‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 77 sur 255 · I. N° du 5 septembre · texte numérisé non relu

I. N° du 5 septembre

CHAPITBE TRENTIÈME. 185

l'œuvre de conciliation entre Tltalie et le Pape avait été tentée en 1887 par l'honorable Crispi qui s'était enflammé pour elle et y persista ; 2^ que la négociation fut rompue parce que du côté du Vatican prévalut, avec ou sans laide de la France, le courant des intransigeants. >

Une des raisons pour lesquelles le franc-maçon Crispi désirait tant la conciliation, c'était l'approche du jubilé sacerdotal de Léon XIII. On eût voulu éviter de montrer la triste figure de l'Italie officielle isolée et abandonnée, au milieu des manifestations de toutes les autres nations en l'honneur de Léon XIII.

Les projets de M. Crispi ayant échoué, il s'en vengea en insultant cruellement le Pape par la démission donnée, le jour même du jubilé sacerdotal, au duc Torlonia, syndic de Rome, coupable d'avoir été féliciter le Cardinal- Vicaire à l'occasion des fêtes jubilaires.

Les plus avisés des francs-maçons ne pardonnèrent pas au ministre d'avoir tenté une œuvre impossible :

€ En vérité, disait la Tribuna du 14 août 1891, quand on lit ces choses, on n'a pas même envie de rire, quoique leur côté comique soit évident. On songe plutôt à quelle pauvreté de moyens, à quelle misère d'expédients, à quel assemblage d'illusions étaient confiés en Italie les problèmes les plus élevés de la vie morale, politique et civile. Et on pense encore à autre chose. On pense qu'en ce qui concerne notamment les rapports entre l'Église et l'État parmi nous, les nations d'Europe ont de bons argumenta pour se persuader que nous croyons nécessaire de faire des concessions à la Papauté, et que la curie pontificale est dans la vérité quand elle affirme que la question romaine est toujours ouverte. Tout cela est triste et décourageant, et surtout contraire au sens commun. Une question comme celle qui est ouverte entre le Vatican et ritalie,ne se résoud pas comme un contrat. »

De tout cela il résulte que la question romaine, cent fois déclarée fermée par les politiciens de l'Italie- Une, est cent fois proclamée

ouverte par leurs actes et par leurs paroles. Il ne saurait d'ailleurs en être autrement. La question pontificale est au fond de toute la politique intérieure et extérieure de T Italie, et c'est elle qui mène cet infortuné pays à la ruine et à la misère.

Léon XIII a déclaré plusieurs fois que nul pays n'a autant que l'Italie besoin de la Papauté,et que son hostilité contre le Saint- Siège la conduit à sa perte. Les faits prouvent tous les jours cette triste vérité. Cest la question papale qui a forcé l'Italie à entrer dans la triple alliance et à se ruiner en armements au profit de ses alliés. C'est cette même question qui a contraint l'Italie à se brouiller économiquement et politiquement avec la France, au grand détriment de ses intérêts financiers et commerciaux. M. Crispi l'a avoué : € Ce qui a déterminé l'attitude de l'Italie et son entrée dans la triple alliance, c'est que la France a toujours l'intention de soulever la question romaine. > Un journal officieux, le Fracassa, parlait encore plus clairement : € La triple alliance rendra à l'Italie le même service unique et fructueux qu'elle lui a rendu jusqu'ici en compensation des grands sacrifices qu'elle lui a imposés : l'impossibilité de la constitution de n'importe quelle ligue de puissances catholiques. >

< Voilà donc, conclut la Civiltà Cattolica, le bel avantage que la triple alliance vaut aux Italiens : la captivité du chef de l'Église, l'esclavage vis-à-vis des étrangers, et l'épuisement de la fortune publique ! > Voilà, ajouterons-nous, l'unique bénéfice acheté par l'Italie au prix de son sang et de ses richesses : l'asservissement du Pontife Romain à un gouvernement sectaire.

Ce but unique de l'Italie en entrant dans la triple alliance renouvelée sous le ministère di Rudini en 1 891, fut d'une part reconnu de la façon la plus manifeste par les organes du ministère et souleva d'autre part les vigoureuses protestations de la presse catholique et spécialement de l'organe officieux du Saint-Siège, \ Osservatore Romano.

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