I. N^ du 19 septembre
leur foi, comme entre Charybde , et Scîlla ; maïs la cause de tout cela n'est pas le Pape, c'est la Révolution, qui a voulu établir dans Rome, à côté du trône du Pape, le trône d'un Roi, et constituer le premier prisonnier du second. »
Hâtons-nous d'ajouter que les catholiques allemands n'ont jamais cessé de revendiquer la pleine indépendance du Souverain- Pontife. Dans leur dernier congrès tenu en août 1892 à Mayence, ils ont renouvelé leurs protestations contre l'occupation de Rome et des États de l'Église par le gouvernement italien, et déclaré que < le rétablissement de la souveraineté territoriale du Pape est une condition imprescriptible de sa pleine indépendance et de sa complète liberté pour le gouvernement de l'Église».
Ces déclarations sont on ne peut plus nettes sur la question de principe. La difficulté glt, pour les catholiques allemands, dans le besoin d'accorder les principes avec le fait de la triple alliance, que leur patriotisme d'une part, et d'autre part la nécessité de ne pas s'aliéner le gouvernement, bien disposé, semble-t-il, à l'endroit des intérêts catholiques en Allemagne, obligent à de grands ménagements sur ce sujet. Ils tâchent de s'en tirer en affirmant leur espoir de voir l'Italie elle-même donner un jour satisfaction aux revendications catholiques touchant la situation du Pape.
Dans l'intérêt de Mtalie et de ses alliés, il serait grand temps qu'on en vînt là, car ce pays est en train d'expérimenter la vérité de la célèbre parole de Thiers : « Celui qui mange du Pape en meurt », et pour peu que cela continue, les deux empires n'auront plus pour allié qu'un cadavre exsangue.
Voici en effet le tableau que trace de la prospérité italienne un journal libéral et optimiste quand même,le Fanfulla.ovgdiVie, officieux de la cour: « Les impôts rendent moins ; la consommation diminue ; le travail se ralentit ; on ne parle que de réductions, de diminutions, de licenciement d'ouvriers; il y a une crise agricole, une crise industrielle, une crise édilitaire ; la rente ne fait que baisser et avec elle
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baissent toutes les valeurs publiques et privées ; Tagio sur Tor s* accroît ; rémigration augmente, il se produit des faillites de maisons réputées plus solides que les pyramides d'Egypte ; tout indique un malaise menaçant, une décadence continuelle, un appauvrissement irréparable. C'est une épouvante et une pitié ! >
Voilà le cri de détresse de T Italie-Une. Mais c'est surtout à Rome même, capitale contre-nature d'un État mal équilibré, que ce cri retentit. Écoutons à ce sujet le Don Chisciotte, dont le métier est de rire et qui pleure en ces termes :
< Les Romains, après i87o,se sont-ils enrichis ? Eh bien ! Essayez de demander compte des immenses fortunes, autrefois légendaires, du patriciat ; venez vous informer de ce qu'est devenue cette bourgeoisie qu'autrefois les poètes eux-mêmes appelaient la grasse bourgeoisie romaine ; voyez ce qu'ont gagné les propriétaires ; regardez quel bien-être s'est répandu dans la population. C'est la misère, c'est la ruine, c'est la liquidation partout. On a défait (et c'était bien, ou au moins c'était fatal) la ville ancienne avec ses traditions, ses ressources, ses habitudes, et on n'a pas su élever la ville nouvelle. Ainsi Rome a perdu son aisance d'autrefois et n'a pu rien gagner au renouvellement économique de la péninsule. Ce sont là des faits. Il suffit de venir ici et de connaître un peu de monde, d'entendre parler quelques négociants, de savoir quelque chose de la situation des banques pour s en convaincre. Et pendant que ces Romains — qui ont vu s'en aller en fumée des fortunes colossales, et qui souffrent toutes les angoisses imaginables, voyant leur municipalité en faillite, leurs ouvriers dans la misère, la classe des négociants presque toute danis la ruine — pendant que ces Romains se taisent et s'indignent,... de Milan et de Turin on leur crie : Vous voulez vous enrichir avec notre argent ! > Le même journal ajoutait: < Peu de gens le savent ou veulent le savoir, mais dans les deux derniers mois, plus de quatre mille personnes ont émigré de Rome pour l'Amérique. C'est la première fois, depuis
vingt siècles, quon émigré de Rome par misère, par désespoir !»
Et ceux qui émigrent sont les heureux. Les pauvres qui demeurent à Rome ont un sort plus dur encore que ces malheureux expatriés. Que de familles meurent littéralement de la lente mort de la faim, dans les immenses constructions nouvelles et déjà ruinées que les propriétaires, désespérés eux-mêmes, abandonnent à la dégradation plutôt que d'y faire des frais sans profit ! Beaucoup d'entre eux laissent leurs immeubles à la disposition des premiers venus, qui s'y établissent sans demander d'autorisation et sans payer un loyer, que le propriétaire n'oserait d'ailleurs réclamer de peur de s'exposer à recevoir quelque coup de couteau. Il semble qu'on en soit arrivé à ce degré de misère que dépeint Isaïe : erit sicut populus sic sacerdos ; et sicut servus sic dominus ejus. . . sicut emens sic ille qui vendit. . . sicut qui repetit sic qui débet. La misère a égalisé tout le monde, le prêtre et le peuple, le maître et le serviteur, le vendeur et l'acheteur, le créancier et le débiteur : tous sont égaux devant la pauvreté envahissante, effet de la malédiction de Dieu et de celle de son Vicaire !
Ce châtiment est d'autant plus visible que la franc-maçonnerie et la juiverie financière avaient fait de la nouvelle Rome le centre d'un réseau d'intérêts matériels, dans lequel la nation entière et ses diverses classes se trouvaient entièrement pris. On croyait par là consolider la possession de Rome par l'Italie. Renverser l'état de choses existant, c'était en effet atteindre chacun dans ses intérêts matériels. Voilà comment la Providence s'est jouée de ce plan !
Et ce n'est pas à Rome seule que règne la misère; l'Italie entière est sa proie. Comment en serait-il autrement puisque, selon l'expression du sénateur Jacini, « les impôts qui pèsent sur la terre en Italie sont uniques au monde et ont le caractère d'une véritable spoliation » ?
Le fisc prend de 30 à "jq ^/o du produit du sol,quand il ne prend