CHAPITRE SIXliCME
l'Église sur le terrain politique, et de former, sous la dépendance des chefs spirituels, ces sociétés catholiques de tous genres dont l'influence est si puissante pour le bien. Il est donc nécessaire que les efforts des laïques ne contrecarrent pas la direction que les pasteurs de l'Église et surtout le Souverain- Pontife impriment à la barque de Pierre. La situation spéciale faite aux catholiques italiens par la question du pouvoir temporel, leur impose à cet égard une réserve toute particulière. La formule < Ne eletti ne elettori, ni élus ni électeurs » était, depuis l'occupation de Rome, la règle des catholiques dans les élections politiques ^ Or les sectaires, fldèles à leur tactique, accréditèrent le bruit que le nouveau Pape allait, comme premier signe de rapprochement avec l'Italie, permettre l'accès aux urnes politiques. Certains catholiques se laissèrent prendre à ces artifices et se mirent à rechercher les conditions d'un modus vivendi, tandis que, dans leurs journaux, on commençait à discuter, non sans quelque vivacité, le plus ou moins d'opportunité de l'abandon de l'ancienne consigne ne eletti ne elettori. Naturellement la presse libérale soufflait sur le feu: elle inventait des conversations tenues par le St-Père, où la conciliation était recommandée. L'unité des forces catholiques menaçait d'être compromise, et une partie des soldats de cette armée semblait vouloir s'ébranler avant le signal des chefs et surtout du Chef suprême.
La base de Faction catholique en Italie avait été jusqu'alors le programme publié par le congrès catholique de Florence en 1875, et que Pie IX avait déclaré ^de tous points conforme à ses désirs. > Ce document, après avoir constaté le triste état de l'Église et l'oppression des populations sous le régime actuel, déclarait que les catholiques devaient agir par tous les moyens légaux pour remédier à l'un et à l'autre, en exceptant toutefois les moyens jugés dange-
I. Cette formule inventée, si nous ne nous trompons, par le célèbre abbé Margotti, rédacteur de VUnità Cattolicay était l'expression heureuse et concise des enseignements du St-Siège. La règle de conduite qu'elle exprimait ne tirait donc pas son autorité de ce journaliste mais du St-SiègQ lui-même.
reux OU formellement défendus par le St-Siège. Sans rien affirmer touchant la légitimité ou lopportunîté éventuelle du concours des catholiques aux élections politiques, le programme se prononçait explicitement, pour le moment, contre ce concours déclaré inopportun par Pie IX, et au contraire, pour la participation des catholiques aux élections provinciales et municipales. C'était en somme la consécration de la formule citée plus haut. Allait-on maintenant renoncer cette tactique? Telle était la question qui se posait et à laquelle Léon XIII ne tarda pas à donner la réponse la plus décisive par son bref du 3 mai 1878, au duc Salviati et aux membres du Conseil suprême des sociétés catholiques d'Italie, qui lui avaient soumis le programme jadis approuvé par Pie IX.
« Ce programme, dit le bref, en démontrant combien sont grands le zèle et la piété des associations catholiques italiennes, donne la plus douce consolation au cœur du Pontife et mérite sa très spontanée et très pleine approbation... Vous avez, poursuit Léon XIII, bien mérité jusqu'ici de l'Église et de la patrie; mais souvenez-vous que ce résultat a été uniquement l'effet de l'union d'esprit et de cœur qui a régné parmi vous et que vous avez puisée à ce centre de l'unité catholique. Continuez donc à vous tenir de plus en plus attachés non seulement aux ordres de ce St-Siège, mais encore à ses vœux et à ses conseils. » La question était donc tranchée de la façon la plus catégorique. Léon XIII ne perdit aucune occasion d'affirmer dans la suite les principes qu'il venait d'établir. Plusieurs notes officieuses de VOsservatore Romano vinrent en outre, pendant le cours de l'année 1878, appliquer ces principes aux circonstances de la politique et de la polémique courantes.
Pendant que le Pape s'occupait ainsi des conditions de la lutte catholique en Italie, il s'intéressait d'une manière plus particulière encore à l'état douloureux de la Ville éternelle.
Un nouveau motif d'amertume venait d'atteindre son cœur paternel à l'endroit le plus sensible. Le municipe de Rome avait