans doute la

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