CHAPITRE SEPTIÈME
ment que la population catholique se soumettait aux lois de que les évêques et leur clergé y étaient seuls rebelles. A i marck, qui savait mieux que personne à quoi s'en tenir point, voulait-il faire croire ce qu'il dictait à son sôuverai être transmis au Pape ? Le rot n'avaït-il donc pas eu conm des plaintes fréquentes que lui avalent adressées ses sujets ques, outragés dans leurs droits les plus saints, privés de lei leurs !* Nous savons de bonne source que les choses aurait un autre cours si le monarque avait été mieux informt qu'imbu des traditions « évangéliques » léguées par ses Guillaume avait l'âme droite, le cœur paternel. Il avait pror tection et liberté religieuse à ses sujets catholiques, le kuùu l'afRigeait, et s'il en accusait ceux qui en étaient les premiè times, c'est que tous ceux qui l'approchaient les lui représi comme les auteurs de cette triste lutte. Le seul catholique et pratiquant qui eût pu lui dire toute la vérité, le prince Bi Radziwill, son ami intime, était mort depuis longtemps ( Nous pouvons donc croire que le monarque était sincère terprétant le loyalisme de ses sujets catholiques comme uni tation soumise des lois de mai.
Le Saint-Père répondit à l'empereur par une lettre, d 17 avril, dont nous donnons ci-après le texte inédit juî jour :
La lettre par laquelle il a plu à Voire Majesté Impériale et Royale de à l'annonce de Notre élévation au Souverain Pontificat, en Nous engage offrir l'assurance de la plus sincère reconnaissance pour les gracieuses e; dont Elle se sert à Notre endroit, et pour les souhaits qu'EUe a bien vo fùre parvenir pour le gouvernement prospère de l'Église, Nous met en mé dans la nécessité d'appeler sa souveraine et bienveillante attention sur un intéresse au plus haut degré la félicité des catholiques soumis à son sceptn
I. Plus tard, un évêque nouvellement promu ayant expliqué dans une aadien laume 1°^ le dogme de l'infaillibilité, tel que l'Église l'enseigne, le monarque li franchement qu'il ne l'avait jamais compris ainsi.
En rappelant uh heureux passé, dans lequel le bon sens du peuple aHemand a su garder fidèlement la paix dans l'État et l'obéissance envers sa suprême autorité, et en déplorant l'attitude observée présentement par les ministres de l'Église, Votre Majesté demande l'intervention de Notre autorité pour ramener la jouissance de biens si précieux, grâce à la soumission de tous les catholiques aux lois du pays dans lequel ils vivent.
Nous prions à notre tour Votre Majesté de bien vouloir considérer que,s'il existe une notable différence entre la conduite tenue dans le passé par ses sujets catholi- . ques et celle qu'Elle signale aujourd'hui, cela doit uniquement s'attribuer au changement survenu dans la législation civile, qui, altérant en certaines parties la divine constitution de l'Église, et causant en d'autreâ un désaccord entre les dispositions légales, civiles et canoniques, a été l'origine d'une inévitable agitation dans les consciences des catholiques, lesquels par ce fait se sont trouvés, malgré eux, dans la douloureuse alternative ou de refuser l'obéissance aux lois nouvelles, ou de manquer aux devoirs sacrés qui leur sont imposés par la loi de Dieu et de l'Église.
Par là Votre Majesté comprendra facilement où tendait la prière que Nous Lui avons faite dans Notre première lettre, de vouloir rendre à un si grand nombre de ses sujets la paix et la tranquillité de leur conscience. Elle ne tendait à rien autre qu'à La conjurer d'enlever l'obstacle qui empêchait les catholiques de concilier l'obéissance due aux lois de l'Église avec la soumission aux dispositions du pouvoir civil, car c'est une maxime incontestée de Notre Sainte Religion que l'accomplissement le plus exact des devoirs religieux s'unit, quand aucun obstacle ne s'y oppose, à l'obéissance et au respect dû aux autorités et aux lois de l'État.
Que Votre Majesté veuille donc jeter un regard propice sur cette douloureuse situation et, sans aucun dommage de son autorité souveraine, qu'Elle ordonne que les ministres de Dieu et le peuple catholique soient laissés libres dans l'observance des lois et des préceptes de leur Église. Et puisque la nouvelle législation civile a son origine dans la suppression des articles fondamentaux de l'État qui sanctionnaient et garantissaient la parfaite indépendance du culte catholique dans ses vastes domaines, daigne Votre Majesté faire revivre, dans sa magnanimité, un état de choses qui a été aussi utile à la tranquillité des consciences que profitable aux intérêts de l'État, et qu'Elle soit certaine que, de Notre côté, Nous ne manquerons pas de veiller à ce que l'accord ré(;abli entre les deux autorités suprêmes soit conservé avec soin et augmenté.
Tel est l'espoir que Nous Nous plaisons àmettredans la justice de Votre Majesté, qui a jadis donné des preuves manifestes de sa déférence envers ce Siège apostolique. Et s'il Lui plaisait de combler Nos vœux, Nous Nous offrons volontiers à con-
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tribùer, autant qu'il est en Nous, à hâter avec l'aide de Dieu la fin des dissensions religieuses actuelles.
Priant, en attendant, le Seigneur de conserver pour de longues années, la vie de Votre Majesté Impériale et Royale, Nous le supplions de daigner aussi unir Votre Majesté à Nous par les liens de la plus parfaite charité.
Donné au Vatican Ie.17 avril 1878.
 sa Majesté Impériale et Royale Guillaume I**^, Empereur d'Allemagne.
Dans cette lettre où la fermeté apostolique s*allie à la plus sereine modération, Léon XIII établissait nettement le terrain sur lequel pourrait se faire Taccord, et en présence de ce langage, on se demande comment on a pu taxer de condescendance exagérée l'action du Souverain Pontife en Allemagne.
A Berlin, les esprits étaient peu disposés à entrer dans les vues que développait la lettre du Saint- Père.On y désirait sans doute la paix, mais on espérait trouver en Léon XIII un Pape disposé à Tacheter par une capitulation et la désillusion fut grande lorsqu'il fallut constater le contraire.
Les choses en étaient là quand survinrent, à quelques jours d'intervalle,deux horribles événements qui jetèrent la consternation en Allemagne, et causèrent la plus vive émotion dans tout le monde civilisé. Le 1 1 mai, comme le roi passait en voiture dans lavenue Unter den Linden^ un ouvrier ferblantier, nommé Hoedel, tira un coup de feu, heureusement sans l'atteindre, sur le vieux souverain. Le régicide prit la fuite, mais il fut bientôt saisi. C'était un halluciné qui avait appartenu à tous les partis, le Centre excepté. Sous l'empire de l'émotion que lui avait causée cet attentat, auquel il était certes, de tous les rois, le plus loin de s'attendre, Guillaume dit aux ministres venus pour le féliciter d'avoir échappé à la criminelle tentative : « Il faut veiller à ce que le peuple ne perde pas la religipn. > Ces paroles mémorables, que tous les vrais chrétiens accueillirent avec joie, trahissaient la grande préoccupation du monarque. La presse catholique exprima, comme celle des autres partis.
rhorreur que lui înspîraît l'attentat, et le roi trouva dans les témoignages d'affection et de dévouement de ses sujets catholiques le même accent de sincérité que dans ceux des protestants. Encouragé par les paroles de Guillaume I*'' aux ministres, le journal catholique la Germanta fit parvenir à Sa Majesté une adresse exposant, en termes respectueux mais libres, la situation des catholiques. L'adresse appuyait sur ce fait que, malgré leurs nombreux et justes griefs, les catholiques avaient énergiquement repoussé les idées révolutionnaires, ce qui justifiait d'une manière éclatante les paroles du monarque : « Il faut veiller à ce que le peuple ne perde pas la religion. » Mais l'état de choses existant devait,en se prolongeant,entralner tôt ou tard, les populations catholiques, privées de prêtres et d'enseignement religieux, dans le mouvement socialiste, qui devenait plus puissant de jour en jour. Pour montrer de quel esprit le ministre Falk était animé, l'adresse citait un des derniers coups portés par lui aux catholiques. Il avait ôté aux fidèles de Gottesberg, en Silésie, leur église pour la donner aux vieux-catholiques, et cela, contre l'avis du maire, du préfet, et malgré deux refus du président de la province, tous trois protestants ! « Cette adresse, dit l'abbé Majunke, un des historiens du kulturkampf, fit une grande impression sur l'esprit de l'empereur, à en juger par l'attitude réservée que garda la presse officieuse. »
Bismarck se préparait alors à combattre le socialisme avec les mêmes armes qui l'avaient si mal servi contre le catholicisme. Un projet de loi fut présenté au reichstag, contenant une série de dispositions qui plaçaient les sociétés et la presse socialistes sous le contrôle de la police, et donnaient à celle-ci un pouvoir presque discrétionnaire. Mais les efforts du gouvernement ne purent prévaloir: le Centre savait trop bien à quoi s'en tenir quant aux effets des lois d'exception ; contre le socialisme, il ne voulait employer que la religion et les lois existantes. Il joignit donc ses voix à celles des nationaux-libéraux, également opposés au projet de loi. Celui-ci