‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 80 sur 255 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

pas tout. La dette hypothécaire est de 9 mîlliards,la dette nationale de 13 milliards et, pour payer ces impôts et servir les intérêts de cette dette,que rcste-t-il ? une agriculture expirante et une industrie embryonnaire. Dès lors comment s'étonner de la misère italienne, et si, à chaque instant, les journaux annoncent la vente de petites propriétés ordonnée par le fisc pour le paiement d'impôts arriérés qui n'atteignent souvent que quelques francs ; si le socialisme se propage comme une traînée de poudre dans les campagnes de la haute Italie et de la Sicile ; si, dans cette dernière région, la formidable organisation des /asct di lavoratori englobe presque toute la population ouvrière;si enfin la détresse pousse à une révolte ouverte lesmi sérables qui déclarent, non plus par une métaphore de tribun, mais comme la simple expression de la vérité, que, mort pour mort, ils préfèrent la mort violente par une balle de fusil à la lente mort de la faim, qui donc pourra s'en étonner ? Il y aurait un moyen d'atténuer cette misère générale, ce serait de diminuer les dépenses écrasantes des budgets de la guerre et de la marine,mais on ne le veut à aucun prix,parce qu'il faut satisfaire de puissants alliés sous peine de perdre leur concours, qui seul peut assurer le maintien de l'unité italienne. Voilà comment la question romaine est la robe de Nessus qui s'attache aux Hancs de l'Italie une et la conduit à sa perte.

A la misère matérielle que nous venons d'esquisser se joint la banqueroute morale.

La vénalité et la corruption du monde officiel et du parlement a été manifestée au grand jour par les malversations de la banque romaine.Le crédit de l'Italie en est universellement ébranlé; les catastrophes financières les plus éclatantes se succèdent coup sur coup. Bref, tout semble prêt à s'engouffrer dans l'abîme sans fond ouvert par la main d'un céleste vengeur.

Il semble que le châtiment qui s'appesantit sur l'Italie ait, jusqu'à un certain point, ouvert les yeux aux fauteurs eux-mêmes du risorgiinento italien.

Le Messa£ero,p2ir\2inide l'époque antérieure à la prise de Rome, écrivait récemment : « Nous nous rappelons parfaitement qu'alors il n'y avait pas cette continuelle et assourdissante lamentation de catastrophes, de maux, de misères, de douleurs, que nous sommes maintenant obligés d'entendre du matin jusqu'au soir.»

Le Parlamento disait de son côté : « Il est indéniable que, sous le Pape, Rome était dans un état économiquement beaucoup meilleur qu'aujourd'hui... La conquête intangible et désirée de Rome a apporté la liberté, mais aussi la ruine économique aux citoyens romains. > La Nuova Antologia est sur le point de reconnaître en tout cela le doigt de Dieu : « Si Tltalie politique, écrit-elle, avait commis les plus graves méfaits, elle ne pourrait être punie de Dieu plus gravement qu'elle ne Test maintenant ». Enfin le Don Chisciotte prononce cet inutile ergo erravimus : « On s'est trompé sur les moyens,on a tout sacrifié à ce qui semblait être la fin unique et imprescriptible de Thistoire d'Italie » à savoir, la possession de Rome et la spoliation du Pape! L'Italie sectaire a mangé du Pape,ou plutôt elle a voulu dévorer la Papauté; elle en meurt, quoi d'étonnant ?

On commence à entendre, dans le camp libéral, des voix qui parlent d'échec et de retour en arrière. Bon gré mal gré, l'italianissime se sent mal à l'aise à Rome. « Cette Rome, dit le Carrière di Napoliy si diverse de celle que nous avions rêvée, finit par affaiblir au lieu de renforcer la foi dans \ italianité . . . Nous faisons réellement, à Rome, une figure plutôt misérable qu'autre chose, nous autres pauvres buzzurriyO^x entre le Colysée et Saint-Pierre n'avons su élever rien de mieux que le Palais des Finances, avec ces finances que tous connaissent ». Le mêrfie journal exprime ensuite cette vérité : « C'est triste à dire mais rien ne sert de le cacher, Rome,que l'on croyait être le grand centre de la vie nationale, continue à envoyer les rayons de sa vertu assimilatrîce dans une sphère trop étendue et qui dépasse les confins de cette humble Italie. » Il

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