CHAPITRE VINGT-CINQUIÈME
des moyens absolument injustes et inhumains. De là date le commerce des esclaves amenés de T Ethiopie, commerce qui, sous le nom de traite des nègres, s'étendit prodigieusement au sein des nouvelles colonies. > Les indigènes, appelés universellement Indiens, furent victimes d'une oppression analogue. Mis au fait de ces horreurs, Pie II les condamna par sa lettre du 7 octobre 1462, et, bientôt après, Léon X insista auprès des rois de Portugal et d'Espagne pour leur complète cessation. Mais la cupidité l'emporta, et Paul III fut amené à déclarer à la face du monde, par un décret solennel, qu'on doit reconnaître à tout homme trois puissances propres : celle de s'appartenir à soi-même, celle de vivre en société avec des lois propres, celle de pouvoir acquérir et posséder. Urbain VIII, Benoit XIV, Pie VII ne se montrèrent pas moins ardents défenseurs de la liberté des Indiens et des Noirs, même païens. Pie VII insista au congrès de Vienne pour l'abolition totale de la traite des nègres. Grégoire XVI rappela au devoir ceux qui l'oubliaient en cette matière, et renouvela à ce propos les décrets et les peines portées par le Saint-Siège. Il invita les autres nations à suivre l'exemple de douceur donné par les peuples qui ont aboli l'esclavage. Enfin Léon XIII est heureux de pouvoir féliciter les rois et les gouvernements d'avoir réalisé ce vœu et donné satisfaction aux trop longues plaintes de la nature et de la religion.
Mais le Souverain Pontife constate que si la traite est abolie sur mer, elle subsiste encore dans toute son horreur sur terre, spécialement en Afrique. Il décrit les pratiques abominables des traitants, . basées sur la doctrine de Mahomet qui prescrit la servitude et considère les nègres comme à peine au-dessus de la brute. De là ces attaques improvisées de villages pacifiques, ces dévastations, ces massacres, cet enlèvement de populations entières, que l'on emmène pour être vendues sur d'infâmes marchés, après de longues marches poursuivies sous le poids des chaînes et sous les coups, tandis que le chemin de ces horribles caravanes demeure marqué par les
ossements des malheureux qui ont succombé en route. Au témoignage des voyageurs, 400,000 Africains sont ainsi vendus chaque année à Tinstar des animaux, et la moitié périssent sur le chemin. Devant ces scènes, un cri de douleur et de charité s'échappe du cœur du Pontife : < Nous qui représentons la personne du Christ, très aimant sauveur et rédempteur de toutes les nations,.. Nous pouvons à peine exprimer de quelle pitié Nous sommes saisis envers ces peuples malheureux, avec quelle charité Nous étendons vers eux les bras, avec quelle ardeur Nous désirons pouvoir leur donner toute aide et tout secours, afin que, délivrés à la fois de la servitude des homnies et de celle de la superstition, ils puissent enfin servir le seul vrai Dieu, sous le très suave joug du Christ et devenir avec nous participants de l'héritage céleste. > Le Pape fait ensuite un chaleureux appel aux gouvernants pour la destruction totale de la traite. Puis s'adressant aux missionnaires il les encourage dans leurs travaux apostoliques par Texemple de Pierre Qaver» qui se consacra pendant quarante ans au soin des pauvres esclaves n^pres, dont il se déclarait lui-même l'esclave perpétuel, et dont il fut justement proclamé Tapôtre.
Le Pape termine son encyclique par quelques conseils pleins de sagesse aux évêques sur la façon dont doit s'opérer au Brésil l'affranchissement des esclaves, afin que ce grand acte, entouré de bien des difficultés, s'accomplisse tranquillement, justement, chrétiennement, sans désordres et sans troubles, et cela dans l'intérêt même , des esclaves* Il faut que ceux-ci se montrent reconnaissants, dignes de la liberté par leur bonne conduite et l'accomplissement exact des devoirs dans la cité et la famille. Qu'ils se gardent de lenvie à l'égard des favorisés de la fortune* Ce sentiment est une source féconde de dai^rers pour la paix publtque.Qu ils se contentent de leur situation et cherchent avant tout les biens célestes, pour lesquels ils ont été créés cl rachetés par Jéscs-Christ* Qu ils aiment Dieu et observent ses commandements, qu ils rendent à T Église lamour qu elle a pour eux.