‹ Le pape Léon XIIIChapitre 103 sur 248 · CHAPITRE SIXIÈME. 2U · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. 2U

erreurs, recommandant en même temps aux évêques de veiller à la conservation et à la propagation des vraies doctrines, surtout au moyen de la bonne éducation de la jeunesse. < Plus les ennemis de la religion, dît-il, s'efforcent d'apprendre aux hommes ignorants et surtout aux jeunes gens ce qui est propre à obscurcir leur intelligence et à corrompre leurs mœurs, plus il faut s'efforcer de faire régner, avec une méthode convenable et solide, un enseignement conforme de tous points à la foi catholique, dans les lettres et dans les sciences, mais principalement dans la philosophie, de laquelle dépend en grande partie la bonne direction des autres sciences. »

Tournant alors ses regards vers la famille ofi l'éducation reçoit en quelque sorte ses fondements, le Pape rappelle avec insistance que les lois divines qui règlent cette société domestique peuvent seules lui rendre sa stabilité et son efficacité, au moyen des grâces que le mariage, élevé à la dignité de sacrement, confère aux parents et aux enfants pour l'accomplissement de leurs devoirs et leur félicité temporelle et éternelle. Voici en quels termes énergiques Léon XIII parle des lois an ti -chrétien nés qui ont réduit ce grand sacrement au rang des contrats purement civils : < Il s'ensuivit que la dignité du mariage chrétien se trouvant violée, les citoyens s'adonnèrent à un concubinat légal au lieu de mariage, les époux négligèrent leurs devoirs mutuels de fidélité, les enfants refusèrent l'obéissance et le respect à leurs parents, les liens de l'amour domestique se relâchèrent et — déplorable exemple et ruine des mœurs publiques ! — de pernicieuses et funestes séparations prirent souvent la place d'un amour insensé. > Le Pontife invite ensuite les évêques à rappeler sans cesse les fidèles à l'observance des lois de l'Église sur le mariage, puis il décrit les salutaires effets qui en découlent pour la famille comme pour les individus ; et afin de maintenir les heureux résultats produits par l'éducation de la famille et l'enseignement chrétien, il recommande d'un mot les pieuses associations de tous genres qui sont la gloire de notre temps.

L'encyclique se termine par l'expression de la joie que cause au Pontife suprême l'union des évêques entre eux et avec le Saint-Siège, ainsi que les témoignages de respect qui lui sont venus de tous les points de l'univers, 4L fournissant ainsi la preuve, ajoute formellement le Pape, que la charité et le dévouement dont les fidèles ont entouré notre très digne Prédécesseur, demeurent entiers, et qu'ils ne s'attiédissent pas envers la personne d'un héritier qui est si loin de l'égaler ». Finalement le Saint- Père recommande à tous de prier pour les besoins de l'Église, en invoquant le secours de Marie Immaculée, de saint Joseph et des apôtres Pierre et Paul.

Nous avons voulu donner cette analyse détaillée de l'encyclique Inscrutabili à cause de son extrême importance ; Léon XI 1 1 y touche les diverses questions qu'il développera dans ses encycliques postérieures. Sous ce rapport, elle peut être considérée comme une sorte de programme de gouvernement, si tant est qu'il convienne d'appliquer ici les termes du langage parlementaire. On remarquera avec quelle netteté le Pape spécifie les points où le siècle est en désaccord avec l'Église, et avec quelle force sereine il engage les évêques, le clergé et les fidèles dans une voie qui n'est pas celle que croyaient les illusionnés et que feignaient d'espérer les trompeurs. Le langage de Léon XIII était-il différent de celui de Pie IX .^ Sans doute loriginalité d'un style latin tout imprégné de la pureté classique jointe à la majesté pontificale, sans doute la marque d'un esprit et d'un caractère propre et personnel faisaient de l'encyclique un document où la figure de Léon XIII apparaissait soas des traits qui la distinguent de celle de Pie IX ; mais ces différences, loin de provoquer des comparaisons offensantes pour Pie IX ou pour Léon XIII, donnaient une magnifique et nouvelle preuve de la variété infinie que l'Esprit-Saint joint à la perpétuelle unité de son action divine. Par la bouche de Léon XIII, comme par celle de Pie IX, c'était évidemment Pierre qui parlait, Pierre inspiré par l'Esprit de Dieu et assisté par Celui qui a promis d'être

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avec son Église jusqu'à la consommation des siècles ! Aussi la voix du nouveau Pontife, en retentissant par toute la terre, apporta-t-elle aux hommes de bonne volonté cet-encouragement et cette paix surnaturelle qui accompagne les œuvres de Dieu.

Mais que dirons-nous de Teffet produit parmi les ennemis de r Église ? On peut l'affirmer, l'impression dominante fut la stupeur. Le mot d'ordre donné était de considérer Léon XIII comme un V^,^^ accommodant, qui allait réconcilier l'Église avec le libéralisme, le Saint-Siège avec l'Italie une et libérale, et voilà que le premier acte solennel du nouveau Pape, dans une forme calme à la vérité, mais aussi catégorique que possible, déclare ces réconciliations impossibles ! Qu'on juge du désarroi que pareil événement dut causer parmi les sectaires ! Le premier moment d'émoi passé, ils cherchèrent à reprendre leur aplomb et à trouver des explications. Malheureusement celles-ci étaient contradictoires. Les uns firent semblant de se contenter du ton mesuré de l'encyclique, et imaginèrent que le Pape l'avait ainsi rédigée malgré l'opposition des cardinaux intransigeants. D'autres, au contraire, prétendirent que l'encyclique avait été conçue d'abord dans un esprit plus conciliant» que le Pape y avait postérieurement ajouté des protestations plus énergiques, à l'instigation de certains diplomates et de certains cardinaux. Ces ridicules explications furent démenties par une note de XOsservatore Romano : elles se démentaient d'ailleurs suffisamment d'elles-mêmes.

Voici le jugement de la Nazione, organe modéré, sur l'encyclique :€ Le nouveau Pape ne fait pas d'imprécations, il ne maudit pas, il ne menace pour ainsi dire pas, et en cela il y a une différence sensible (et peut-être la seule) avec l'ancien. Mais quant à la condamnation de toutes les conquêtes de l'esprit moderne,il est absolu, dur, décidé, inexorable, presque cruel, tout comme celui auquel il a succédé. Dans ce très long document vous ne trouvez pas une parole, pas une idée, qui admette que l'Église puisse jamais se ré-

concilier avec la civilisation moderne.» La -^^rw^a, journal avancé, prononce un jugement analogue : <L L'encyclique de Léon, dit-elle, ôte toute illusion d'une conciliation et d'un accord possible entre r Église et TÉtat. La forme est douce, châtiée, mais la substance est absolue, dure, intransigeante... Léon XIII n'est pas moins inflexible que Pie IX.» Ces jugements, quoique émis avec cette confusion d'idées et de termes qui est le propre de la presse libérale, n'en montrent pas moins que la fermeté de l'encyclique quant aux principes éclatait à tous les yeux, et que le vicaire de Jésus-Christ, tenté par la Révolution, comme son divin Maître Tavait été par Satan, avait comme le Sauveur repoussé avec indignation ses audacieuses avances. Toujours il en sera ainsi. Chaque fois que la Révolution offrira à Pierre les royaumes du monde dont elle dispose, Pierre répondra avec Jésus-Christ : < f/esi écrit: Vous adorerez le Seigneur votre Dieu et c'est lui seul que vous servirez ! »

La Providence ayant voulu placer à Rome le siège de S. Pierre, centre du catholicisme, c'est Rome qui reçoit, la première, l'influence bienfaisante de ce centre indéfectible de foi et de charité. L'Italie, elle aussi, bénéficie d'une façon particulière de cette heureuse influence. Rome, qu'elle renferme dans son sein, est pour elle le gage de cette action spéciale du pontificat. Léon XIII ne pouvait manquer, à l'exemple de ses prédécesseurs, de prêter une attention particulière aux besoins religieux de la péninsule. Pour pourvoir à l'une de ces nécessités les plus urgentes, le choix éclairé des pasteurs, il nomma une commission de quatre cardinaux, chargée de recueillir des renseignements sur les ecclésiastiques que leur science et leur vertu semblent désigner pour l'épiscopat. Cet acte pontifical est daté du 14 mai 1878.

Mais, les évêques les meilleurs seront impuissants s'ils ne sont secondés,et,dans les temps modernes, une grande action est réservée aux laïques. C'est à eux principalement qu'il appartient de défendre

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