‹ Le pape Léon XIIIChapitre 110 sur 248 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

suspendant les traitements alloués par TÉtat au clergé. La loi du 31 mai 1875 qui excluait du territoire de la monarchie prussienne tous les ordres et toutes les congrégations religieuses, à l'exception de celles qui se consacrent au soin des malades.

Mais il arriva que, dans beaucoup de cas, les tribunaux furent obligés de déclarer que certaines dispositions des lois prussiennes étaient incompatibles avec les articles 15 et 18, même modifiés, de la constitution. On abrogea donc définitivement ces articles ; et l'article 16, qui autorisait les Églises à entretenir des relations sans contrôle avec les supérieurs ecclésiastiques, fut emporté par la même mesure, le 18 juin 1875. Dans tout ce qui ne concernait pas spécialement les ordres, les lois parlaient de « deux Églises », mais elles ne frappaient que l'Église catholique, le protestantisme étant religion d'État.

Les débats d où sortit cette inique législation resteront la page la plus mémorable des annales parlementaires de la Prusse. Les défenseurs de l'Église et de la liberté des consciences catholiques, les membres du Centre, les Mallinckrodt, les Windthorst, les Reichensperger, les Lîeber, pour ne nommer que les plus populaires, se sont acquis par leur courage, leur éloquence, l'ardeur de leur foi, des droits immortels à la reconnaissance de l'Église et à l'admiration des catholiques de tous les pays. Ils firent souvent reculer leurs adversaires ; mais ceux-ci formaient la majorité. Groupés autour de Bismarck et du ministre des cultes, Falk, les ennemis de l'Église invoquaient sans cesse le principe de la souveraineté de l'État, — beaucoup d'entre eux ont bien changé de ton depuis — , l'intégrité nationale, mise en danger par une Église qui dépendait, pour ses affaires intérieures, d'un souverain étranger, lequel disposait ainsi des consciences de dix millions de sujets prussiens! L'empire protestatnt ne pouvait souffrir que le pape € romain » conservât une pareille influence sur un si grand nombre de ses sujets. Il fallait délivrer ceux-ci du joug de Rome ! Telles

étaient les idées qui revenaient dans tous les discours des champions du kuîturkampf à la chambre de Prusse.

Ces savants législateurs ignoraient-ils l'esprit qui anime l'Église catholique, au point .d'espérer amener à résipiscence, à force de K fi

rigueurs, les évêques et leurs ouailles } Il faut le croire. Mais ils furent vite détrompés. Les évêques et les prêtres acceptèrent les amendes, les emprisonnements, l'exil; les fidèles tinrent ferme. Une paroisse était-elle privée de son pasteur, les habitants accouraient dans la paroisse voisine pour y remplir leurs devoirs religieux ; les

Page 1