‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 69 sur 255 · CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME

dans réglise trente-six gardes en uniforme, seize gendarmes, une cinquantaine d'autres gardes, qu'on ne voit pas, mais qui y sont... D'ailleurs le sénateur Serafini peut-il garantir que cette bombe n'a pas été mise là par quelque rival du prédicateur... Peut-il garantir qu'elle y a été mise plutôt par des sectaires intolérants que par des jaloux et des envieux ?... > Pareille insinuation donne bien l'idée du cynisme de cet homme d'état.

Nous devons ajouter que le sermon de clôture donné par le prédicateur franciscain laissa une impression pénible. Dans un mouvement d'éloquence, le Père Agostino avait appelé la bénédiction de Dieu sur ceux qui gouvernent l'État, sur le roi, sur les ministres. Bien que ses paroles fussent peut-être susceptibles d'une interprétation correcte, elles parurent néanmoins déplacées dans la bouche d'un orateur sacré parlant à Rome et sous les yeux du Pape.

Les victoires remportées sur les confréries semblaient promettre à M. Crispi un redoublement de confiance de la part de la monarchie et un long règne ministériel. Il n'en fut rien, quoique les élections de 1890, préparées avec un grand déploiement d'influences de tout genre, lui eussent donné une forte majorité. Un des incidents de cette campagne électorale mérite d'être relevé ici. Le tout-puissant ministre, fort embarrassé, vis-à-vis de la triple alliance, par le mouvement que se donnaient les radicaux irrédentistes pour revendiquer les territoires italiens détenus par l'Autriche, s'en expliqua avec une rare désinvolture dans son fameux discours de Florence. Il inventa tout simplement une alliance entre \ irrédentisme et le vaticanisme contre les trois puissances coalisées pour « la paix de l'Europe ». Cette bizarre accusation ne le sauva pas d'une chute lamentable. La majorité dont il disposait dans les chambres étant venue à se diviser sur une question de finances, il fut renversé au commencement de l'année 1 891. Le ministère di Rudini,qui succéda au cabinet Crispi, avait des allures d'apparence plus correctes; mais la politique

de ritalîe-Une est nécessairement rivée à celle de la loge: aussi r Église et la Papauté n eurent-elles rien à attendre de la prétendue modération du nouveau gouvernement.

Le 15 octobre 1890, Léon XIII s'était adressé une fois encore à r Italie pour lui rappeler ses devoirs en présence des immenses dangers de la situation religieuse qui lui est faite,et pour être mieux compris de tous, il avait écrit cette encyclique en langue vulgaire.

« S'il s'agissait seulement de Notre personne, dit Léon XIII, si Nous ne voyions l'Italie, menacée dans sa foi, courir à sa ruine, Nous supporterions les offenses en silence, heureux de répéter. Nous aussi, ce que disait de lui-même un de Nos plus illustres prédécesseurs : St terrae meae captivitas per quotidiana momenta non excresceret^ de despectione mea atque irrisione utique tacerem ^ > Le Pape expose ensuite le plan des sectes. ^ Il n'est pas nouveau, dit-il : mais ce qui est nouveau, c'est l'audace, l'acharnement, la rapidité avec lesquels on le met actuellement en pratique, > et il en décrit l'application: renversement du pouvoir temporel, abolition des ordres religieux, service militaire imposé aux ecclésiastiques, destruction du patrimoine de l'Église, action persévérante de l'État pour la sécularisation de toutes choses, mariage civil, instruction laïque à tous les degrés. On objectera que les mêmes ctîoses se voient ailleurs. Cela prouve que partout la secte exerce son empire. Mais « cette application devient plus rapide et plus générale et va davantage aux extrêmes dans les pays dont les gouvernements sont davantage sous l'action de la secte, ce qui est le cas pour l'Italie. < Les lois contraires à l'Église et les mesures qui lui sont hostiles y sont d'abord proposées, décrétées et résolues dans des réunions sectaires, et il suffit qu'une chose paraisse devoir faire à l'Église injure ou dommage, pour qu'elle soit immédiatement favorisée et soutenue. > Léon XIII rappelle les faits que nous avons racontés ci-dessus et

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