CHAPITRE TRENTIÈME
Ces protestations déplurent à beaucoup de catholiques allemands et autrichiens qui, ne considérant dans la triple alliance que Tintérét de leurs pays, le crurent menacé par l'attitude du Saint-Siège et de ses défenseurs dans la presse italienne. Il s'en suivit une douloureuse polémique entre ces derniers et divers journaux catholiques allemands.
La Civiltà Cattolica ^ jeta dans le débat ces réflexions décisives :
< Une parole sereine ne peut déplaire sur le point en discussion : est-il vrai que la triple alliance, en visant à assurer aux puissances alliées l'intégrité de leur territoire est, par rapport au Pape, comme un gendarme armé qui le maintient en prison .? Sur ce point il semble qu'il ne puisse y avoir le moindre doute... Comment donc, en cet état de cause, pourrait-on trouver mauvais que l'auguste Prisonnier pousse un gémissement en entendant fermer sur sa prison un nouveau verrou ? On dira: Les catholiques d'Autriche et d'Allemagne ont un gage de paix dans la triple alliance, elle empêche la Russie de se précipiter sur le Bosphore ; elle tient en respect la France avide de reconquérir l'Alsace et la Lorraine. Soit : nous aurons donc devant nous un fait qui est cause d'un double effet, bon pour les uns, mauvais pour les autres. Qui donc peut empêcher que, tandis que les premiers s'en réjouissent, les autres s'en affligent? D'autant plus que le mauvais effet consistant dans le maintien d'une injustice faite au Chef du royaume de Dieu sur la terre, doit l'emporter sur le bien que les empires de l'Europe centrale croient en retirer. Que les catholiques d outre-monts se tranquillisent donc et demeurent unis à nous dans une même espérance ; qu'ils se souviennent qu'en revendiquant son droit, le Pape travaille pour le bien des catholiques du monde entier, parce que sa cause est celle d'eux tous. Nous comprenons combien est délicate la position dans laquelle se trouvent ces catholiques, placés entre leur patriotisme et