CHAPITRE TRENTIÈME
conseille finalement de commencer un voyage de retour du Panthéon, tombeau de Victor-Emmanuel, vers la Superga, tombe héréditaire de la maison de Savoie. Un autre journal, le Folcketto^ osa même proposer « de faire une brèche de Porta Pia à rebours > !
Un écrivain libéral, Gustave Chiesi,exposa avec plus de développement la. même idée dans une lettre à Dario Papi, publiée par Vltalia del Popolo : « Moi, disait-il, qui ai la présomption de ne pas me croire moins bon libéral que ceux qui, dès qu'une feuille s'agite, s'égosillent à crier Rane intangible, je pense qu'il arrivera un temps, prochain je l'espère, dans lequel, par la fatalité des lois historiques, par la force des choses, par d'urgentes nécessités d'ordre public, social, économique, dans la défaite du stupide unitarisme politique qui nous opprime, Rome devra se résigner à se dépouiller de son habillement actuel de capitale historique et politique de l'Italie, pour se contenter d'être le centre du gouvernement,ou de l'administration du Latium, sans pourtant rien perdre, s'il plaît au Pape d'y rester, de sa majesté de capitale morale du monde catholique. > Il appuie cette opinion d'une considération d'ordre général : « L'ère des grandes capitales va se fernier; contre elles se soulèvent lentement mais sûrement les autres nations, à mesure qu'elles s'avancent vers des conditions politiques et sociales plus libres. > Il prédit qu'avant vingt-cinq ans on ne voudra plus de Rome comme capitale de l'Italie et qualifie de « phrase purement décorative » et de < sentimentalité théâtrale » la protestation en usage dans le monde officiel italien sur l'intangibîlîté de Rome.
Il est à peine besoin de dire que ces symptômes de résipiscence ne se manifestent nullement parmi ceux qui ont en main le gouvernement de l'Italie. Ils sont cependant obligés de constater l'extrême gravité de la situation du pays, mais ils n'y voient d'autre remède que de nouveaux sacrifices pécuniaires. Écoutons ces paroles du premier ministre Crispi, au moment où il reprenait le pouvoir, le 20 décembre 1893 : « Nous n'appartenons à aucun groupe parti-
Le F»pe Léon XIII. - II. ^3
culîer de la chambre ; nous appartenons au parti de l'Italie. Malheureusement les conditions de la patrie sont graves aujourd'hui ; nous nous sommes dévoués pour elle. Mais pour réussir, nous avons besoin du secours de toute T Italie : nous avons besoin d'une trêve de Dieu... Le moment actuel est le plus grave que nous ayons traversé depuis la fondation du royaume... Nous ferons les plus grandes économies, mais le temps est arrivé de faire aussi de nouveaux sacrifices. »
Ces paroles sont celles d'un homme acculé à l'impossible : les économies sérieuses ne peuvent se faire, on sait pourquoi ; et quant aux sacrifices nouveaux à demander à cette grande sacrifiée qu'on nomme l'Italie, ils sont plus impossibles encore. M. Crispieût mieux fait de se taire. La mort sans phrases est toujours plus digne qu'un trépas accompagné de bavardages incohérents !
Le spectacle désolant qu'offre l'Italie moderne, les ruines morales, religieuses et matérielles qui se sont accumulées dans son sein, ont fait nattre dans bien des âmes cette troublante question : N'y a-t-il pas moyen de s'opposer activement à une si terrible dissolution ? Les catholiques ne peuvent-ils prendre les armes que la constitution et les lois du pays mettent à leur disposition ? Ne peuvent-ils lutter, sur le terrain électoral législatif, pour renverser ce gouvernement sectaire et persécuteur, et faire régner en Italie la prospérité et la paix religieuse ?
A cette question si palpitante, si capitale, Léon XIII, comme Pie IX, a toujours répondu : Non expediL II ne convient pas que les catholiques luttent sur le terrain des élections législatives. Le terrain des élections communales et provinciales leur est seul accessible. Et quand le Pape dit Non expedit.W faut bien noter qu'il réserve la question de licéité intrinsèque. Nous avons dit que la reconnaissance de l'état de choses actuel et la conciliation avec l'Italie sectaire étaient pour la Papauté une impossibilité. L'intervention des catho-