‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 94 sur 255 · CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTE-ET-UNIÈME

priétaires d'une somme de vingt millions, peut et doit passer pour définitif. Le principal auteur de ce triomphe sur le terrain parlementaire n'eut pas la consolation d'y assister. Peu de temps auparavant, il avait été recevoir au ciel une couronne infiniment plus enviable. Mais avant de quitter la terre, Windthorst avait eu un avant-goût de la gloire éternelle dans les manifestations auxquelles donna lieu, en janvier 1 891, le quatre- vingtième anniversaire de sa naissance. Les catholiques allemands fêtèrent dignement leur chef, et Léon XIII, qui lui envoya le grand cordon de Tordre de saint Grégoire, juste récompense des victoires sans précédents de € la petite Excellence de Meppen >, chargea le cardinal Rampolla d'exprimer à ce grand défenseur de l'Église, l'admiration et les félicitations du Pape.

Windthorst ne survécut pas longtemps à ces témoignages d'estime et de sympathie. Le 14 mars, il rendait sa grande âme à Dieu en prononçant les paroles du psalmiste : In manus tuas commendo spiritunt meum.

Devant la tombe de cet intrépide lutteur, toutes les animosités qu'il avait soulevées dans ses combats pour le bien se changèrent es un concert d'éloges. Les autorités de l'empire et les présidents des groupes ennemis du Centre s'unirent aux catholiques pour déptcner la perte de cet incomparable chef de parti. Pendant sa dernière maladie, l'empereur se rendit en personne à la modeste habitation de celui qui naguère avait été proclamé ennemi de l'empire, et après sa mort, il couvrit son cercueil de fleurs. La presse de tous les partis s'unit pour faire son éloge, et un journal protestant, la Berliner Zeitung, exprima en ces termes le sentiment universê* : « Il ne laisse aucun ennemi : son cercueil est entouré par la nation tout entière, aux affectueuses démonstrations de laquelle s'associent les pays étrangers eux-mêmes. > Les funérailles de Windthorst, auxquelles se firent représenter la cour impériale et presque toutes les cours princières d'Allemagne, furent un triomphe posthume d'une grandeur incomparable.

Le Pape Léon XII I. - II. > 5

La voix de Léon XIII domina toutes celles qui disaient Téloge du héros disparu. Par un bref adressé le 19 mars aux chefs du Centre, le Pape exalta « la religion, Tintégrité, la prudence de Windthorst », et la constance avec laquelle il défendit « les droits de rÉglise et la cause de la justice :^. « Jamais, dit Léon XI II, il ne recula d*un pas devant les forces des adversaires ou les flots populaires, il aima sa patrie et obéit à son prince de façon à ne jamais séparer ces devoirs du respect dû à la religion. »

Windthorst était digne d'être Tallié de Léon XIII dans la lutte parlementaire et diplomatique qui se termina par la capitulation de l'État prussien devant la puissance salutaire de l'Église.

Le contraste de la fin politique du prince de Bismarck, confiné désormais dans une mesquine et rageuse opposition, avec la fin de Windthorst, mourant en quelque sorte enseveli dans son triomphe ; voilà une des plus hautes leçons que l'histoire puisse donner à l'humanité et un encouragement pour tous ceux qui défendent, au milieu des ténèbres et des tribulations, la cause du droit et de l'Église contre l'oppression insolente de la force K

L'empereur d'Allemagne qui avait honoré Windthorst et sa mémoire, voulut rendre au chef de la religion pour laquelle Windthorst avait si glorieusement combattu, un hommage particulièrement significatif. Humbert I^^ roi d'Italie, et la reine Marguerite de Savoie célébrèrent en 1893 leurs noces d'argent, et l'on voulut faire de cet événement de famille l'occasion d'une grande démonstration unitaire. La démonstration manqua de cette spontanéité que donnent les anciennes traditions et l'amour des peuples. Mais les pompes officielles ne manquèrent pas. Parmi celles-ci figurait en première ligne la réception du puissant allié d'Allemagne.

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I. Depuis que nous avons écrit ces lignes, l'empereur d'Allemagne s'est réconcilié d'une façon aussi éclatante qu'inattendue avec le prince de Bismarck. Cependant, au dire des meilleurs juges, le rôle politique de Tancien grand chancelier n'en reste pas moins fini

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