CHAPITRE SEPTIÈME
Sainteté, d'apaiser la lutte de principes qui se manifeste depuis mille ans dans l'histoire de l'Allemagne, plus que dans celle de tout autre pays, je suis prêt, cependant, à traiter les difficultés provenant de ce conflit, que nous ont transmis les ancêtres, dans l'esprit de paix et de conciliation que m'inspire la foi chrétienne... Convaincu que je trouverai les mêmes dispositions chez Votre Sainteté, je ne renoncerai jamais à l'espoir que là où unaccord sur les principes n'est pas possible, les sentiments de conciliation qui animent les deux parties, puissent ouvrir à la Prusse le chemin de la paix qui n'a jamais été fermé aux autres États. >
Dans la lettre du prince impérial se retrouve, plus vivace que jamais, la tradition de la monarchie prussienne, fîlle de la Réforme, et, chose curieuse, cette tradition cherche à se rattacher à celle de l'empire romain de nation germanique, dont nous voyons les luttes avec la papauté invoquées comme un legs des ancêtres. Windthorst a dit un jour : « Chacun puise dans l'histoire ce qui convient le mieux à ses intérêts. > Le ministre président connaissait ce procédé mieux que personne, et en faisait usage dans le cas présent. Somme toute, une chose ressortait à l'évidence de la lettre du prince : on ne demandait qu'à traiter, mais on espérait amener le Pape < pacifique » à faire des concessions, dont le gouvernement pût se déclarer suffisamment satisfait pour user de clémence dans l'application des lois. Pas de concession de principe, mais quelque adoucissement dans la pratique, tel était le terrain sur lequel le gouvernement prussien prétendait négocier avec Rome. On ne voulait pas démentir le mot de Bismarck : « Nous n'irons pas à Canossa,> mais on savait aussi que Guillaume I" aspirait plus que jamais à voir la fin de cette triste lutte.
Les paroles du monarque avaient montré qu'il sentait bien que la perte de la religion enfanterait celle du respect de l'autorité, et c'est certainement grâce à son influence directe que se produisit bientôt un certain relâchement dans la surveillance exercée sur le clergé par
les fonctionnaires et les agents subalternes. On fermait les yeux sur certaines transgressions de la loi, telles que ladministration des sacrements. On se rendait compte que le gouvernement ne pourrait jamais gagner les cœurs des catholiques, en traitant comme un délinquant celui qui est, à leurs yeux, le dispensateur des trésors de la grâce divine.
Les élections pour le nouveau reichstag, qui avaient eu lieu le 3 juillet 1878, avaient amené le nombre des voix dont disposait le Centre, de 95 à 103, et cela après six ans de kulturkampf, et malgré les efforts inouïs des partis gouvernementaux pour représenter le Centre comme le seul obstacle à la paix. On alla jusqu'à prétendre que le cardinal Franchi s'était prononcé contre l'attitude du Centre.. Mais au reichstag, dans la séance du 1 1 décembre, pendant la discussion d'une motion du député Bachem demandant la suspension de l'exécution de la loi contre les ordres religieux, l'illustre chef du Centre, Windthorst, trouva l'occasion de faire la déclaration suivante : « Si une entente pouvait être obtenue entre la curie et le gouvernement, nous la saluerions par un Te Deum. Nous nous soumettrions sans réserve à cet arrangement, quand même nous croirions que, pour l'amour de la paix, trop de concessions auraient été faites à l'État. > — Par ces paroles le leader catholique établissait nettement l'attitude de son parti et rendait sa position aussi solide que correcte.
Nous avons vu que l'empereur Guillaume avait désiré une explication confidentielle avec Rome. Dans le but de l'amener, Bismarck invita Mgr Aloïsi-Masella, nonce à Munich, à venir à Berlin. Cette invitation se fit d'une manière détournée, confidentielle : on vint dire à Mgr Masella que le chancelier était tout disposé à le voir et à conférer avec lui. C'était là un manque de tact qui produisit une première déception. Devant le refus formel du nonce, il fallut renoncer à l'effet qu'on s'était proposé d'obtenir en dictant à la presse officieuse cette nouvelle à sensation : « Le nonce du pape