‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 34 sur 255 · CHAPITRE VINGT-SEPTIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-SEPTIÈMK

corporations doivent être organisées de façon à ce que leurs membres puissent « atteindre autant que possible l'accroissement des biens du corps, de l'esprit, de la fortune.

« Mais il est évident qu'il faut viser avant tout à Tobjet principal qui est le perfectionnement moral et religieux; c'est surtout cette fin qui doit réjgler toute l'économie de ces sociétés; autrement elles dégénéreraient bien vite et tomberaient, ou peu s'en faut, au rang des sociétés oix la religion ne tient aucune place. > Ce qui caractérise le chrétien,c'est de chercher avant tout le royaume de Dieu et sa justice. Ainsi donc, que dans les corporations, l'on donne une large part à l'instruction religieuse ; qu'on prémunisse l'ouvrier contre l'erreur et contre le vice; qu'on lui enseigne à aimer l'Église, à lui obéir, à fréquenter les sacrements. Cela établi, il faut dans la corporation répartir les diverses fonctions de la façon la plus utile au bien com* mun, et sans que l'inégalité nuise à la concorde. Les fonctions doivent être clairement définies, la caisse commune administrée avec intégrité, les secours déterminés d'avance d'après le degré d'indigence. Les droits et devoirs des patrons doivent être parfaitement conciliés avec ceux des ouvriers. A ce propos, il serait très utile d'établir des arbitres chargés de régler les litiges éventuels. Il faut encore veiller à ce que l'ouvrier soit constamment pourvu de travail, et former un fonds de réserve pour parer aux accidents, à la vieillesse, à la maladie, à l'infortune.

Ces règles suffiraient à assurer quelque bien-être aux faibles. Mais les corporations catholiques contribueront aussi à la prospérité générale, comme le passé en fait foi.

C'est ainsi que les premiers chrétiens, méprisés jadis pour leur indigence, surent par leur conduite sage, juste et charitable, faire taire le sarcasme, se concilier la faveur des puissants, enfin ouvrir les voies au triomphe de la vérité chrétienne. Il en sera de même dans la question ouvrière qui s'agite aujourd'hui, et qui sera nécessairement résolue par la raison ou sans elle. Les ouvriers chrétiens,

unîs comme il vient d'être dit, la résoudront facilement par la raison. € Quelle que soit dans les hommes la force des préjugés et des passions,... il faudra que tôt ou tard la bienveillance publique se tourne vers ces ouvriers, qu'on aura vus actifs et modestes, mettant l'équité avant le gain, et préférant à tout la religion du devoir. > Il s'ensuivra que la voie du retour sera ouverte aux ouvriers égarés, qui vivent loin de la vérité et de la pratique chrétienne. Les traitements inhumains qu'ils subissent, l'estime qu on fait d'eux, en proportion seulement de leur travail, puis les discordes qu'ils trouvent dans les sociétés qui les ont séduits, tout cela leur fait comprendre l'erreur dans laquelle ils sont tombés. € L'âme brisée, le corps exténué, combien qui voudraient secouer un joug si humiliant ; mais, soit respect humain, soit crainte de l'indigence, ils ne l'osent pas. £h bien ! à tous ces ouvriers, les sociétés catholiques peuvent être d'une merveilleuse utilité, si, hésitants, elles les invitent à venir chercher dans leur sein un remède à tous leurs maux, si, repentants, elles les accueillent avec empressement et leur assurent sauvegarde et protection. >

Le Pape termine et résume l'admirable document que nous analysons par cette vibrante exhortation à l'action : € Que chacun se mette à la tâche qui lui incombe, et cela sans délai, de peur qu'en différant le remède, on ne rende incurable un mal déjà si grave. Que les gouvernants fassent usage de l'autorité protectrice des lois et des institutions ; que les riches et les maîtres se rappellent leurs devoirs ; que les ouvriers, dont le sort est en jeu, poursuivent leurs intérêts par des voies légitimes, et puisque la religion seule, comme Nous l'avons dit dès le début, est capable de détruire le mal dans sa racine, que tous se rappellent que la première condition à réaliser, c'est la restauration des mœurs chrétiennes, sans lesquelles les moyens suggérés par la prudence humaine comme les plus efficaces, seront peu aptes à produire de salutaires résultats. >

Quant au secours de l'Église, il ne fera pas défaut. Les évêques

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