‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 53 sur 255 · CHAPITRE VINGT-HUITIÈMK · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-HUITIÈMK

oflfensés de la violence cynique avec laquelle les droits sacrés du chef de TÉglise sont enchaînés et violés dans le centre même de sa suprême autorité. Déjà le dévouement filial des pasteurs et des peuples dans toutes les parties de l'univers, non moins que la libre et saine opinion publique de toutes les nations civilisées, a réprouvé et condamné cette législation pénale, et nous ajoutons notre protestation à celle du monde civilisé tout entier, en exprimant avec tous les catholiques, notre détestation pour tant d'injustice. >

Les catholiques italiens ne demeurèrent pas inactifs au milieu de ce mouvement universel. Une pétition pour l'indépendance du Pape se couvrit de milliers de signatures, malgré les efforts désespérés de M. Crîspi pour s'y opposer. Les syndics, les instituteurs, les employés coupables d'avoir signé cette pièce, qui troublait la sérénité du grand ministre dans l'accomplissement de son œuvre patriotique, virent pleuvoir sur eux les destitutions, les suspensions de traitement, les vexations de tous genres. Et M. Crispi se fit gloire de ces exécutions, en proclamant, le lo juin 1886, à la chambre italienne que, contre un parti aussi actif et aussi dangereux que le parti clérical, l'État a devoir de se défendre. « Entre le Vatican et nous, ajoutait-il, il n'y a pas et il ne pourra jamais y avoir amitié. > Le ministre avait raison. Quelle union, comme le dit l'Apôtre, peut-il exister entre la lumière et les ténèbres^ et quelle convention entre le Christ et Bélial ?

Il eût manqué quelque chose au caractère maçonnique du cabinet Crispi, s'il n'avait établi la neutralité de Técole, cette pierre de touche de l'action des loges. Le 24 octobre, un décret du ministre de l'instruction, Boselli, sectaire doucereux se disant ami des prêtres, supprima l'enseignement religieux dans les écoles primaires d'Italie, sous prétexte que cet enseignement est en dehors de la compétence de l'État.

Le démon est, comme on l'a dit, le singe de Dieu. Il était naturel

que le gouvernement maçonnique d'Italie parodiât l'action de r Église. C'est ainsi qu'à l'exemple de la propagande catholique des ordres religieux et en opposition avec elle, il essaya — risum teneatis ! -r- d'organiser une propagande scolaire au service de l'Italie en Orient.

Il fallait tout d'abord discréditer les écoles tenues par des religieux italiens en Asie. Quelques-unes d'entre elles recevaient un léger subside du gouvernement. On en prît occasion pour envoyer deux fonctionnaires dûment stylés inspecter ces écoles. Dans leur rapport, ils accusaient les maîtres catholiques 4: d'insinuer dans les âmes naïves des enfants les préjugés les plus surannés, la haine des autres races, l'intolérance religieuse, le mépris du gouvernement italien», et, qui l'aurait cru ? «de pervertir leur cœur ingénu. > On trouva en outre (crime impardonnable !) dans quelques compositions « des épithètes injurieuses à l'adresse des libéraux et des francsmaçons >. Le procès fut fait dans des conditions d'impartialité que M. Crispi exposait en ces termes au parlement italien dans la séance du 20 juin 1889 : « Quand, après avoir visité telle ou telle école dirigée par des Franciscains, on eut constaté que ceux-ci remplissaient mal leur office, il parut inutile de visiter toutes les écoles de l'Ordre, car il était évident que de même qu'agissaient mal les frères de l'école visitée, ainsi devaient mal agir ceux des autres écoles. >

C'est le quid adhuc egemus testimoniis du Sanhédrin. Il n en fallait pas davantage pour que le subside accordé aux écoles catholiques fût supprimé et l'on songeât à fonder en Orient, par l'école maçonnique,des centres d'influence dignes de la grandeur de l'Italie.

Malheureusement les pionniers laïcs de la civilisation italianissime sont difficiles à recruter et ils coûtent cher. Mais qu'importait à M. Crispi ? On trouverait là une bonne occasion de dépayser quelques frères et sœurs maçons, d'une réputation un peu compromise peut-être dans leur pays natal. On leur procurerait à l'étranger

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