CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
organisation sous l'impulsion de son clergé si énergique et si populaire. Aux États-Unis, des initiateurs, comme le cardinal Gibbons et Mgr Ireland, s'efforcent avec succès de faire tourner au profit de la paix sociale et au développement du catholicisme l'activité dévorante et l'esprit indépendant de l'Américain. Bref, les efforts des catholiques sur le terrain social ne sont plus isolés et individuels, ils prennent un caractère organisé et universel, qu'il était d'ailleurs grand temps de leur donner, si l'on ne voulait être entièrement submergé par le flot montant de la démagogie anti-chrétienne.
Si la parole de Léon XIII provoque dans le monde entier de pareils élans d'activité, il faut ajouter que le Pape ne se borne pas à parler. Il est le premier à mettre en pratique ce qu'il enseigne comme Vicaire de Jésus-Christ. Rome est tout spécialement l'objet de sa sollicitude. Outre les innombrables œuvres qui faisaient de la Rome des Papes le modèle de la charité chrétienne, et qui continuent à subsister au milieu de difficultés sans cesse grandissantes, la main de Léon XIII protège et soutient efficacement les nombreuses écoles catholiques de Rome, les orphelinats et les patronages qui abritent des centaines d'enfants des deux sexes, et puis cette œuvre des cuisines économiques, montées par le cercle de Saint-Pierre, grâce à laquelle des milliers d'ouvriers, souffrant de la terrible crise financière dont Rome est frappée, trouvent, moyennant la faible somme de 20 centimes, un repas réconfortant. A cette œuvre le cercle de Saint-Pierre joint celle des asiles de nuit, oîi, contre une rétribution de 10 centimes, le malheureux sans abri trouve un lit propre et commode. Ces asiles sont tenus par des sœurs et surveillés par les membres du cercle. Avant de prendre le repos, on y récite en commun la prière du soir, pratique qui donne à cette hospitalité le caractère chrétien dont sont malheureusement dépourvues la plupart des œuvres similaires établies en d'autres villes.
Mais nous voulons attirer plus spécialement l'attention du lecteur sur la Primaria associazione artistica edoperaia di carità reciproca,
Le Pape Léon XIII. - II. 7
98 le: PAPS I.ÉON XIII.
société de secours mutuels, établie par Pie IX et qui reçut, sous Léon XI n, de grands développements. Cette œuvre sociale, de caractère absolument moderne, compte au delà de quatre mille membres répartis en plusieurs sections, qui toutes ont leurs délégués au conseil directif de l'œuvre. Les sections comprennent toutes les professions artistiques, tous les corps de métiers : peintres, sculpteurs, orfèvres; typographes, patrons et ouvriers dé l'habillement, des arts techniques, domestiques, etc. En 1888, le Saint- Père fit don à la société d'un magnifique local, acheté au prix de 500,000 frs. L'assôciatioh artistique ouvrière s'occupe de toutes les œuvres ^ui intéressent les petits patrons et les ouvriers. Une section prend soin des subsides à donner aux associés, spécialement en cas dé maladie. En 1888, cette section avait un revenu de fr. 34,815,02, provenant des souscriptions des associés et de dons divers. Elle distribua fr. 1 9» 545,07 en subsides aux membres de la société. Il fut payé, dans le courant de cette année, à des ouvriers malades 9,549 journées entières et 4,324 journées réduites. L'ensemble des secours donnés aux associés malades depuis 20 ans se monte à fr. 343,608,45. La section décréta aussi de donner désormais gratuitement les secours pharmaceutiques. L'esprit d'économie fut stimulé par la création de livrets de petite épargne qui, à la fin de 1888, s'élevaient au nombre de 7,122, représentant un capital de fr. 168,649,88. L'association établit aussi l^isage des prêts sur l'honneur. De 1886 à 1890 il avait été fait 580 de ces prêts.
: Les livrets d'épargne et les prêts sur l'honneur sont proprement l'œuvre de la Banca artistico-operaia^ institut de crédit annexé à la société, qui fut d'abord établi sous la forme coopérative, mais se transforma en 1892 en société anonyme. Cette banque, grâce à un mouvement de capitaux s'élevant annuellement à près de six millions de francs, vient puissamment en aide au petit commerce de Rome si éprouvé dans ces derniers temps.
Aux institutions qui se groupent autour de X Assoeiazione àrti-