‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 96 sur 255 · CHAPITRE TRENTK-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TRENTK-ET-UNIÈME

par Léon XIII au baron Marschall, secrétaire d'état au ministère

des affaires étrangères de Prusse.

Ces circonstances et € les conditions que l'Empereur a dû subir avant de pouvoir pénétrer dans la maison de Léon XIII » donnent, d'après la libérale Corrispondenza verde, « le droit de supposer que les noces d argent n'ont été, aux yeux de l'hôte des princes de Savoie, qu'un prétexte pour se rendre à la cité léonine ». Les officieux protestèrent contre cette interprétation, mais tous les journaux hostiles au Pape, qu'ils fussent officieux ou non, durent reconnaître, avec la Nazione, que la visite de Guillaume lia Léon XIII était ^ un événement politique de premier ordre >, ou avec la Tribuna, qu'elle était 4: un nuage interposé entre le jeune Empereur et le peuple italien » libéralisé. Le FolchettOy organe officieux du ministère, avait donc raison de signaler avec un dépit mal dissimulé « l'étrange vision d'un empereur, hôte à Rome du roi de l'Italie unie, qui va dans la Rome italienne saluer un vieillard que le sentiment italien de Rome (entendu à la façon maçonnique), n'aime pas et considère comme une incarnation de la diminution de son droit. >

Divers journaux attribuèrent la démarche de Guillaume II, à lespoîr d'obtenir du Pape une pression sur le Centre, en faveur de la nouvelle loi militaire que le gouvernement allait présenter au reichstag. Une feuille au service de M. de Bismarck disait malicieusement que si cette loi était votée, elle pourrait, comme les bulles pontificales, porter la mention : donné à Rome près Saint- Pierre. L'événement montra que ces conjectures n'étaient pas fondées. Cependant elles paraissaient d'autant plus vraisemblables que le Centre était travaillé par une crise intérieure des plus pénibles. La cohésion que Windthorst avait su maintenir dans ce parti semblait menacée par les tendances de certains de ses membres, séduits par la nouvelle direction donnée à la politique allemande et par leurs

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attaches avec la cour. Aussi Ton put craindre que la ligne de conduite indépendante et populaire du parti catholique allemand, ne fût compromise.

Au printemps de 1893 le gouvernement impérial proposa son nouveau projet de loi militaire. Il comportait une augmentation de 83,900 hommes dans l'effectif de paix. Les nationaux-libéraux proposèrent une augmentation de 49,000 hommes seulement, qui fut rejetée par le gouvernement. Alors un membre important du Centre, le baron de Huene, traita de sa propre autorité avec le cabinet sur le pied d'une augmentation de 70,000 hommes à effectuer en trois ou cinq ans. Le gouvernement accepta cette base comme dernière concession, et Ion crut un instant que les catholiques allaient l'accepter également, en demandant comme prix de leur concours l'abolition de la loi contre les jésuites. Mais le Centre, sachant combien le peuple était excédé des charges militaires toujours croissantes, rejeta sans hésiter la proposition de Huene. On fut surpris de voir douze membres importants de la fraction se séparer du gros du parti et voter avec le gouvernement. Parmi eux l'on distinguait, outre le baron de Huene, le comte Ballestrem, le baron Schorlemer-Alst et M. Porsch. La scission avait un caractère aristocratique bien marqué.

Le reichstag ayant été dissous, cet incident eut des suites sur le terrain électoral et l'on vît des hommes éminents de l'ancien Centre prendre position sur ce champ de bataille contre le parti catholique historique. La forte discipline du Centre et la popularité de sa cause le firent triompher de cette épreuve. Sur les douze séparatistes, deux seulement furent réélus dans leurs anciennes circonscriptions, et la fraction, un peu diminuée il est vrai quant au nombre, se retrouva homogène et compacte comme auparavant. Dès la réunion du congrès des catholiques allemands à Wurzbourg, au mois d'août 1893, on avait pu constater que l'union, un moment menacée, était rétablie. Des scissionnaires de marque étaient

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