‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 39 sur 255 · CHAPITRE VIKGT-SSPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIKGT-SSPTIÈME

fants ne lui prêtaient qu'une oreille inattentive. C'est qu'elle les fatiguait de ses doléances sur les malheurs des temps, ne cessant de vanter le passé à des générations qui n'avaient d*yeux que pour l'avenir. — Et voilà que cette vieille mère, traitée de radoteuse par l'irrévérence de tant de ses fils, s'est mise à parler aux hommes de ce qui les passionne et les divise le plus. Tout comme au temps des Grégoire VII et des Sixte-Quint, le Pape veut dire son mot sur les affaires humaines : et le monde ne s'en irrite point, et le siècle ne s'en montre pas trop surpris. C'est encore là un signe des temps qui viennent.

i. Il semble bien que nous assistions à la rentrée en scène d'un des grands acteurs de l'Histoire. Sur le vieux théâtre d'où on l'avait crue à jamais bannie, la papauté aperçoit un personnage nouveau, bien différent de ceux auxquels pendant mille ans elle a donné la réplique : à la place des dynasties sacrées par ses mains, elle a en face d'elle la démocratie ; émouvante rencontre, en vérité, et d'où dépend beaucoup le dénoûment du drame des temps prochains. La papauté en a le sentiment, et sans s'attarder à des discours inutiles, elle va droit à la démocratie, et de quoi lui parlet-elle ? De ce qui tient le plus au cœur du peuple, de la question sociale. >

Puisse la démocratie, ajouterons-nous, entendre la voix de la Papauté ! Si elle demeure sourde à ses conseils, elle conduira les peuples à un abîme de maux dans lequel elle trouvera sa propre ruine. M. Emile OUivier a émis sur l'encyclique Rerum Novarum une appréciation aussi fine que juste. Nous sommes d'autant plus heureux de la citer ici, que nous aurons bientôt à combattre d'autres jugements de l'illustre académicien à propos de Léon XIII et de son action en matière politique et religieuse.

< Dans cette encyclique, dit M. Emile OUivier, Léon XIII s'est surpassé : il n'a jamais été aussi bien le Pape de la lumière et de l'harmonieuse sérénité. Ces pages sont une merveille d'élévation,

de justesse, de mesure, d'élégant et fort langage, de délicate et ferme pondération d'idées et d'intérêts contradictoires. »

Après avoir analysé les doctrines de l'encyclique sur l'intervention de-rÉtat en matière sociale, M. OUivier continue :

€ Dans toutes les thèses de l'encyclique brille cette incomparable circonspection et cet imperturbable équilibre, grâce auxquels la question fondamentale de l'intervention des pouvoirs publics a été résolue sans blesser aucun autre principe également fondamental.

4: Ainsi Léon XIII est favorable au pauvre, mais il n'est pas hostile au riche. Il ne paraphrase pas contre lui la parole évangélique : Malheur aux riches !

« Il constate sévèrement la dureté trop évidente de certains riches au cœur de pierre ; il ne les rudoie cependant pas ; il les adjure, il les presse, il les implore, il essaye de les convaincre. A cet effet, il ne se contente pas de les renvoyer au jugement de Dieu, il leur montre les périls dont ils sont menacés, et certes il ne les exagère ' pas, car tous les observateurs savent que la lutte sociale, conjurée partout où les patrons se montrent « intelligents sur le pauvre et l'indigent », s'envenime au contraire, à chaque instant, dans les centres encore trop nombreux où ils se montrent féroces d'égoïsme et d'indifférence.

€ Le Pape encourage certainement les revendications ouvrières par cela qu'il les proclame fondées. Les ouvriers, contrairement à la donnée économique, n'ont cessé de prétendre que le salaire devait être réglé par leurs besoins, non par le rapport de l'offre et de la demande. Le Pape approuve cette prétention. Mais il n'excite pas les convoitises irréalisables par ces phrases vagties^ ces assentiments généraux auxquels se complaisent tant de dilettantes en socialisme ; il définit^ avec une rigueur presque mathématique, ce qui est conforme à la justice et ce qui s en écarte ; il recommande la modération, le bon sens et le respect du droit d'autrui ; il prémunit les gouvernements contre les complaisances coupables, les incite

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