CHAPITRE TRENTIÈME
pouvoir civil, et en se soumettant aux institutions et aux lois de rÉtat, comme il en reçut Tinjonction du divin Rédempteur. » Ainsi donc, pour obéir au divin Rédempteur, Léon XIII eût dû accepter sans protester le code pénal de M. Zanardelli, la destruction des œuvres pies et toutes les lois et institutions imposées par les loges à la malheureuse Italie! Il est difficile de pousser plus loin le cynisme.
Mais où leF.'.Crispi devient stupéfiant d'ignorance, à moins qu'il ne se moque ouvertement du public, c'est quand il prétend que Léon XIII,au commencement de son pontificat, partageait les idées du F.\ Crispi lui-même sur la conciliation avec l'Italie sectaire. Il trouve une preuve absolument inattendue de l'opinion primitive du Pontife et de son changement subséquent, dans deux actes pontificaux d'ordre purement ecclésiastique, à savoir le bref par lequel Léon XIII restitue à la Compagnie de Jésus certains privilèges spirituels, et l'institution d'une académie thomiste à Rome. Écoutons les paroles textuelles de l'homme d'état italien :
€ A mes amis, qui, pour préciser les tendances du Souverain-Pontife, me rappelaient son bref du 13 juillet 1886 Doîemus înier alia^ je répondis en opposant sa lettre du 15 octobre 1879 au cardinal de Luca, sur l'Académie romaine de Saint- Thomas, et le discours du 7 mars 1880 par lequel le Saint-Père recommandait l'étude de la philosophie aquinienne... Mes amis eurent raison, etc.»
Ce qu'il y a d'obscur dans cette antithèse n'est guère mieux expliqué par la note plus étonnante encore de M. Crispi :
« Cette lettre et ce discours sont l'apologie de saint Thomas et de sa doctrine dont le Saint-Père réclamait, ou plutôt imposait l'étude aux séminaires. L'enthousiasme de Léon XÏII pour le docteur d'Aquîn était tel, durant les premières années de son pontificat, qu'il avait ordonné qu'on élevât une statue à ce saint. En i886, le Pape changea ses sentiments, et alors revinrent ses anciennes amours pour les Jésuites. L'évolution fut complète," et on en vit les conséquences lorsque fut démentie la mission du Père TostL Les Français ont besoin du Pape, comme d'un instrument politique; et, avec lui, ils s'éloignent de nous toujours davantage : — ce qui est un mal, pour les deux pays... Ce qu'il importe de savoir, c'est que Léon XIII se pré-
senta, durant les sept premières années de son pontificat, comme thomiste; et Jésuite, ensuite. Une vraie contradiction ; et cela, par la fièvre du Pouvoir temporel. >
Que de choses dans un menuet, dit certain personnage de comédie ! Que de choses extravagantes, dirons-nous à notre tour, dans une interprétation de M. Crispi! Ce qui est certain, cependant, c'est que le premier ministre fit en 1887, sonder le terrain au Vatican pour arriver à la conciliation tant désirée. Voici ce que dit à ce propos la Civil ta Cattolica ^
< François Crispi a prétendu, dans son dernier article publié par la Contemporary Review, que sous son ministère, en 1887, le Pape était disposé à s'entendre avec le gouvernement italien sur un modus vivendi; mais que la France s'interposa pour faire cesser les négociations ; et il s'appuie sur « un illustre abbé "^ et sur ^ un haut fonctionnaire ecclésiastique française, qu'il n'a pu nommer et qui sont les acteurs principaux de cette petite fable. L'éclat de rire universel avec lequel a été accueilli ce conte, a prouvé le crédit dont jouit M. Crispi comme historien contemporain.
< Si l'on croyait utile de refaire l'histoire, qu'il a falsifiée, et de remettre toutes choses en place, on pourrait affirmer, sur la foi de témoignages solides et de faits certains, que lui-même, à peine créé ministre, désira une composition de sa façon avec le Saint-Siège et qu'il fut le premier à tâter le terrain ; que même, pour montrer combien il tenait à un accord, il donna quelque gage spontané de son bon vouloir ; on pourrait spécifier lequel. Mais les choses n'allèrent pas plus loin, non point parce que la France chargea un « haut fonctionnaire ecclésiastique » de s'y opposer, mais parce que, immédiatement au-dessous du terrain qu'il avait tâté, il rencontra le dur granit, dans la magnifique lettre adressée par Sa Sainteté au cardinal Rampolla, secrétaire d'État, en juin de cgtte même année.
« Au reste les juifs de la Tribuna eux-mêmes, après avoir résumé les faits more et stylo judaico, sont arrivés à la conclusion « 1° que