‹ Le pape Léon XIII (volume 2)Chapitre 97 sur 255 · GHAPITRK TRENTE-ET-UNIÈME · texte numérisé non relu

GHAPITRK TRENTE-ET-UNIÈME

rentrés dans le rang, et le parti s'affirma solidement reconstitué sous un chef populaire et éminent, le docteur Lieber.

Le premier devoir du Centre à la reprise des délibérations du reichstag, fut de lui soumettre une proposition pour le rappel des jésuites et des congrégations soi-disant affiliées. Les orateurs catholiques défendirent énergiquement ce projet, destiné à faire disparaître ce reste du kulturkampf, auquel le gouvernement et les protestants en général semblaient attacher une importance toute particulière. Cette fois, le cabinet garda la neutralité ; les opposants firent preuve de faiblesse et la loi fut votée par 173 voix contre 136. Malheureusement, il est fort douteux qu'elle obtienne Tapprobation du bundesrath.

Au cours de la discussion, le chef de la fraction, M. Lieber, fit des déclarations que les journaux résumèrent ainsi : « L'Église catholique a besoin de l'ordre des jésuites pour l'accomplissement de sa mission divine. L'orateur repousse le reproche que la Curie suive une ligne de conduite politique hostile aux intérêts nationaux allemands. Le cardinal Rampolla a déclaré encore récemment que la Curie évite toute immixtion dans les organisations politiques, aussi bien de la triple alliance que de l'alliance adverse. Mais, même si là Curie voulait faire de la politique russo et francophile, l'infaillibilité de la Curie ne s'étend pas, pour les catholiques allemands à l'accomplissement de leurs devoirs politiques envers le peuple, l'empire et le pays. Les catholiques maintiennent avec fermeté l'attitude qu'ils ont observée jusqu'à présent, en restant fidèles à l'empereur, à l'empire et entièrement dévoués à la patrie. »

Si ces paroles sont exactement rapportées, il faut convenir que l'incursion faite par l'éminent leader catholique dans le domaine théologîque, ne fut pas des plus heureuses. Sans parler de cette infaillibilité de la Curie ^ qui n'a aucun sens, les catholiques ne

I. Cette expression est* peut-être le fait du journaliste qui a reproduit les paroles, et non de l'orateur lui-même.

connaissant que rinfaillibilité du Pape, M. Lieber n est pas dans la vérité lorsqu'il déclare que Tinfaillibilité, où plutôt l'autorité du Pape ne s'étend pas, pour les catholiques allemands, à l'accomplissement de leurs devoirs politiques envers le peuple, l'empire et le pays. Ces devoirs rentrent dans la morale dont l'Église et le Pape sont les gardiens. Aussi ne cessent-ils l'un et l'autre de répéter la maxime du Christ : Rendez à César ce qui est à César ^ et à Dieu ce qui est à Dieu, et de prêcher, plus haut que M. Lieber lui-même, la fidélité à l'empereur et à la patrie. Quant à la crainte de voir le Pape s'immiscer comme Pape en des alliances purement politiques, elle est chimérique, et sur des lèvres catholiques, la supposition même de la possibilité d'une semblable attitude semble déjà une irrévérence. Il est sans doute un point sur lequel l'accord n'est pas fait entre la triple alliance et la Papauté : c'est la question de l'indépendance du Saint-Siège. Mais en garantissant à l'Italie l'intégrité de son territoire et par conséquent la possession de Rome, les puissances allemandes de la triplice ont, d'elles-mêmes, sur ce point particulier, pris position contre le Pape. Cette situation n'implique d'ailleurs aucunement la nécessité pour le Souverain-Pontife de faire, au détriment de l'Allemagne et de l'Autriche, une politique favorable à la Russie et à la France. On ne peut que répéter à ce propos ce que disait le 6 janvier 1894 un correspondant de la Civiltà Cattolica : « Le Saint- Père domine les accords et les groupements politiques de l'époque courante, comme les intérêts de l'Église dominent les desseins et les désirs des gouvernements temporels. Ce serait méconnaître la notion de la Papauté, que de la rabaisser au rang d'un acteur politique. Léon XIII est au-dessus de l'alliance franco-russe, comme au-dessus de la triplice. Quelque amour qu'il ait pour la France catholique malgré ses gouvernants et ses politiciens, il ne lui sacrifiera jamais les intérêts des autres peuples catholiques. >

Au reste les difficultés avec lesquelles était aux prises l'éminent

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