‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 61 sur 255 · CHAPITRE VINGT-NKOVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NKOVIÈME

démon. On essaya de démentir le fait, mais il parait bien établi. Lorsqu'au milieu des cris et des fanfares le cortège eut atteint le champ maudit, le monument fut découvert et des harangues furieuses achevèrent de fanatiser cette foule en délire.

Quelle était cependant l'attitude des Romains ? Durant ces jours de bacchanales impies, la ville sembla frappée de stupeur. Sauf aux endroits fréquentés par les manifestants, les rues étaient désertes : aux fenêtres, ni lampions, ni drapeaux. Les mesures les plus sévères avaient été prises par l'autorité militaire, pour faire face à tout événement. Le Vatican était comme en état de siège. Bref l'ivresse des suppôts de Satan faisait peur à tous, même au gouvernement qui l'avait favorisée.

Pendant que se passaient les scènes que nous avons décrites, Léon XIII, à genoux devant le Saint-Sacrement, priait accablé de douleur, comme son divin Maître, pour ceux qui le persécutaient. Dimitte illis^ non enint sciunt quid faciunt. Il priait pour que le pardon descendit sur les aveugles, les insensés, les criminels qui organisent ces manifestations sataniques, y prennent part ou les tolèrent. Ah ! puisse le Christ entendre la supplication de son Vicaire et pardonner à ceux qui commettent ces horreurs et à ceux qui ne les empêchent pas ! L'Europe encourt devant Dieu une grande responsabilité en ne soustrayant pas le Chef de l'Église catholique à de pareils outrages, et la vengeance divine s'abattra tôt ou tard sur une société qui permet d'afficher avec cette insolence la haine formelle de Dieu, au sein même de la capitale du monde chrétien !

Si nous nous sommes longuement étendu sur cet événement, c'est qu'aux yeux des sectaires eux-mêmes il marque une ère nouvelle d'impiété et d'apostasie. \ Les nations ici réunies, disait M. Bovio à l'inauguration du monument, sentent bien qu'en ce 9 juin naît, par le consentement des peuples libres, la religion de la pensée > ; et le syndic de Noie s'écriait : € Cette statue a été élevée comme un hommage à la déesse Raison, dignement représentée en Giordano

Bruno. » Le Diritto, journal officieux, convient clairement que: « Ce monument est la prise de possession spirituelle définitive de Rome par r Italie», et le Capitan Fracassa, tout aussi ministériel, célèbre à cette occasion la fin de TÉglise : « Le 20 septembre vît tomber le pouvoir temporel, mais aujourd'hui c'est le pouvoir spirituel dont on célèbre les funérailles, c'est l'âme même de l'Église qui est frappée de mort. » Impudent blasphème ! L'âme de l'Église ne meurt pas: ceux qui meurent ce sont les triomphateurs d'aujourd'hui qui seront, s'ils ne se convertissent, les réprouvés de demain !

Devant cet excès d'outrages, Léon XIII ne pouvait se taire. Dans le consistoire du 28 juin convoqué expressément à cet effet, il déchargea son cœur du poids qui l'accablait, et ses paroles retentirent au dehors comme un solennel avertissement à l'Italie et au monde.

La longue série d'injures auxquelles le Saint-Siège a été en butte depuis l'introduction du nouvel ordre de choses en Italie, n'était que le prélude de ce que veulent obtenir les ennemis de l'Église. 4[ Ils veulent, dît le Pontife, donner à la capitale du monde chrétien la primauté de l'impiété; » ils veulent, si faire se pouvait, renverser de fond en comble la pierre angulaire sur laquelle repose l'Église. C'est là ce qui les a poussés « à ériger, en un des plus saints jours de l'année, un monument public à un homme obstinément révolté contre l'Église, pour indiquer qu'ils feront à la religion une guerre sans merci... Ni la science, ni la vertu, ni les services rendus à son pays ne désignaient cet homme à de tels honneurs. > Ils signifient donc que la vie humaine n'a que faire de la loi divine et que rintellîgence humaine doit s'affi-anchir de Jésus-Christ. Le pape se plaint amèrement « de l'insolence des écrits et des discours :^ répandus dans le public à cette occasion. « C'est une chose douloureuse et qui semble un affreux prodige, d'entendre retentir, dans cette ville sainte oîi Dieu a établi la demeure de son vicaire, l'éloge de la raison rebelle à Dieu, et de voir, par un inique renversement

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