CHAPITRE HUITIÈME
moment où devait avoir lieu un dîner d apparat, la salle à manger du palais d*hiver à St-Pétersbourg, et la salle des gardes, qui est au-dessous, étaient détruites par une explosion épouvantable. Il y eut dix morts et plus de cinquante blessés, mais l'empereur et sa famille, qui, par un hasard providentiel, se trouvaient en retard, échappèrent encore une fois au désastre. De pareils faits étaient certes de nature à faire réfléchir le czar, d'autant plus qu aucun catholique ne se trouva mêlé aux procès des nihilistes, malgré Toppression dont la Pologne catholique était victime.
D un autre côté, Alexandre voyait trop bien l'impuissance de ses moyens de défense contre de tels périls. Que pouvait-il attendre de bon de la corruption et de la vénalité des administrations; des vices et de l'ignorance du clergé schismatique, incapable d'opposer une propagande religieuse active et efficace à la propagande subversive des sectaires; de la perversion des écoles et des universités, qui devenaient les foyers les plus actifs du mouvement anarchîque.^
Léon XIII profita de ces circonstances et de la disposition d'esprit du czar pour chercher à amener un rapprochement entre le Saint-Siège et la Russie. Après chaque attentat, il félicita l'empereur d'avoir échappé au danger. Ces procédés, dont Alexandre 1 1 se montra touché, ouvrirent la voie à de premiers pourparlers qui, dans la suite, amenèrent des résultats heureux. En attendant, on permit au chanoine Satkievitch, administrateur du diocèse de Varsovie, de transmettre l'encyclique contre le socialisme à son clergé avec ordre de la lire et de la commenter devant les fidèles.
Notons encore, comme un sujet de joie que l'Orient donna alors à Léon XIII, les bonnes dispositions manifestées en faveur du catholicisme par le prince Charles de Roumanie, et par Alexandre dé Battenberg. récemment nommé prince de Bulgarie.
Depuis son avènement au Pontificat, Léon XIII avait plusieurs fois signalé les dangers de la mauvaise presse. La nécessité de lui
opposer une énergique résistance, par l'organisation d'une presse catholique qui fût en état de la combattre avec succès, était un des grands soins du Pontife. Il eut bientôt l'occasion de s'expliquer à ce sujet dans l'audience qu'il accorda, le 2 février 1879, à un millier de journalistes, représentant plus de treize cent deux publications périodiques, auxquelles collaborent environ quinze mille écrivains catholiques. Les avis qu'il leur adressa devraient être médités par tous les publicistes. Après les avoir comparés à <: une troupe choisie de soldats aguerris, armés pour la bataille et prêts à se précipiter, sur un ordre ou sur un signe de leur général, au milieu des ennemis et à y sacrifier leur vie, » il rappelle la licence effrénée avec laquelle une presse éhontée répand à pleines mains dans le peuple la corruption et l'impiété. Cette propagande a eu un tel succès <L qu'on ne s'éloignerait pas beaucoup de la vérité en attribuant, pour une large part, aux journaux la triste condition des choses et des temps >. De là, pour les catholiques, la nécessité de recourir à la presse afin de porter remède à ces maux. S'il leur est interdit de se servir des moyens pervers employés par leurs adversaires, ils peuvent égaler et surpasser ceux-ci par l'élégance du style, la promptitude des informations, l'exposition des choses utiles, et «surtout par la vérité, que l'âme désire naturellement et dont la force, l'excellence, la beauté sont telles, qu'en- apparaissant à l'esprit, elle attire facilement l'assentiment de ceux mêmes qui voudraient le lui refuser ». Il faut user d'un langage «grave et tempéré, qui d'une part n'offense pas le lecteur par une âpreté intempestive, et de l'autre, ne se mette pas au service d'un parti pris, ou d'intérêts particuliers aux dépens du bien commun ». Léon XIII recommande la concorde entre les écrivains catholiques ; il regrette que parmi eux « il s'en trouve qui veulent définir à leur gré des controverses publiques de grande importance, relatives à la condition du Siège apostolique lui-même, et paraissent avoir des sentiments divers de ceux qu'exigent la dignité et la liberté du Pontife Romain ». A ce propos, il rappelle