‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 59 sur 255 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

leur promenade à travers la ville en hurlant contre le Vatican et contre les prêtres et même, signe des temps, en huant au passage les bureaux des journaux monarchiques et modérés. Au Corso les cris insultants redoublent. C'est au Pape qu'on s'en prend : « A bas le paysan de Carpineto ! A bas le détestable Pape (il Papaccio) ! Au gibet le Saint-Père ! A l'eau tout le Vatican !... Les prêtres à

La Place Colonna à Rome.

la potence ! Tuez les corbeaux ! » Un énergumène, l'avocat Avellone, se met à haranguer la foule et termina son discours par ces paroles que nous demandons pardon de reproduire ici : « Il est temps d'en finir avec les prêtres, avec le chef des cléricaux, lâche, hypocrite, pourri, infect. :& — Siège libre et respecté du pontificat! Oh ! oui, Victor Emmanuel avait bien raison de qualifier ainsi la capitale de l'Italie-Une !

Le Pape Léon XIH. — II. lo

Plusieurs fois la foule hurlante et hideuse s'efforça de prendre le chemin du Vatican. Mais le gouvernement n'entendait pas se compromettre aux yeux de Tétranger, et il envoya sur les lieux des détachements de carabiniers qui interdirent, non sans peine, Taccès du borgo aux manifestants. Les bandes refoulées se réunirent au Campa de Fiori et sommèrent les habitants d'illuminer leur façade. Mais portes et fenêtres demeurèrent closes, et après avoir vomi mille injures contre ^ la canaille du Vatican >, la cohue se dispersa.

Détournons les yeux de ces scènes dégradantes. Le nouveau conseil communal, à peine est-il besoin de le dire, se hâta d'octroyer le terrain demandé pour l'érection de la statue de Giordano Bruno au Campa de Fiari. Toutefois, chose étrange, dans les régions officielles, les symptômes de l'hypocrite pudeur que nous avons déjà signalée, semblaient s'accentuer. On favorisait sous main le mouvement, mais on s'en défendait bien haut. C'est par ce double jeu que s'est constituée l'unité de la péninsule, et c'est par lui que se soutient l'édiBce si péniblement élevé. Il faut d'ailleurs reconnaître que les maîtres de l'Italie exécutaient en virtuoses ces variations et ces transpositions.

Le syndic de Rome, invité par la commission à honorer de sa présence l'inauguration du monument, promet sans hésiter tout ce qu'on veut : sa personne, son conseil et même un petit discours en l'honneur du héros de la fête. Les délégués le quittent enchantés. Mais hélas ! vingt-quatre heures après, le marquis Guiccioli ayant relu ses promesses dans les journaux, s'empresse de faire savoir urbi et arbi, par une lettre de son meilleur style, que ni lui, ni la junte ne pourraient figurer à la cérémonie, à moins que les ministres, le Sénat et la Chambre des députés n'en fissent autant.

Là-dessus,fureur des zélés du brunisme. On court chez le ministre Boselli, pour le prier de faire la leçon au syndic en assistant à des fêtes auxquelles devaient être invitées « toutes les notabilités du monde et tous les luminaires de la science :^. M. Boselli répond

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