‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 82 sur 255 · CHAPITRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTIÈME

liques dans les élections législatives, avec la permission du Pape, ne pourrait à la vérité se produire sans qu'ils ne se placent,jusqu'à un certain point, sur le terrain des faits existants. Cependant elle ne constituerait pas, à elle seule et en elle-même, une conciliation avec ritalie sectaire.On comprend en effet facilement que les catholiques pourraient et devraient, dans cette hypothèse, entamer la lutte dans rintentîon d'arriver à modifier Tétat de choses actuel au profit de l'indépendance du Pape, et dans le but de régler, de commun accord avec lui, la situation du Pontife, s'ils venaient à s'emparer du pouvoir. Si donc les catholiques ne prennent pas part aux élections législatives, c'est en vertu d'une volonté positive du Chef de l'Église, Cette volonté s'est manifestée plusieurs fois de la façon la plus claire. En 1889, la congrégation de l'Index condamna un opuscule intitulé : Hûtne, r Italie ^ et la réalité des choses. Pensées (Cun Prélat italien. Cette brochure, publiée d'abord dans une revue intitulée la Rassegna nazionale^ préconisait non seulement une intervention quelconque des catholiques aux urnes, mais une véritable reconnaissance de l'état de choses actuel. Léon XIII se prononça avec une grande énergie contre les conseils donnés dans cet opuscule, par une lettre adressée, le 31 mars 1889, à l'évéque de Brescia.

4L Qui pourrait supporter, dit-il, que des choses de la plus grande importance, intimement liées avec l'autorité du Souverain-Pontife et la liberté de sa charge apostolique, soient arbitrairement traitées et publiquement tranchées par un particulier qui n'a pour ce faire aucune autorité ? Cette cause a été jugée par le Pontife lui-même: maintes fois il a déclaré clairement ce qu'il en pense et ce que les autres doivent en penser. Le devoir permet-il de s'efforcer de persuader autre chose à la multitude ? C'est une présomption et un désordre plus grand encore de vouloir donner des conseils de conduite au Siège apostolique et lui indiquer ce qu'il y a de mieux à faire. On déclare,en résumé,qu'il est convenable et utile que Nous Nous accom-. modions aux choses et aux temps nouveaux.On voudrait que Nous

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ratifiions volontairement ce qui a été fait par la force et Tinjustice, comme s'il n'était pas évident que la condition à laquelle Nous sommes réduits depuis longtemps est tout à fait contraire à la dignité du Pontife Romain et à sa véritable liberté, en sorte que Nous ne pouvons pas l'accepter, mais que Nous sommes réduits à la souffrir sous l'empire de la nécessité, aussi longtemps qu'il plaira au

suprême et très sage modérateur des choses humaines Il est

donc opportun et très salutaire de prévenir les esprits contre ce genre d'écrits, qui sont d'autant plus dangereux qu'ils en imposent d'ordinaire aux foules par une feinte modération et une fausse apparence de religion. >

L'auteur de la brochure condamnée était un prélat italien, Mgr Bonomelli, évêque de Crémone. Les francs-maçons se réjouissaient

déjà dans l'espoir d'un scandale. Mais une rétractation aussi complète qu'édifiante vint montrer que cet espoir était vain. Le 21 avril, jour de Pâques, le prélat monta en chaire et, en présence de la multitude qui se pressait dans sa cathédrale, il se déclara auteur de l'opuscule et donna lecture d'un acte public de soumission au Jugement du Saint-Père. Le chapitre, le clergé, les deux cent quatrevingts séminaristes présents, le peuple tout entier furent émus jusqu'aux larmes de l'exemple d'humilité et d'obéissance donné par ce nouveau Fénelon.

Léon XIII, vivement touché, lui aussi, de la conduite de l'évêque de Crémone, lui adressa le 29 avril un bref plein de la plus tendre affection, et profita de l'occasion pour déterminer de nouveau les principes à tenir en la matière : « Vous comprenez, dit-il, combien il faut faire attention à ce que la cause du Pontificat romain ne soit pas portée par la discussion sur un champ trop étroit. En une chose aussi grave, il ne faut pas former son jugement sur des événements changeants, mais chercher plus haut ses raisons, et examiner sérieusement ceque veut la justice, et ce qui est nécessaire au Siège Apostolique pour l'exercice de sa charge. Ainsi que Nous

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