‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 58 sur 255 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

distance. Les rues étaient barrées, et l'on en fut réduit à se disloquer au milieu d'un vacarme assourdissant.

Le vote du conseil communal de Rome excita dans la presse maçonnique un vif sentiment d'irritation. Ultalte^ journal aux ordres de la Consulta^ déclara que le milieu romain restait toujours le même, c'est-à-dire réfractaire au progrès libéral, qu'il fallait donc enlever toute autorité à la municipalité et établir une préfecture du Tibre, ridicule contrefaçon de la préfecture de la Seine. La Tribuna sommait le gouvernement de mettre le corps électoral romain en demeure de montrer, par de nouvelles élections, < sa conscience laïque et italienne >. Elle indiquait le brunisme comme un terrain propice pour défendre à la face du monde € la dignité de Rome capitale intangible de ritalie-Une ». Dans tous les autres journaux judaïcomaçonniques on se promettait la € revanche aux prochaines élections » !

Décrétée par la maçonnerie, cette revanche devait avoir lieu. Le gouvernement mit en jeu tous les moyens de persuasion et de pression dont il pouvait disposer ; et les élections municipales du 17 juin 1888 furent ce qu'il avait arrêté qu'elles seraient. Mais, s'il est « des défaites triomphantes à l'envi des victoires », la défaite des catholiques fut une de celles-là. Seuls contre toutes les influences officielles, dans un pays aussi peu habitué que l'Italie aux luttes du scrutin, ils réunirent en leur faveur 9,000 votants, gens de cœur et de conscience, que ne put arrêter la crainte de compromettre leurs intérêts matériels les plus respectables. Les candidats bmnistes comptèrent 1 8,000 voix, mais comment ce chiffre fut-il atteint.»* La veille même des élections, on avait fabriqué 1,300 électeurs nouveaux. Les 12,000 employés du gouvernement avaient reçu le mot d'ordre de leurs chefs. Pour obtenir le chiffre cité plus haut, il ne reste à trouver que 4,000 ou 5,000 romains, libéraux de conviction ou d'entraînement. Il demeure donc établi qu'en cette journée, qu'on voulut comparer à un plébiscite favorable au régime

actuel, la grande majorité des électeurs romaîns se prononça courageusement contre la secte dominante.

Les journaux anticléricaux eux-mêmes furent scandalisés de la pression exercée sur les fonctionnaires de tout ordre et de tout degré. « Cette victoire, disait YEmancipaziofiey n'a pas été celle d'un parti, mais celle de la bureaucratie et du gouvernement qui la commande... Quand TÊtat intervient de cette façon dans la lutte, toute liberté est morte. Que si la démocratie se félicitait de cette intervention,elle ne mériterait plus son nom ; et un peuple capable d y applaudir, c'est un peuple qui ignore jusqu'aux premiers éléments de la vie libre et civile.» Par contre la presse officieuse chantait victoire. « L'éclatant triomphe du parti national libéral sur le cléricalisme découvert ou masqué, disait le Diritto, sera salué par toute l'Italie et par le monde civilisé comme un second plébiscite, auquel les circonstances, le temps, le mode donnent une valeur très significative. Il était temps que l'Italie retrouvât sa Rome. On ne pouvait, sans un vrai découragement, voir le corps électoral de Rome prendre le mot d'ordre au Vatican. >

Dans la soirée de ce grand jour, Rome fut le théâtre de scènes tumultueuses qui, contenues dans de certaines limites par la main de fer de la police, montrèrent cependant les vraies dispositions du parti sur lequel s'appuie principalement le gouvernement italien, et combien amèrement ironique était la promesse de Victor Emmanuel s'engageant à faire de Rome le siège libre et respecté du pontificat !

La démonstration commença sur la place Colonna, d'oîi un groupe de 300 personnes qui, peu à peu grossit jusqu'à 3,000, se rendit en criant, < à bas les prêtres », chez M. Crispi qui était absent. La tête de la colonne avait déjà pénétré dans la cour de la maison, lorsque quatre gendarmes, arrivés au pas de course, mirent à la porte sans cérémonie les amis du chef du cabinet, toujours peu désireux de les fréquenter de trop près ! Cela n'empêcha pas ces braves gens de crier de tout leur cœur: «Vive Crispi !» Ils continuèrent ensuite

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