‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 38 sur 255 · CHAPITRE VIHGT-SEPTIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIHGT-SEPTIÈMK

des tenants de la vieille école libérale ne sont pas moins intéressantes à connaître. Un de ses chefs les plus autorisés, M. Anatole Leroy- Beaulieu, économiste de marque et membre de l'Institut, consacra à l'étude de l'encyclique un livre intitulé la Papauté, le Socialisme et la Démocratie dont voici le début. A côté d'appréciations contestables, on trouvera dans ces lignes la preuve de

l'immense effet produit au sein des écoles d'économie politique par l'intervention de Léon XIII en matière sociale.

< De quoi donc aujourd'hui vient se mêler le Pape? et par oîi la question sociale regarde-t-elle l'Église et les curés ?> Ainsi s'exprimait un vieillard, et, en tenant ce langage, il était bien dans la tradition de ce siècle expirant, dans la tradition française du moins. Le XIX^ siècle — nous en pouvons déjà parler au passé — s'était

flatté d'exclure TÉglîse des affaires de ce monde. Il lui semblait que la religion, faîte pour les choses du Ciel, n'avait rien à prétendre aux choses de la terre. Le libéralisme, en faisant profession de respecter la liberté religieuse, avait pris . soin d'enfermer le clergé dans ses églises, dans ses séminaires et ses couvents. Le siècle avait fait comme ces maires ou ces sous-préfets qui, de par la loi, font défense au Christ de se montrer dans la rue. La croix ne devait plus se laisser voir que dans la solitude des cimetières, sur la tombe des morts, ou, loin des regards des vivants, sur la flèche des tours perdues, là-haut, dans les airs. A beaucoup il semblait même, par là, servir la religion : c'était la compromettre que de la laisser sortir de son double domaine, la nef de ses églises et le sanctuaire de la conscience. L'y confiner, en fermant sur elle les portes du temple, c'était la ramener à sa mission.

< £h bien! non, ce n'était là qu'une illusion. Nous avons eu beau séparer le temporel du spirituel, on ne peut en faire ainsi deux compartiments isolés par une cloison étanche. L'Église ne saurait longtemps se désintéresser de tout ce qui vit et s'agite autour d'elle. Ses prêtres ne pouvaient se borner à psalmodier, dans l'immobilité de leurs stalles, des oraisons latines, à entonner le De profundis devant le catafalque des morts, à faire réciter le catéchisme à des enfants distraits et à écouter, dans le silencieux demi-jour du con-* fessionnal, les monotones aveux des dévotes de toiit âge. L'Église, il est vrai, tout en protestant contre cette réclusion, semblait peu à peu en prendre l'habitude. On eût dit que le Pape, interné au Vatican, allait devenir le symbole vivant de la situation faite à la religion et au Christ. A l'imitation du suprême pontife, les évêques n'apparaissaient guère sous le portail de leurs cathédrales que pour jeter un anathème aux nouveautés du jour. Par ses malédictions chagrines, l'Église semblait elle-même se reléguer à l'écart de ce monde qui se retirait d'elle. Prétendait-elle encore s'adresser à eux, les peuples ne la comprenaient plus. Nombre même de ses en-

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