‹ Le pape Léon XIIIChapitre 128 sur 248 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

bref, de novembre 1889, insiste sur un plus grand développement à donner à l'enseignement de la philosophie thomiste dans ses rapports avec les sciences naturelles. Léon XIII y assigne une somme de 150.000 fr. à TUniversité de Louvain» pour la fondation d'une chaire nouvelle destinée, dans Tesprit du Pontife, à disputer à Tincrédulité le terrain des sciences expérimentales. En 1893, le Pape charge Mgr Mercier, directeur de l'institut philosophique érigé à Louvain d'après les vues du St-Père, d'annexer à cet institut sous l'autorité des Évêques un séminaire pour la formation philosophique des jeunes clercs.

Dans les Universités de Fribourg, de Lille, de Washington, dans les grands séminaires,des chaires de philosophie thomiste s'élevèrent à la voix du Pontife,et bientôt la doctrine de l'Ange de l'école régna de nouveau en souveraine sur la philosophie et la théologie catholiques.

Pour obtenir ce résultat Léon XIII s'appuya tout spécialement sur les ordres religieux, cette milice d'élite que le St-Siège envoie toujours aux endroits les plus menacés du terrain où combat l'Église.

Dans son bref Gravissime nos, adressé le 30 décembre 1892 à la Compagnie de Jésus, le Pape disait au sujet du mouvement philosophique dont il avait pris l'initiative : < Nous avions parfaitement compris que nous entreprenions une affaire pleine de travail et de soucis, puisqu'elle ne comportait guère moins que la réforme des branches les plus importantes du savoir. Nous avons néanmoins essayé de la mûrir et de la mener à bonne fin, en comptant tout spécialement sur le concours des ordres religieux dont la vertu éprouvée ne devait épargner ni forces, ni talents pour favoriser et accomplir nos projets. » A cet effet Léon XIII a jeté particulièrement les yeux sur la Compagnie de Jésus, qui a pour mission de s'occuper de Tinstruction de la jeunesse. Afin de la mettre de plus en plus à même de répondre à ses vues, le Pontife croit utile de rappeler, de commenter et de confirmer personnellement celles d'entre

les règles de la Compagnie, qui la guident dans les questions de doctrine.

Rarement il avait été donné à un ordre religieux de voir quelqu'une de ses règles expliquée à son usage par le Pape en personne. A ce titre, le bref Gravissime nos fait le plus grand honneur à la Compagnie de Jésus. Tous ceux qui désirent s appliquer à Tétude de la théologie et de la philosophie suivant S. Thomas, y trouveront aussi d'utiles conseils.

Du commentaire auquel se livre Léon XIII, il résulte que les Jésuites doivent suivre la doctrine du Docteur Angélique dans toutes les questions de quelque importance. Sans doute, cela ne doit pas les empêcher d estimer et de consulter leurs propres docteurs, mais 31 quelqu'un de ceux-ci s'écarte en quelque point de la doctrine certaine de S. Thomas, c'est à ce dernier qu'ils doivent se rallier. Cette règle ne leur sera pas difficile à suivre, car «dans les points de doctrine qui sont certainement de S. Thomas, on ne trouvera pas aisément que tous les écrivains de la Compagnie s'écartent de lui.> Il suffira donc de s'attacher à ceux d'entre eux qui s'en approchent. Dans les cas où la doctrine de S. Thomas est douteuse ou dans les points que le saint Docteur n'a pas traités, liberté est laissée au théologien et au philosophe. Il n'est d'ailleurs pas contestable qu'il ne faille rechercher la doctrine de S.Thomas là où il la traite ex professa et qu'on ne doit pas recourir pour la trouver à des textes épars ou violentés. Quant aux points que S. Thomas n'a pas traités, il faut bien posséder les principes généraux de sa doctrine, afin de ne pas arriver à des conclusions qui les contredisent.

Le bref contient d'autres conseils et règlements de la plus grande importance et se termine par une clause prescrivant de remettre un exemplaire du bref à tous les professeurs, docteurs et réviseurs des livres, et d'en faire chaque année lecture publique dans les collèges philosophiques et théologiques à la rentrée des cours.

Par suite des mesures prises par Léon XIII et de la direction

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