‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 52 sur 255 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈMK

forte en Italie, la persécution dépassera toutes les iniquités du kulturkampf prussien. Quand les loges l'ordonneront, le Pape luimême, dépouillé des privilèges illusoires que lui concède encore la loi dite des garanties, sera soumis comme les autres à ces monstrueuses dispositions du code pénal. Et alors que deviendra la liberté du Pape et celle de TÉglise dans le monde entier?

Que les détracteurs du pouvoir temporel du Saint-Siège, et les catholiques trop amis de la conciliation, veuillent bien nous dire quelle autre barrière que l'indépendance territoriale du Pape on pourrait opposer à de pareilles entreprises contre les libertés essentielles de r Église. La maçonnerie sait ce qu elle fait quand elle concentre en Italie et contre le pouvoir temporel le summum de ses efforts. Ceux qui ne savent pas ce qu'ils font, ce sont ces catholiques qui critiquent le Pape ou l'appuient tièdement dans les suprêmes revendications de sa liberté, qui est celle de l'Église entière.

Comme de raison, l'épiscopat dénonça aussitôt à l'indignation publique les projets de MM. Crispi et Zanardelli. Les chambres reçurent une pétition de cent deux évêques napolitains protestant contre ces lois tyranniques. De tous les diocèses de Toscane, de Sicile, de l'Ombrîe, du Piémont, les réclamations affluèrent.

Léon XIII enfin s'éleva énergiquement, dans l'allocution consistoriale du i" juin 1888, contre ces attentats qui, par un raffinement satanique de haine, venaient troubler les glorieuses fêtes du jubilé sacerdotal. « L'esprit hostile des sectaires, dit le Pape, s'est donné carrière pendant toute la durée du jubilé avec une insolence pire que par le passé, en vomissant des menaces mêlées d'injures. » Le nouveau code notamment « lèse directement les droits du clergé catholique et indirectement ceux du siège apostolique. » < Voici, continue le Pontife, le résumé de ces lois : on invente certains délits qui, dit-on, attaquent la patrie et on n'explique pas quels sont ces délits. De même, sous prétexte d'éviter les dangers qui résultent de la puissance du clergé, on sévit très durement

contre les prêtres qui seraient convaincus d'avoir fait ou inspiré quoi que ce soit de contraire aux lois, aux institutions civiles, aux actes de la puissance publique ou même contre la tranquillité des familles ou les intérêts de n'importe qui. » Le but de ces lois est en premier lieu d'empêcher, par la crainte des peines, la revendication des droits du Pontife. Ces droits sacrés, intimement liés à la liberté de r Église, trouveront néanmoins partout des défenseurs. Aux Italiens seuls il sera interdit d'élever la voix en leur faveur. Iniquité d'autant plus grande que l'indépendance des Pontifes Romains € n'est aucunement en opposition avec les intérêts italiens, mais au contraire leur est très favorable, en sorte que ceux qui les revendiquent ne sont pas les ennemis de la patrie, mais ses meilleurs et ses plus fidèles citoyens. > Au reste les lois en question constituent une véritable servitude pour l'Église. € Que serait devenu le nom chrétien si l'Église s'était toujours conformée à toutes les institutions des peuples, et avait obéi sans distinction aux ordres justes ou injustes des magistrats ? » De plus « c'est une chose éminemment contraire à la vérité et à la justice que de charger sans raison tout le clergé de soupçons aussi graves. Car nul motif ne justifie ces nouveaux décrets. Où et quand le clergé italien a-t-il démérité du salut ou de la tranquillité publique ? » Loin donc de se défendre contre l'injustice de l'Église, l'État commet lui-même une injustice à son égard en proposant € une loi d'exception, d'une sévérité voulue, sans définitions précises et certaines, mais conçue en termes vagues, se prêtant merveilleusement à toutes les interprétations les plus arbitraires. > Ailleurs aussi, on a fait des lois hostiles à l' Église» € mais jamais et en aucune façon, celle-ci n'y a consenti. > Elles étaient au surplus l'œuvre de temps troublés, et au retour de la paix elles sont tombées en désuétude ou ont été révoquées.

Léon XIII ne craint pas la persécution. L'Église a vu d'autres tempêtes, et elle en est sortie plus belle et plus puissante. Mais il lui est très pénible de voir « l'Église et le Pontificat haineusement

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attaqués en Italie, alors que la grande majorité des Italiens est pleine de vénération pour lune et pour l'autre. » Il déplore surtout ce qui se fait pour « arracher à Tembrassement de F Église ce peuple qui a été nourri et élevé dans son sein. Vouloir perpétuer le conflit entre T Église et la Puissance civile, c'est un conseil insensé, et en tout pays préjudiciable à la chose publique, mais surtout en Italie. »

Ni les protestations ni les pressentiments du Pontife ne devaient arrêter un parlement aux ordres (Je M. Crispi. Il aurait préféré sans doute achever dans le silence Tœuvre d'iniquité. Mais si la voix du Pape et des évéques le troubla comme le cri de la victime innocente émeut le bourreau, elle ne l'empêcha pas d'aller jusqu'au bout La loi fut votée le 6 juin 1888 à la chambre, avec la précipitation que Ton met à faire une mauvaise action, et quelques jours plus tard au sénat.

Du moins la protestation indignée d'un gentilhomme piémontais de vieille race, le comte Castagnetto, ancien ministre d'État, dénonça courageusement à ses collègues, la voie pernicieuse dans laquelle ils s'étaient engagés <en 1850, par la triste loi Siccardi, qui abolit le for ecclésiastique et les garanties principales que la maison royale de Savoie avait reconnues à rÉgIise,comme le palladium de l'harmonie des deux pouvoirs:^; et plus encore en 1870 € par l'abolition du pouvoir temporel du Pape et le transfert de la capitale à Rome ».

< De même, poursuit l'illustre sénateur, que j'avais à Turin combattu la loi Siccardi, en en prédisant les funestes conséquences, ainsi, je me suis efforcé à Florence de faire rejeter la loi des garanties ; mais en vous exposant par devoir de conscience les résultats prévus de ces deux lois, je n'avais nul espoir de triompher d'une résolution sectaire. Depuis ce débat solennel et le transfert du parlement à Rome, je n'ai pas cru qu'il me fût permis d'y siéger et d'y d'exercer un acte de souveraineté. Toute question religieuse à part, je maintiens

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Topinion qu'il serait beaucoup plus avantageux pour l'Italie de se réconcilier avec le Siège Apostolique, et de reporter la capitale dans la splendide cité de Florence. »

Ces paroles demeurèrent sans écho. Il y avait longtemps que la haute assemblée avait oublié les traditions de sagesse politique qui sont la seule raison d'être des chambres hautes.

On ne devait pas s'arrêter en si beau chemin. Par la loi sur la sécurité publique, votée, elle aussi, en 1888, l'administration est autorisée à permettre les quêtes ou collectes ayant un but philanthropique ou de bienfaisance; mais toute autre collecte, y compris les quêtes religieuses en dehors des lieux destinés au culte, est punie de peines pouvant aller jusqu'à un mois de prison. Il s'agissait, on l'a compris, d'apporter des entraves à la générosité des fidèles, après avoir par les articles du nouveau code pénal, accablé le clergé d'amendes!... Si encore on pouvait en appeler à l'opinion dans des meetings de protestation ; mais non, la loi y a pourvu en mettant les réunions publiques sous une étroite surveillance qui les fait dépendre en quelque sorte du bon plaisir de la police. Voilà donc enfin l'État bien armé contre les empiétements du clergé. Quant à celui-ci, il est complètement libre,... en théorie, et l'Italie affranchie marche à la tête des nations dans la voie de la civilisation ! Ce qu'il y a peut-être de plus remarquable en tout cela, c'est que l'article premier de la constitution continue à proclamer que € la religion catholique, apostolique, romaine est la religion de l'État > et que les autres religions ne pourront qu'être tolérées en Italie.

Les catholiques du monde entier suivaient d'un œil inquiet ce qui se passait en Italie, et les dispositions du nouveau code pénal furent sévèrement jugées dans la presse de tous les pays. C'est ce que constatent dans leur éloquente protestation les évêques d'Angleterre :

« Nous, disent-ils, qui habitons une terre où l'Église catholique jouit d'une entière liberté, nous sommes profondément attristés et

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