CHAPITRE TRKNTE-ET-UNIÈMK
chef du Centre, parlant devant un auditoire en majorité protestant et plein de préjugés à Tégard des catholiques, toujours plus ou moins soupçonnés d'être ennemis de l'empire, expliquent, sans les justifier, les inexactitudes que nous avons relevées dans le langage que lui prêtent les feuilles publiques. Ce langage porte d'ailleurs la trace de certaines préoccupations qui se sont fait jour parmi les catholiques allemands.
C'est ainsi qu'on a vu avec peine certains organes du Centre attaquer avec véhémence la presse catholique italienne, à propos de la triple alliance. Ces journaux auraient voulu un rapprochement des catholiques italiens avec l'ordre de choses actuel, une participation plus active de ceux-ci à la vie publique, et cela dans l'espoir plus ou moins avoué de fortifier la triple alliance par une réconciliation de la Papauté avec l'Italie. Les journaux allemands ne pouvaient cependant pas ignorer que la presse catholique italienne ne faisait que suivre la direction donnée par le Pape lui-même, et nous avons exposé plus haut les graves motifs qui,aux yeux des penseurs impartiaux, rendent cette direction inévitable dans les circonstances actuelles. Le Pape ne peut donc la modifier pour faire plaisir à la triple alliance, et cette alliance elle-même, qui lui serait indifférente comme toute autre alliance politique des puissances, doit être tenue par lui pour hostile, en tant qu'elle contribue à consolider, au détriment de l'indépendance du Saint-Siège, l'état de choses existant à Rome.
Il n'est que juste de le reconnaître, les catholiques allemands ne cessent de revendiquer l'indépendance du Pape. Mais pour accorder leur patriotisme avec leur foi, ils espèrent obtenir ce résultat par une résipiscence de l'Italie. Sans doute une pareille résipiscence» si improbable qu'elle soit, n'est pas impossible, et parmi les voies dont la Providence peut se servir pour arriver à ses fins, celle-là ne doit pas être exclue : c'est ce qui peut justifier l'attitude des catholiques d'Allemagne.
236 L£ PAPE LÉOK XIII.
Ce que Ton regretterait, ce serait de voir percer sous des plumes catholiques les défiances et les injustes accusations dont M. GeflTcken et la Contemporary Review se sont faits les organes. Léon XIII, disent les auteurs de ces accusations, sacrifie les intérêts du catholicisme en Allemagne et surtout en Autriche, par hostilité envers la triple alliance, dont il n'espère plus rien au point de vue du pouvoir temporel, tandis qu'il fait tout pour la République française, au détriment même des intérêts catholiques, et ce dans l'espoir d'obtenir un appui de ce côté pour ses revendications temporelles.
L'écrivain de la Contemporary Review et M. Geffcken insistent surtout sur la prétendue injustice du Pape à l'égard de l'Autriche- Hongrie, qui est pourtant, disent-ils, un pays orthodoxe par excellence. Les arguments qu'ils apportent sont ou puérils, ou erronés, ou de telle nature qu'on en trouverait facilement de semblables pour établir une hostilité systématique dé la Papauté à l'égard de n'importe quelle puissance. Nous ne discuterons pas les cancans qu'ils répètent touchant une prétendue disgrâce de l'ambassadeur d'Autriche auprès du Vatican, ni le grief tiré de l'élévation du nonce de Vienne, Mgr Galimberti, au cardinalat, élévation motivée, dit-on, par le désir d'éloigner de son poste ce nonce trop favorable à la triple alliance. Le chapeau n'est-il pas au contraire dans cette circonstance la récompense des services rendus ?
Le Saint-Siège aurait, d'après la Contemporary Review, prié l'empereur d'Autriche de faire usage de son ancien droit de présentation, lors de la vacance du siège patriarcal de Venise, voulant ainsi amener un conflit avec l'Italie. Cette accusation est purement gratuite et a été démentie d'une façon autorisée par la Civiltà Cattolica ^ Il n'est pas non plus digne de l'histoire de réfuter certaines allégations touchant la vacance prolongée de tels et tels sièges épiscopaux. Le même fait se vérifie souvent en France et doit se