CHAPITRE VINGT-SEPTIÈME
sttca edoperata^W faut ajouter la Soctetà àrtistica operaia romana pour la construction des maisons ouvrières, corporation mixte, très propre à favoriser la paix sociale et qui jouit d'une puissante action dans le milieu commercial et ouvrier de Rome.
La forme la plus simple et la plus ancienne de la charité, celle dont on ne pourra jamais se passer et qui demeure toujours nécessaire au règlement de la question sociale, c'est Taumône. Là aussi Léon XIII prêche par l'exemple aussi bien que par la. parole. Il s'est trouvé de vils scribes qui n'ont pas craint d'accuser le Pape d'avarice. Un journal libéral, indigné de tant d'injustice, se chargea luimême de donner la réponse à ces accusateurs. Voici ce qu'écrivait la Sera en 1 890 : < Démentez que les secours donnés par Léon XIII soient devenus très rares. Si Ton pouvait énumérer toutes les familles qui sont continuellement entretenues et subsidiées par le Pape, on n'en finirait pas. Les aumônes ordonnées par le Pape en faveur des pauvres sont distribuées jusqu'au dernier centime, parce qu'il y a pour ces distributions de charité un bureau de révision si soigneux et si scrupuleux, qu'il est impossible de rien aliéner ou supprimer des sommes données pour la bienfaisance. »
Ces affirmations du journal libéral sont confirmées par la statistique des aumônes faites par le Saint- Père en 1890, statistique publiée dans, il Cittadino ait Gênes et dont XOsservatore Romauo a reconnu l'exactitude.
Voici cette statistique :
Secours mensuels ordinaires. '37i2S3i75
Secours mensuels extraordinaires. 9,174,00
Secours mensuels à l'occasion des fêtes religieuses. 4^)739><^<^
Secours mensuels à quelques écoles. . 38,128,58
A la société ouvrière catholique. 29,300,00
171 dots à des jeunes filles pauvres. 17,100,00
Subsides aux familles des anciens employés pontificaux. 40, 1 10,00.
Subsides aux militaires pontificaux. 26,400,00
A la société de secours pour les militaires et leurs familles. ' 1,500,00
100 LE PAPE LâON XIII.
Aumônes aux pauvres de Rome. 40,545,00
900 lits. 26,775,00
Dispensaire pharmaceutique. <^)537,93
Aux pauvres de Castel Gandolfo. 1,612,43
Subsides à quelques maisons religieuses. 3,^70,04
Total : Fr. 427,125,78
Ces chiffres sont assez éloquents pour se passer de commentaires. Notons seulement que si c'est là en quelque sorte le service ordinaire de la bienfaisance pontificale, elle a aussi un service extraordinaire difficilement évaluable.
Deux faits achèveront de caractériser Faction sociale de Léon XIII. On se souvient du dévouement héroïque de Tabbé Margerin, s'élançant à Fourmies entre les ouvriers surexcités et les soldats prêts à faire feu, et arrêtant au péril de sa vie le massacre de ses paroissiens. Cet acte symbolisait trop bien l'action de l'Église et de la Papauté au sein des discordes sociales de notre temps, pour que Léon XIII ne voulût pas en quelque manière s'y associer. Il fit transmettre, par le cardinal Rampolla et l'archevêque de Cambrai, ses félicitations à l'humble et courageux prêtre, qui n'avait pas hésité à affronter la mort pour se faire médiateur de paix et prévenir une nouvelle collision sanglante. Léon XIII loua et bénit cet acte où brille un esprit de charité et de sacrifice € inspiré par l'enseignement et l'exemple du divin Fondateur de notre sainte Religion ».
L'autre fait que nous voulons signaler c'est la béatification du jeune apprenti Nunzio Sulprizio. En juin 1891, Léon XIII éleva aux honneurs des autels ce pauvre ouvrier, indignement persécuté par un maître barbare, et qui se sanctifia par son héroïque patience sous le poids d'un travail d'esclave. Le Pontife donnait par là aux travailleurs qui se sentent opprimés, un protecteur et une consolation. Il leur apprenait, en même temps, qu'en faisant valoir leurs justes revendications, ils ne doivent jamais oublier que la patience est la vertu propre du chrétien.
CHAPITRK VINGT-SKPTIÈME. 101
On a parfois reproché aux catholiques de prêcher la résignation à ceux qui souffrent et de ne rien faire pour les arracher à l'injustice. Cette considération a décidé bon nombre de catholiques à se lancer hardîment dans la voie de la défense des droits de Touvrier. Une pareille attitude est nécessaire sans doute et conforme à l'esprit du christianisme, mais il ne faut jamais oublier que la patience, elle aussi, est indispensable au pauvre et au travailleur et que, sans elle, le mouvement social catholique courra risque de dériver vers le socialisme et de se confondre finalement avec lui.
C'est un rôle difficile que celui de chef populaire; les catholiques, qui le remplissent avec éclat, doivent éviter soigneusement de ressembler par quelque côté à ces agitateurs que Léon XI 1 1 a dépeints dans son discours du 24 février 1885 ^^^ membres des Cercles catholiques de France : « Ils trompent, dit-il, les ouvriers par de vaines promesses ; ils les flattent en exaltant leurs droits, sans parler jamais de leurs devoirs; ils excitent dans leurs âmes la haine des propriétaires et des riches. » A cet esprit mauvais, le Pontife oppose le véritable esprit qui doit régner dans les corporations chrétiennes : € Elles mettent, dit-il, dans le cœur de tous, l'amour à la place de la haine, qui trop souvent isole les ouvriers de leurs patrons. Aux ouvriers elles inspirent le respect et l'obéissance, la fidélité et le dévouement dans le travail ; aux patrons, elles rappellent que les catholiques de toutes les conditions sont frères en Jésus-Christ ; que la justice doit présider à tous leurs actes; que la charité et la douceur doivent tempérer le commandement et les reproches. >
Nous ne serions pas complets si, après avoir tracé brièvement le tableau du mouvement social catholique organisé sous l'impulsion de Léon XIII, nous ne signalions pas certaines tendances qui se font parfois jour dans les milieux catholiques. On y rencontre, d'abord, un certain nombre d'esprits craintifs ou étroitement conservateurs, qui
saiis oaer l'avouer, se défient d'un mouvement dont le Pape est pourtant le suprême initiateur.
Pcxur ceux-là, il ne faut dans la question sociale parler que de chanté. Ils ne nient pas ouvertement les abus et les injustices, mais ils laissent généralement dans la pénombre ce côté de la question, et n'exaltent que cette forme de la charité, très louable d'ailleurs, qui est l'aumône ou se rapproche d'elle. Ils ont des yeux d'argus pour voir et signaler les écarts de langage échappés à ceux qui s'occupent activement des intérêts des ouvriers. Les encouragements que Léon XIII prodigue continuellement aux chefs reconnus du mouvement ouvrier sont pour eux lettre morte. Ils tirent en arrière, alors que le Pape pousse en avant.
Au pôle opposé, on rencontre les esprits hardis et entreprenants qui ne croient jamais avoir assez parlé à l'ouvrier de ses droits et des injustices dont ils le disent ou le croient, souvent avec raison, victime. On trouve dans leur bouche ou sous leur plume des expressions qui semblent indiquer une sorte de mépris à l'égard de la charité et de l'aumône, à l'égard aussi de la patience et de la résignation si nécessaires pourtant à ceux qui souffrent. Lorsqu'ils rencontrent quelqu'opposition à leurs vues du côté des riches et des patrons, ils ne craignent pas d'exciter contre eux la colère de l'ouvrier, colère facile à déchaîner, difficile à modérer. On dirait parfois . qu'ils tendent à la haine des classes, au lieu de viser à la paix sociale.
Pour éviter les deux excès que nous venons de signaler, il est de toute nécessité que les catholiques se pénètrent des enseignements de Léon XIII dans leur ensemble et dans leurs détails. Il ne faut pas que les patrons n'écoutent que les paroles par lesquelles le Pape recommande aux ouvriers la patience et la résignation. ïl ne faut pas que les ouvriers et ceux qui les dirigent ne prêtent l'oreille qu'à celles par lesquelles il signale les vices de l'organisation moderne du travail et du capital.