CHAPITRE VINGT-SKPTIÈMK
Après avoir exposé le rôle de TÉtat, Léon XIII en vient à parler des autres facteurs de la solution désirée, à savoir de Faction des maîtres et des ouvriers. Il préconise les œuvres de paix sociale, les sociétés de secours mutuels, les caisses d'assurance, les patronages, mais surtout les corporations, qui jadis rendirent tant de services à la classe ouvrière et aux arts et qui ne seront pas moins utiles si on les adapte aux conditions nouvelles d'une civilisation plus raffinée. Léon XIII approuve donc les corporations, soit mixtes, soit composées des seuls ouvriers, et il démontre leur droit à l'existence.
L'homme natt avec une propension naturelle à s'associer avec ses semblables. De là l'existence de la société civile formée eh vue du bien commun de tous les citoyens ; puis, au sein de celle-ci, se forment des sociétés restreintes, imparfaites mais véritables, qu'on nomme sociétés privées, parce qu elles sont établies pour l'utilité de leurs seuls membres et dans un but privé. Ces dernières sociétés sont, tout aussi bien que la société civile, de droit naturel, et l'État ne peut leur refuser l'existence sans violer le principe d'où il tire lui-même son existence. Il peut seulement empêcher ou dissoudre celles qui poursuivraient une fin en opposition flagrante avec la justice ou la sécurité de l'État, et encore doit-il en cela procéder avec une grande circonspection, pour ne pas léser les droits des citoyens, sous couleur d'utilité publique.
Le Pape proteste incidemment contre l'injustice dont sont victimes les confréries et les ordres religieux qui poursuivent un but essentiellement honnête. L'État aurait dû respecter en eux, non seulement le droit naturel et le droit supérieur qu'a l'Église sur ces sociétés, mais la volonté des donateurs, les droits des membres de ces sociétés sur le patrimoine de celles-ci, enfin les droits des personnes qui en retiraient des secours. Malgré cela, on les a spoliées, alors qu'on accordait toute liberté de s'associer aux pires ennemis de l'Église et de l'État!
Jamais en effet on ne vit tant de sociétés de tout genre, surtout
Le Pape Léon XIII. - II. 6
parmî les ouvriers. Beaucoup ont des chefs occultes, suivent « un mot d'ordre également hostile au nom chrétien et à la sécurité des nations » et condamnent à l'ostracisme les ouvriers qui refusent de s'affilier à elles. Dès lors, il ne reste plus d'autre alternative aux ouvriers chrétiens que de s'enrôler dans ces sociétés, ou de s'organiser pour secouer leur joug injuste et intolérable. Entrer ces deux partis il n'y a pas à hésiter.
Le Pape loue le zèle déployé par les catholiques pour travailler au relèvement de la classe ouvrière, en accroissant la prospérité domestique et individuelle des travailleurs, en améliorant les relations entre patrons et ouvriers, en poussant à l'observation du devoir et des préceptes divins, sources de paix et d'harmonie. Il loue encore les congrès catholiques où s'échangent les idées, s'unissent les forces, et s'arrêtent les programmes d'action. Il loue surtout ceux qui. s appliquent à fonder des corporations dans les divers métiers, aident les artisans de leurs conseils et de leur fortune et leur procurent un travail rémunérateur. Il loue le zèle des évêques et du clergé, qui protègent et assistent spirituellement ces corporations, le zèle des laïcs qui, devenus les compagnons des ouvriers, s'appliquent à étendre au loin des sociétés où ceux-ci puissent trouver une certaine aisance et le gage d'un repos honorable pour leurs vieux jours.
Tous ces efforts inspirent de la confiance pour l'avenir, mais il faut que ces sociétés continuent à se développer. Il faut que l'État les protège sans s'immiscer dans leur gouvernement intérieur, ni toucher aux ressorts intimes de leur vie. La vie en effet provient d'un principe intérieur et s'éteint facilement sous l'action d'une cause externe. Les corporations doivent avoir une organisation et une discipline capables de leur donner l'unité d'action et l'accord des volontés. Elles doivent pouvoir se choisir elles-mêmes des statuts conformes à leur but. La nature de ceux-ci doit dépendre des circonstances, du génie "de la nation, de l'expérience acquise, du genre de travail, etc. Tout ce qu'on peut dire en général, c'est que les