‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 64 sur 255 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

Un incident des plus insignifiants en lui-même vint» au cours de Tannée 1890, montrer jusqu'à quel point les mouvements du Saint- Père sont épiés et commentés par ceux qui se proclamaient naguère les gardiens de l'indépendance pontificale. Un jour, c'était le 15 juin, Léon XIII, en se rendant à sa promenade habituelle dans les jardins du Vatican, voulut aller examiner la statue de saint Thomas d'Aquin, à laquelle travaillait, en son atelier situé dans l'enceinte même du Vatican, le sculpteur Aureli. A cet eflfet le Pape ordonna de fermer le grand portail de la rue extérieure A^s Fondamenta, qui donne accès à l'enceinte du palais apostolique. Entre ce portail et une autre porte intérieure plus rapprochée de l'édifice même du palais, se trouve une continuation intérieure de la Via délie Fondamental à laquelle le public a d'ordinaire accès et qui mène à la Zecca ou Monnaie pontificale, aujourd'hui confisquée par le gouvernement, quoiqu'elle semble faire partie du Vatican, tant elle en est voisine. L'entrée naturelle de laMonnaie était précisément la partie intérieure de la Via délie Fondamenta ; c'est depuis quelques années seulement que les Italiens ont ouvert une autre porte pour pénétrer chez eux, sans passer par le territoire du Vatican. Quoi qu'il en soit, un factionnaire italien occupe le haut du large mur qui forme l'enceinte du Vatican et domine la Via délie FondaTnentaXznixniévi^ure, qu'extérieure, surveillant ainsi tous les abords de là Monnaie.

Léon XIII, après avoir fait fermer, comme nous l'avons dit, le portail extérieur de l'enceinte vaticane, ordonna à son cocher de le conduire à l'atelier du sculpteur Aureli, en traversant le prolonge' ment intérieur de la Via délie Fondamenta. C'est ce simple fait qui suscita les commentaires passionnés de la presse. « Pendant que les uns affirmaient, dit M. Boyer d'Agen \ que le Pape était venu sur le territoire italien, pendant que d'autres répondaient que le Pape n'était pas sorti du territoire pontifical, le ministre, par son organe le plus accrédité, faisait officiellement déclarer qu'il n'y avait point

i, Léon Xlli devant ses contemporains, ip, if)i.

de territoire pontifical, et que le Pape était un simple usufruitier ayant la jouissance des palais du Vatican, de Saint-Jean de Latran et de Castel Gaftdolfo, mais que Textraterritorialité qui lui était concédée, était tout au plus analogue à celle que les usages diplomatiques des diverses nations reconnaissent à la demeure d'un ambassadeur ou d'un agent officiellement accrédité. Cela revenait à nier l'indépendance nationale du Pape, qui devenait ainsi un citoyen peut-être privilégié, mais à coup sûr un citoyen italien. >

Ainsi donc ce minime incident avait cette grave conséquence, de dévoiler la pensée intime du gouvernement italien sur la situation du Pape, A ses yeux le Pontife est un usufruitier,qu'une loi a établi au Vatican et qu'une loi peut en chasser. Ainsi la Papauté n'a plus une pierre où reposer sa tête, et le centre même de son action, la résidence auguste dé sa surnaturelle majesté, le palais où les Papes de tous les siècles ont accumulé les trésors de la religion, de la science et des arts ainsi que les archives les plus précieuses de l'Église, en un mot, ces aedes vaticanae qu'on ne peut se figurer sans le Pape et qui sans lui n'existeraient pas, sont devenues une simple propriété de l'État italien, qui peut en disposer à sa guise, en exploiter les archives, en disperser les musées, et y loger ses fonctionnaires. Quelle honte ! et comment l'Europe tolère-t-elle que de pareilles prétentions soient émises par ce gouvernement d'ambitieux et de sectaires, qui, après s'être emparé de Rome, prétend porter ses mains jusque sur le Vatican ?...

Mais si l'incident en question jeta sur les secrets projets du gouvernement une lumière inattendue, il y a, nous semble-t-il, quelque exagération dans la façon dont M. Boyer d'Agen apprécie la hianière d'agir de Léon XIII en cette circonstance ; et il est peu probable que le Pape ait réellement voulu soulever, d'une façon aussi détournée, une question de si grand intérêt. Quoi qu'il en soit, voici ce que dit à ce propos M, Boyer d'Agen:

« N'est-ce pas bien là tout le caractère de Léon XIII et toute sa

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