CHAPITRE VINGT-NEUVIÈMK
légitimes, s'ils ne veulent, ce qu'à Dieu ne plaise, se séparer du centre de l'unité catholique. >
Pendant que les loges et le premier ministre Crispi,leur serviteur, s'efforçaient de détruire.dans la mesure du possible, le nom chrétien
en Italie, il était donné à tous de coilstater combien la foi catholique est encore vivante en ce pays. Le célèbre P. Agostino de Montefeltro, de l'ordre de Saint-François, parcourait la péninsule en prêchant la parole divine avec le plus étonnant succès. Partout
OÙ il passait, c'était un ébranlement général. Toutes les classes de la société accouraient en foule au pied de sa chaire. Les journaux, même ceux qui font profession d'hostilité à la religion, reproduisaient la sténographie de ses sermons. Rien n'égalait la puissance de pénétration de cette parole, simple mais enflammée et pleine de conviction. Sans doute la manière du P. Agostino prétait sous plus d'un rapport à la critique. Il n'en est pas moins vrai qu'elle s'inspirait aux sources de la foi, et que l'écho qu'elle éveillait dans les cœurs était précisément celui des croyances catholiques, endormies mais toujours vivantes.
En 1889, le P. Agostino vint prêcher le carême à Rome dans l'église de S^iint-Charles au Corso, et là comme ailleurs, sa parole suscita un grand mouvement religieux. La vaste église était trop étroite pour contenir les flots de peuple qu'attiraient tous les jours les sermons de l'humble franciscain. Un tel spectacle, imperante Crispi et dans l'année même qui allait voir . glorifier Giordano Bruno, était par trop douloureux et humiliant pour la secte. On essaya d'intimider le prédicateur en lui jetant au passage des pierres et des immondices. Ces moyens moraux ne réussissant pas, il fallut recourir à quelque chose de plus énergique. Un jour que la foule se pressait comme de coutume autour de la chaire du P. Agostino et, suspendue à ses lèvres, suivait sa parole éloquente, un énorme pétard éclata dans l'église. C'était ce qu'il fallait pour susciter une panique qui pouvait entraîner mort d'hommes. Mais les foules romaines sont singulièrement calmes. Le P. Agostino, donnant l'exemple du sangfroid, rassura l'assistance en quelques mots et continua son discours. Personne ne bougea. Les troupes requises par la police formèrent le carré devant l'église, afin de protéger la sortie des fidèles contre les malintentionnés, qui comptaient profiter du désordre pour molester les auditeurs du P. Agostino.
M. Crispi, interpellé au Sénat sur cet incident, répondit avec un rare cynisme : « Le prédicateur est mieux gardé qu'un roi. Il y a