CHAPITRE NEUVIÈME
*^^™^'^^^^^^~^— ' ■ ■■ ■■ I ■ ■■— ^^^^w^— — ^|W>— «^ ■ i^— ^^^^ IMM - ■■ ■ ■■— ■ ■ ■ ■ ■^ -■ i-i ■— i. ■ ■ ■ ii ■■■■■■■
les sources très pures de la doctrine du Docteur Angélîque. Les raisons sur lesquelles il appuie ce vœu sont» en premier lieu, la nécessite de procurer à la jeunesse, et surtout au jeune clergé, une forte instruction philosophique, dans un temps où la foi est attaquée de toutes manières au nom d*une philosophie trompeuse. En second lieu, l'opportunité de cette doctrine qui montre laccord parfait de la foi avec la raison, prouve surabondamment les fondements de celle-là et enlève aux rationalistes leurs propres armes. En troisième lieu,rien n'est plus apte à détruire les principes subversifs du soi-disant droit nouveau que la doctrine de S. Thomas sur la vraie nature de la liberté, qui aujourd'hui dégénère en licence, sur l'origine de l'autorité, la manière de l'exercer, les devoirs des princes et des sujets, la charité réciproque, etc. Enfin toutes les autres sciences bénéficieront de la restauration projetée de la philosophie qui est leur guide. Les arts eux-mêmes en profiteront, car l'histoire constate qu'ils ont suivi les vicissitudes de la philosophie et se sont imprégnés, selon les temps, de ses principes vrais ou faux.
Quant aux sciences physiques qui sont si estimées de nos jours et qui, par leurs magnifiques découvertes, excitent une si grande admiration, non seulement elles n'ont rien à craindre, mais elles ont tout à attendre de la restauration de l'ancienne philosophie. Il ne suffit pas, en effet, de considérer les faits. Après les avoir constatés, il reste à en trouver les lois, les principes, la coordination ; et c'est à quoi la philosophie scolastique sera grandement utile.
C'est d'ailleurs bien à tort qu'on accuse la philosophie traditionnelle d'être opposée au progrès des sciences naturelles. Car d'après les docteurs de l'École et d'après les Pères, l'esprit humain ne s'élève que par la connaissance des choses sensibles à celle des choses spirituelles. Aussi bien des pensées du B. Albert le Grand, de S. Thomas et d'autres grands docteurs touchant les sciences naturelles sont-elles reconnues vraies par les maîtres de la science contemporaine. Plusieurs avouent en effet « qu'entre les conclusions
266 LE PAPE LÉON XtlI.
certaines de la physique moderne et les principes philosophiques de r École il n'existe aucune opposition réelle. >
Cependant 4: si les docteurs scolastiques ont parfois montré trop de subtilité en certaines questions, s'ils enseignent des choses qui ne soient pas d'accord avec les doctrines certaines des temps postérieurs, enfin s'ils soutiennent des opinions improbables à quelque titre que ce soit, le Pontife n'a nullement l'intention de proposer ces choses à l'imitation de, notre temps. > Léon XIII engage donc les évéques à faire enseigner la doctrine de S. Thomas par des maîtres choisis avec intelligence, et à fonder des académies dans le même but. Il avertit enfin qu'il convient de rechercher la doctrine de l'Ange de l'école à ses propres sources ou dans les interprètes autorisés, en se gardant de ceux qui prétendent relever de S. Thomas, mais qui n'en ont pas réellement la doctrine.
Comme on le voit, l'encyclique Aeterni Patris touche aux points les plus vitaux de l'éducation intellectuelle des sociétés humaines. Elle montre l'immense importance de cette éducation et son action souveraine sur l'état social. Elle appelle vivement l'attention de tous ceux qui ont autorité en la matière sur une des plus grandes nécessités de notre époque, et des plds oubliées : la nécessité d'une solide formation philosophique dont les effets seraient incalculables pour les individus, et pour les sociétés.
Dans le camp hostile à l'Église, les uns protestèrent violemment contre cette encyclique, les autres reconnurent la supériorité des vues et l'élévation des idées énoncées dans le document pontifical. Du côté des catholiques, on mît une grande ardeur à seconder les intentions du St-Père. Les adhésions des évêques et des savants affluèrent au Vatican.
Léon XIII ne se bornait pas à faire retentir sa voix : il prêchait aussi par le fait et par l'exemple. Nous grouperons ici les principales mesures qu'il prit pour remettre en honneur l'enseignement des doctrines philosophiques de l'École. Un an après la publication de