I. Voy. Nuova Aniûhgia^ i décembre
un danger pour nos institutions, en serait la consolidation par le salutaire réveil qu'il provoquerait infailliblement chez les libéraux. L'absence d'un parti décidément conservateur a créé dans nos régions parlementaires cette confusion que tous nous déplorons, et a produit des divisions factices qui ne répondent pas à la réalité des choses. Il manque un des termes à la distinction véritable et rationnelle des partis... Tant que ce terme manquera à l'équilibre de la vie politique italienne, nous ferons des phrases et rien que des phrases et, pour employer un mot vulgaire, nous courrons après la quadrature du cercle. >
Est-ce aux catholiques de donner au régime actuel la solidité et la cohésion qui lui manquent ? Est-ce à eux de faire nattre la concentration des partis anti-religieux, et cette concentration serait-elle autre chose que l'organisation de l'anticléricalisme ? Si les ennemis de l'Église sont déjà si puissants en Italie quoique divisés, que seraient-ils unis ?
D'autre part, les catholiques italiens seraient-ils à la hauteur de la terrible tâche qui leur incomberait : à savoir de défendre l'indépendance et les prérogatives du Saint-Siège dans un milieu qui leur est profondément hostile ? Même sur le terrain municipal, on a dû constater trop* souvent de lamentables faiblesses de la part des élus de l'union catholique. La politique du drapeau en poche a été mise en usage par plusieurs d'entre eux, en bien des circonstances où il aurait fallu parler haut et ferme. Il y a donc tout lieu de craindre qu'une fois portée sur le terrain parlementaire, la question de l'indépendance pontificale ne soit reléguée parmi les thèses abstraites qui demeurent étouffées sous les hypothèses de la vie quotidienne.
Mais si Ton considère les choses au point de vue du Saint-Siège lui-même, les dangers de l'intervention politique des catholiques apparaissent avec plus d'évidence encore. Si la question de l'indépendance pontificale doit se traiter au parlement italien, elle perd son caractère d'universalité pour devenir une question- nationale.
GHAPITRS TRENTIÈME. 201
Le Souverain- Pontificat est, par la force des choses, intimement mêlé aux intérêts d'un parti national d'opposition; le Pape est exposé à se trouver réduit* en Italie, au rôle d'un simple chef d'opposition, et à subir comme tel le contre*coup de tous les échecs parlementaires de son parti. Cette attitude ne serait ni digne, ni avantageuse aux intérêts de l'Église. Aujourd'hui le Saint-Siège proteste, fortement sans doute, mais dignement, contre la violence qui lui est faite, alors au contraire son attitude devrait s'accommoder aux petitesses du parlementarisme. De l'aveu des incrédules aussi bien que des catholiques, la nationalisation du Saint-Siège serait un immense danger pour l'Église. Éh bien ! en s'inféodant à un parti politique italien, le Saint-Siège se nationaliserait presque aussi sûrement que par une reconnaissance pure et simple du régime existant.
Enfin il faut considérer que, confiée aux mains d'un groupe parlementaire italien, la défense des droits du Saint-Siège n'exciterait plus au même degré la sollicitude des catholiques de l'univers. Bien plus, les députés catholiques italiens seraient amenés à demander eux-mêmes à leurs coreligionnaires du dehors, de mettre une sourdine à leurs revendications et de ne pas les compromettre par des protestations bruyantes, qui dérangeraient leurs combinaisons stratégiques et les feraient passer pour le parti de l'étranger, mot terrible en Italie plus qu'ailleurs. Ajoutez à cela la tendance naturelle des partis à reléguer les questions gênantes dans le domaine des principes respectés mais non pratiqués, (juèl espoir raisonnable resterait encore au Saint-Siège de voir ses droits reconnus ?
Quel espoir reste-t-il dans l'état actuel des choses.^ répondra-t-on. Sans doute* humainement, on ne voit guère d'issue à la situation où se trouve la Papauté. Mais l'affirmation énergique et constante du droit est déjà par elle-même une sauvegarde plus grande que les petites intrigues du parlementarisme. Admettons que, dans un cas comme dans l'autre, tout soit perdu au point de vue humain. Toujours est-il que l'attitude actuelle du Pontife est plus conforme à la
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grandeur de sa dignité et à la nature de son ministère. La nécessité de l'indépendance absolue du Saint-Siège est une vérité de premier ordre. La mission de la Papauté est avant tout de défendre la vérité en la faisant briller à tous les yeux. Le parlementarisme au contraire dissimulerait cette vérité éclatante. Le Pape a donc raison de ne pas recourir à des moyens qui le contraindraient à voiler l'éclat de la vérité. Mieux vaut compter sur le secours de Dieu, et suivre dans la patience la voie de la justice et du devoir !
Une dernière observation. Le parlementarisme est partout agonisant; en Italie il semble déjà mort. Les questions politiques cèdent le pas aux questions sociales, qui se traitent principalement sur un théâtre extra-parlementaire. C'est ailleurs que s'élaborent les solutions décisives, qui s'imposent aux chambres d'une façon impérative; les législateurs cèdent à des courants plus forts qu'eux et qu'ils n'ont ni formés ni dirigés. Eh bien ! ce n'est pas au sein d'une pareille crise qu'il convient aux catholiques italiens de mettre leur épingle dans un jeu aussi compromis, ni d'assumer, ne fût-ce que partiellement, la responsabilité d'une situation qui devient de jour en jour plus critique. Ils sont d'ailleurs beaucoup mieux armés pour lutter sur le terrain social que sur le terrain politique. Qu'ils continuent à développer l'organisation déjà assez avancée de leurs sociétés populaires, et ainsi ils s'assureront, pour le jour prochain où retentira le Mane, Thecel, Phares, de la secte, une influence qui sera salutaire et prépondérante dans la liquidation de l'héritage politique du régime actuel. Alors on verra combien sage était le non expedit pontifical.
Cette même considération doit engager les catholiques à s'organiser sérieusement sur le terrain où la lutte électorale leur est permise, le terrain provincial et communal. C'est là qu'ils apprendront à vaincre, c'est là qu'ils se prépareront aux luttes qu'occasionnera peut-être bientôt la chute du régime actuel, c'est là aussi qu'ils obtiendront des avantages immédiats, en empêchant beaucoup de mal et en faisant tout le bien qu'ils pourront.