‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 72 sur 255 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

suivi d'une telle désorganisation de la chose publique, que les pires éléments maçonniques, socialistes et anarchiques y prendraient pour un temps le dessus. On se demande alors avec effroi de quoi ne serait pas capable cette plèbe, qu'en pleine paix et sous un gouvernement assez fort pour maintenir Tordre extérieur, nous avons vu se livrer aux plus graves désordres en haine de la Papauté. Et c'est avec raison que la Civiltà Cattolica adjurait les puissances de prendre en temps utile les mesures nécessaires pour prévenir une pareille éventualité. La guerre européenne, que tout le monde redoute, une fois déclarée, nul ne peut répondre de la tournure qu'elle prendra, ni de la rapidité avec laquelle pourra changer, en Italie, la face des choses politiques et sociales.

Un des arguments que Ton oppose aux défenseurs de l'indépendance complète du Pape, c'est le regain d'influence morale que la Papauté a conquis dans le monde depuis l'avènement de Léon XI 1 1, c'est la considération que lui témoignent les puissances séculières, ce sont les progrès du catholicisme dans l'univers. Mais ces heureux

efTective par quoi que ce soit. Et l'Italie n'a rien pour justifier sa conduite, rien à opposer à cette logique inexorable...... A mesure que, dans la dernière vingtaine d'années,

croissait l'influence morale de la papauté et s'étendait son cercle d'action, la disproportion entre sa situation juridique d'un côté, son rôle et son importance de fait de l'autre, devenait de plus en plus flagrante. Aussi peut* on qualifier la lutte actuelle entre le Vatican et le Quirinal de lutte pour le droit, car il s'agit pour la papauté d'obtenir des garanties qui soient à la hauteur de la situation réelle qu'elle occupe actuellement dans le monde moderne. >

L'auteur fait ensuite cette constatation : < La situation intérieure et extérieure de l'Italie est loin d'être brillante et la permanence du conflit avec la papauté en est jusqu'à un certain point la cause. Depuis 1870 les hommes dirigeants n'ont laissé échapper aucune occasion de proclamer l'intangibilité de leur conquête, mais ils en sont si peu sûrs eux-mêmes qu'ils ont dû chercher ailleurs des garanties plus solides qu'une affirmation vide et prétentieuse. Les dernières publications de M. Crispi prouvent, qu'en Italie moins qu'ailleurs, on considère la question romaine comme close pour toujours, et n'est-ce pas M. de Bismarck qui l'avait fait dans le temps soulever par sa presse, afin de précipiter plus sûrement l'Italie dans les bras de la Ligue de la paix? >

Il nous a paru intéressant de résumer ici cette étude d'un écrivain sérieux et indépendant. Tout esprit droit doit être frappé de la similitude de ses conclusions avec les enseignements de Léon XIII.

résultats, bien loin d'être dus à Tétat de sujétion où se trouve actuellement le Pape, n'ont été obtenus que grâce à la constance des protestations pontificales contre le fait accompli. C'est cette constance qui arrête, jusqu'à un certain point, la secte dans ses attaques contre la Papauté, c'est elle qui force les divers gouvernements qui se succèdent à maintenir, bien malgré eux, le reste de liberté et de dignité qui a été laissé au Pontife, sous la pression de l'opinion publique du monde entier, lors de l'occupation piémontaise, et avec l'arrière-pensée, peu dissimulée chez quelques-uns, de faire bientôt disparaître ces derniers vestiges de l'indépendance pontificale.

L'état de conflit dans lequel se trouvent l'Italie sectaire et la Papauté est, nous ne craignons pas de le dire, l'unique chose qui, dans la situation actuelle, puisse encore assurer au Souverain- Pontife une indépendance et une autorité morale suffisantes pour se faire écouter de toutes les puissances ; et cette considération indique, à elle seule, la fausseté de cette situation ainsi que ses dangers pour l'Italie et pour la Papauté.

L'état de conflit est, disons-nous, un bien relatif pour l'Église. Car il y aurait une situation incomparablement pire que celle que nous déplorons: ce serait de voir le Pape catholique et le roi italien marcher la main dans la main. De quelle autorité pourrait jouir, auprès des Français ou des Russes, un Pape inféodé à la triple alliance ? Quelle indépendance d'esprit pourraient encore attribuer les peuples non italiens à un Pontife italien, sujet d'un roi italien, s'intéressant aux intérêts politiques de la nation italienne, bénissant ses entreprises internationales, mettant à son service l'influence dont le catholicisme dispose dans le monde entier ? Une pareille situation serait désastreuse, même sous un roi d'Italie catholique. Elle le serait surtout sous un gouvernement sectaire. Dans l'un et l'autre cas, on verrait se reproduire, mais centuplés par la puissance de la centralisation et la facilité des communications, les

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