CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
des choses, d'infâmes erreurs et Thérésie elle-même, consacrées par des monuments dans un lieu où le monde est accoutumé à venir chercher les préceptes les plus purs de TÉvangile et les conseils du salut. Les temps sont venus où r abomination de la désolation règne dans le lieu saint. » On ne peut plus le nier après ce qui vient de se passer : la destruction du pouvoir civil du Pape n*a pas satisfait les ennemis de l'Église : ils veulent déraciner complètement l'autorité du Pontife et la foi catholique. Mais cela prouve d'autre part qu'en revendiquant son indépendance, le Pape n'est mû par aucune considération humaine, mais par la nécessité de défendre et la liberté et la dignité de sa charge. Ceux qui ont supprimé le pouvoir temporel se faisaient forts, disaient-ils, de protéger le Pape contre toute injure, < et voilà qu'aux yeux de tous se dresse maintenant devant lui, d'une façon permanente, la plus cruelle des injures dans cette statue d'un homme immonde et réprouvé. > Le Pontife le déclare : sa vie elle-même n'est plus en sûreté. Et s'il se produisait des troubles révolutionnaires ou quelque guerre malheureuse, l'existence du Pape, dénoncé comme un ennemi de l'Italie, serait certainement menacée. Accablé sous le triple poids du chagrin, des sollicitudes et de l'âge, îl tomberait brisé, si son courage et ses forces n'étaient soutenus par la certaine espérance que le Christ n'abandonnera jamais son Vicaire, et par le devoir de tenir avec d'autant plus de fermeté le gouvernail de l'Église, que la tempête des erreurs et des passions excitées par l'enfer sévit plus furieusement contre elle. Il avertit enfin les catholiques qu'il s agît de la foi elle-même, « qu'il ne leur est pas permis de s'endormir en présence du danger ou d'y faire face avec tiédeur: non, il faut se montrer généreux dans la profession de la foi, constants dans sa défense, prêts enfin à tout perdre pour elle, si c'était nécessaire. >
La situation que révélaient les scandaleuses manifestations organisées en l'honneur de l'apostat de Noie, fut jugée si grave que, par ordre du Saint-Père, la congrégation des Évêques et Réguliers
signala à tout TÉpiscopat, dans une instruction spéciale, € la guerre cruelle déclarée à la foi de TÉglise et à son Chef suprême dans la capitale du monde catholique, et par conséquent, à tous ceux qui professent cette foi et adhèrent à ce Chef. > La Congrégation ordonnait que, dans toutes les églises, la traduction de l'allocution consistoriale du 30 juin fût lue en présence du peuple assemblé. Elle invitait les évêques et les prédicateurs à expliquer aux fidèles la gravité delattentat commis à Rome contre la religion, le but de la secte en le commettant, et le danger dont elle menace tous les fidèles en s'attaquant au Souverain- Pontificat. Elle leur recommandait de rappeler aux fidèles lobligation d'éviter les embûches delà franc-maçonnerie, de la combattre, de défendre énergiquement la foi et « de revendiquer aussi par tous les moyens légitimes les droits du Pontife romain, en songeant que la liberté propre de chaque fidèle est intimement liée à celle du Chef de l'Église >. Enfin l'instruction ordonnait des prières publiques et des œuvres de pénitence, pour apaiser la colère de Dieu provoquée par les crimes des hommes, et obtenir sa miséricorde sur l'Église et € sur ses ennemis eux-mêmes afin que, revenus à de meilleurs sentiments, ils soient rendus à ses embrassements maternels. > Ainsi la dernière parole prononcée par ordre du Pontife dans la
scandaleuse affaire qui nous occupe, fut une parole de paix et de pardon.
Si le sabbat organisé autour de Giordano Bruno le 9 juin, avait
causé à Léon XIII une mortelle douleur, la fête de saint Pierre,
véritable solennité nationale et religieuse des Romains de Rome,
fut le baume de la consolation pour son cœur blessé. Jamais la
grande fête catholique ne fut célébrée avec plus d'entrain, plus
d'unanimité, par la population romaine. Le gouvernement avait pris
de grandes précautions militaires, mais elles étaient inutiles. Les
partisans de Bruno étaient rentrés sous terre ; jamais ils n'auraient
osé braver l'élan d'un peuple entier. Les splendides offices du 29