CHAPITRE SIXIÈME
sujets de consolation. C'est ainsi que la fédération des sociétés catholiques de Rome, appelée Federazione piana^ se pressa autour de son trône au jour solennel de TAscension, pour protester contre rînfâme célébration du centenaire de Voltaire, qui avait eu lieu en France et avait trouvé un écho plus infâme encore en Italie et à Rome même.
Ce fut encore une consolation pour le cœur du Pape- Roi privé de sa couronne, que de se trouver au milieu des officiers de l'ancienne armée pontificale, lesquels lui furent présentés le 6 juin par le général Kanzler, ministre des armes. < Nous ne pouvons, leur dit Léon XIII, assez vous dire la très vive satisfaction que nous éprouvons en ce moment, et nous remercions de tout cœur le Seigneur qui, au milieu de tant d'exemples de déloyauté, vous a donné la force de conserver si vif le sentiment de l'honneur et du devoir, qu'en une foule d'occasions vous vous êtes attiré les bénédictions des catholiques et l'estime des ennemis eux-mêmes. Jt En terminant, Léon XIII exprima l'espoir que si des temps meilleurs venaient à luire, il retrouverait à leur poste ses fidèles soldats pour défendre les droits de la Ste-Église.
Une des principales préoccupations de l'évêque de Pérouse avait été l'enseignement à tous ses degrés et surtout l'enseignement ecclésiastique. La sollicitude du Pape Léon XIII pour cet intérêt capital du peuple chrétien ne fut pas moindre. Les écoles primaires de Rome en ressentirent bientôt les effets, il n'épargna aucune dépense pour les agrandir, pour les maintenir à la hauteur de tous les progrès pédagogiques, pour en créer de nouvelles et favoriser, de toutes manières la fréquentation de ces écoles. Les besoins de l'instruction et de l'assistance religieuse dans les nouveaux quartiers del'Esquilin appelèrent tout spécialement son attention, et en recevant le clergé de la basilique de Ste-Marie Majeure, l'église la plus voisine des nouveaux quartiers, il l'exhorta à se vouer avec un zèle
de plus en plus grand à cet apostolat. Malgré les nombreux obstacles qu'opposent les lois italiennes à la liberté de l'enseignement, les écoles catholiques, grâce aux efforts de Léon XIII, ont une population au moins égale à celle des écoles communales, et leur supériorité sous tous rapports est à chaque instant reconnue par les libéraux eux-mêmes.
Quant à l'enseignement ecclésiastique, le Souverain-Pontife ne perdait aucune occasion d'insister auprès des divers instituts, religieux ou séculiers, sur la nécessité d'une forte instruction littéraire, philosophique et théologique, en leur désignant S.Thomas comme le guide le plus sûr qu'ils puissent suivre dans les sciences rationnelles et sacrées. L'audience qu'il accorda à rUniversitéGrégorienne,le 27 novembre,fut particulièrement remarquable àcet égard. Il commença par rappeler le souvenir du temps où il avait fréquenté comme élève cette Université, et celui des professeurs dont il y avait suivi les leçons. Son cœur, disait-il, leur était demeuré attaché par des liens si forts, < que rien n'a jamais pu et ne pourra les rompre ou les relâcher ». Parlant de la nécessité de relever les études, il fît remarquer que l'Université Grégorienne est à même de contribuer grandement à la restauration désirée, car 4L recevant des élèves de la plupart des nations, elle pourra par leur moyen répandre vite et facilement les eaux salutaires de la sagesse divine et humaine sur presque tous les peuples. Cette vraie sagesse c'est celle qu'ont enseignée les Pères et les Docteurs scolastîques et à leur tête S. Thomas d'Aquin. » Le St-Père admit au baisement du pied tous les professeurs de l'Université, parmi lesquels il retrouva le P. Patrizi, qu'il avait connu, cinquante ans auparavant, dans la chaire que ce docte et Vénérable vieillard occupait encore alors !
Pendant la première année du pontificat de Léon XI 1 1, les pèlerins affluèrent à Rome. Il en vingt quinze cents d'Espagne sous la conduite de plusieurs évêques.Léon XIII, qui les reçut le 19 octobre, fut profondément ému de leurs témoignages .de vénération et
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leur adressa un discours sur ce texte : < Benedtctus Deus qui consôlatur nos in omni tribulatione nostra : Béni soit Dieu qui nous console au sein de toutes nos tribulations. > Il loua magnifiquement les gloires chrétiennes de F Espagne, spécialement cette foi vive et agissante « qui en a toujours été le plus bel honneur et rhéritage le plus noble >. Il engagea les Espagnols à persévérer dans l'unité de cette foi qu'ils ont toujours su défendre contre l'invasion de l'hérésie. « Cette unité de foi et de religion, continua le St-Père, contribuera également beaucoup à votre bien-être et à votre prospérité temporelle, en unissant admirablement les âmes, en procurant aux familles la concorde et la paix, en développant le vrai bien et la gloire de toute la nation. >
A l'avènement de Léon XIII, la presse hostile avait répandu insidieusement le bruit que les ressources laissées à son successeur par Pie IX rendaient inutile l'œuvre du denier de St- Pierre. Peu de temps avant de mourir, l'illustre évêque d'Orléans, Mgr Dupanloup, publia une admirable lettre pastorale, où la nécessité plus grande que jamais de cette œuvre providentielle était magistralement exposée. Léon XIII lui adressa, en date du t septembre, un bref de félicitations, dans lequel il dévoilait les artifices de la secte. Au mois de novembre, Mgr Forcade, archevêque d'Aîx, soumit à l'approbation du Pape, au nom de plusieurs autres évêques, un plan destiné à centraliser davantage et à rendre plus méthodique et plus uniforme le fonctionnement du denier de St- Pierre. Le cardinal Nina, qui avait, depuis le 9 août, succédé comme secrétaire d'État au cardinal Franchi, enlevé le 31 juillet par une maladie soudaine, répondit à l'archevêque de la part du St-Père. Après avoir loué les excellentes intentions des auteurs de la proposition, le cardinal déclarait ^ que rien ne répugnerait plus au Père commun des fidèles que de paraître leur imposer non seulement des offrandes, mais encore la manière et la mesure dans lesquelles elles devraient être faites >. Le St-Père préférait donc s'en remettre simplement
à rinitiatîve des évêques et à la charité des fidèles, qui avait toujours su se tenir à la hauteur des nécessités du St-Siège. La lettre se terminait par un exposé des besoins actuels du Souverain Pontife.
Le Pape prit occasion de l'entrée en charge du cardinal Nina comme secrétaire d'État, pour lui adresser une lettre datée du 27 août, qui eut un immense retentissement, surtout parmi ceux qui s'obstinaient, malgré l'évidence, à voir en Léon XIII un fauteur de la conciliation quand même. Cette lettre débute par une peinture de l'état déplorable où se trouve la société contemporaine à cause de sa séparation d'avec l'Église, «en laquelle seule réside la vertu suffisante pour restaurer les ruines de cette société. > Le Pape prend à tâche de dissiper les préjugés qui s'opposent à l'action de l'Église et il espère que les chefs des nations écouteront sa voix. Il rappelle qu'il a écrit dans ce but à l'empereur d'Allemagne et que ses avances, dictées uniquement par le désir de la paix religieuse, « ont été accueillies favorablement, et ont eu l'heureux résultat de conduire à des négociations amicales », dont le but aux yeux du pontife n'est pas une simple trêve, mais une paix solide et durable. La lettre parle ensuite des espérances que donne le réveil religieux qui se manifeste dans les Églises d'Orient. Puis, s'occupant de l'Italie, elle dépeint sous les couleurs les plus sombres la situation qu'y subît le Chef de l'Église, au grand détriment des idées de droit et de justice, et à la grande inquiétude des peuples catholiques. Léon XIII se plaint d'avoir à souffrir tout ce qu'a souffert Pie IX, par suite de la destruction des ordres religieux, de la persécution du clergé, de l'extension des mauvaises doctrines. Il se voit, plus encore que son illustre prédécesseur, entravé dans l'exercice même de sa juridiction spirituelle. Il rappelle tous les obstacles mis par le gouvernement italien à la création des évêques, d'abord en exigeant, sous peine de retenue de leurs revenus et de nullité de leurs actes épiscôpaux, la présentation des bulles de nomination à Vexequatur