CHAPITRE SIXIÈME
c'était l'opposé de Pie IX, sa première encyclique allait donc contenir un programme nouveau ; elle allait ouvrir l'ère de la conciliation et signaler un changement dans les principes du gouvernement de l'Église. C'est ainsi qu'habitués aux variations et aux petitesses du régime parlementaire moderne, ils voulaient mesurer à cette aune mesquine les paroles qui allaient sortir de la bouche du successeur de saint Piçrre. Les catholiques,eux aussi, se demandaient ce qu'allait être la première encyclique de Léon XIII, persuadés qu'elle leur apporterait les plus précieuses lumières, et que le nouveau Vicaire de Jésus-Christ serait ce lumen in coelo, cette clarté nouvelle au ciel de l'Église, que semblaient présager d'anciennes traditions et que symbolisaient gracieusement les armes de la famille Peccî. C'est au milieu de cette attente universelle que parut l'encyclique Inscrutabili^ au jour même où l'Église célébrait la résurrection du Sauveur, ajoutant ainsi une joie nouvelle aux joies de \alleluia.
Que disait donc cette encyclique si impatiemment désirée ? Elle débutait par une magistrale peinture de l'état de la société au moment où Léon XIII avait été appelé à occuper la chaire de St-Pierre. « Dès le début de notre pontificat, disait le Pape» s'offre à nous le triste spectacle des maux dont le genre humain est de toutes parts accablé : cette corruption si étendue des vérités suprêmes, sur lesquelles repose comme sur ses fondements l'ensemble de la société humaine ; cette révolte des esprits, incapables de supporter aucune autorité légitime ; ces causes sans cesse renaissantes de discorde, d'où naissent des luttes intestines, et des guerres sanglantes et cruelles ; le mépris des lois qui dirigent les mœurs et défendent la justice ; une cupidité insatiable des choses périssables et un oubli des choses éternelles, poussés jusqu'à cette fureur insensée qui porte tant de misérables à attenter à leur propre vie ; l'administration imprévoyante, la dissipation, la malversation des biens publics ' ; l'im-
I. Quelle confirmation éclatante n'ont pas donné à cette parole de Léon XIII aux
pudence de ceux qui, faisant tout pour tromper, s'efforcent de se faire passer pour les défenseurs de la patrie, de la liberté et de tous les droits ; enfin cette sorte de peste mortelle qui attaque intimement les organes de la société humaine, ne lui laisse aucun repos et la menace de nouvelles révolutions et des événements les plus calamiteux. » Pouvait-on, avec une touche plus sûre et une fermeté plus grande, mettre le doigt sur les plaies de la société ? Rien ne manque à cet effrayant tableau : ni le désordre des esprits, ni celui de l'administration temporelle, ni la corruption privée, ni les séductions publiques d'un prétendu libéralisme ; ni les maux des âmes, ni ceux des corps. Ainsi la première parole solennelle du Pape était de dire au monde comme le Fils de l'homme à l'ange de Laodicée : Tu dis que tu es riche et dans t abondance et que tu fias besoin de rien : et tu ne sais que tu es malheureux et misérable, et pauvre, et aveugle, et nu. Mais il ne suffit pas à un médecin de reconnaître le mal, il doit encore en scruter les causes et en indiquer le remède. C'est ce que Léon XIII fait dans la suite de son encyclique. Quelle est la grande cause des maux de la société moderne ? C'est le mépris de l'autorité de l'Église. Sapez cette autorité et du même coup vous ébranlez les fondements de la société. Voilà ce qu'xmt compris les ennemis de l'ordre public, et voilà pourquoi ils se déchaînent avec fureur contre l'Église. Léon XIII énumère les effets de cette fureur satanique : les lois contraires aux droits de l'Église, le mépris de l'autorité épiscopale, les obstacles opposés au ministère ecclésiastique, la destruction des ordres religieux, la soustraction des instituts de charité à l'influence de l'Église; « de là aussi cette liberté effrénée d'enseigner et d'imprimer ce qui est mauvais, tandis que d'autre part le droit de l'Église à l'instruction et à l'éducation de la jeunesse est violé de toutes façons »; de là enfin la destruction du pouvoir temporel nécessaire au St-Siège pour le libre exercice de sa puissance. — — ' *
débuts dé son pontificat, les abominables scandales financiers qui éclatent de toutes parts sous nos yeux !