CHAPITRE TRENTIÈME
Tavons dit et répété souvent, dans la question de la souveraineté civile des Papes, il ne s'agit pas d'une chose humaine, mais de la liberté des droits et des devoirs apostoliques : liberté qui ne peut être soumise à une puissance et à un arbitraire étranger... C'est de cette façon que doit se former l'opinion ; c'est là ce qu'il faut d'autant plus inculquer dans les esprits que, chez beaucoup d'hommes d'ailleurs dignes d'éloge, on accorde une faveur croissante à des opinions trop libres. >
Le Saint- Père n'ignorait donc pas le terrain gagné par ces opinions trop libres en matière de conciliation avec le régime existant. Bien que la participation des catholiques aux élections ne soit pas, comme nous l'avons vu, une seule et même chose avec cette conciliation, néanmoins, à cause de la défense positive faite par la suprême autorité ecclésiastique, les avis qui tendent à pousser les catholiques aux urnes doivent être mis sur le même pied que ceux qui les poussent à la conciliation pure et simple.
Un premier décret de la Pénitencerie avait tranché la question de la participation des catholiques aux élections par ces paroles : non expedire. Mais cette décision donna lieu à de nombreuses discussions, les uns n'y voulant voir qu'un conseil, les autres y reconnaissant une défense formelle. Le 30 juin 1886, la congrégation du Saint-Office déclara authentiquement qu'il s'agissait bien d'une défense formelle. La circulaire constatait que, « dans un très grand nombre de diocèses d'Italie, s'était répandue l'opinion qu'il est licite de s'approcher des urnes politiques, depuis que la Sainte Pénitencerie, consultée sur ce sujet, a répondu simplement : non expedtre. > Le cardinal Monaco, signataire de la circulaire en question, disait ensuite que le Saint- Père lui avait ordonné de déclarer que ces mots impliquaient une défense, i Je dois ajouter, continuait le cardinal que dans les circonstances actuelles le Saint- Père maintient cette défense, >
Un évêque d'Italie, Mgr Loschirico, archevêque d'Acerenza et
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Matera,crut devoir rappeler cette circulaire à Toccasion des élections de 1890. Mais il ne fut pas obéi de tous, et vingt prêtres, qui se rendirent aux élections, furent suspendus a divinis pour quinze jours. Ils se soumirent, sauf un qui protesta dans XOptnione^ mauvais journal de Rome. De là, des menaces de poursuites contre l'archevêque et une enquête judiciaire qui parait n'avoir pas eu de suite. Le Saint- Père saisit cette nouvelle occasion de manifester ses intentions en faisant adresser par le cardinal Rampolla une lettre d'éloges à Mgr Loschirico.
La volonté si formellement exprimée du chef suprême de l'Église sur un point aussi délicat exige impérieusement l'obéissance. Il n'est cependant pas interdit de rechercher les motifs qui ont pu dicter cette décision à Pie IX et à Léon XIII.
Ils semblent se rattacher tous à deux chefs principaux: l'inutilité et le danger de la participation des catholiques aux élections législatives.
Dans les circonstances actuelles, cette intervention serait inutile, parce que les catholiques italiens sont hors d'état de s'emparer du pouvoir. La vie politique est presque nulle en Italie. Un grand nombre d'électeurs n'est pas même inscrit sur les listes électorales, et parmi les inscrits, la moitié seulement a participé au vote dans les élections de 1892. Cette moitié se compose en majeure partie de ceux qui dépendent du gouvernement. Bref il n'y a en Italie qu'une vaine apparence de vie parlementaire, et les partis d'opposition y sont par avance condamnés à l'impuissance. Que si,par l'usage de la lutte et une puissante organisation, qui n'existe pas mais qui pourrait peut-être se créer, les catholiques arrivaient à remporter quelque succès parlementaire, ils seraient certainement condamnés pendant des années au rôle de minorité, rôle dans lequel le gouvernement trouverait d'ailleurs une foule de moyens de les maintenir indéfiniment. S'il y a quelque bien à espérer d'une minorité catholique au parlement italien, ce bien s'obtient d'une façon peut-être