CHAPITRE PREMIER
rouge surmontant Técusson de la: famille, puis on pénètre de plein pied dans un vaste salon meublé de sièges dorés^ au milieu duquel on aperçoit, sur un élégant piédestal, un groupe empaillé de brillants oiseaux des tropiques. Au fond, entre deux fenêtres, un portrait du pape Léon XIII en pied, sur les parois de droite et de gauche ceux des ancêtres, à la place d'honneur ceux du père et de la mère de Joachim Pecci. Un autre salon s'ouvre sur la gauche du premier : tout en longueur et peu éclairé, il est d*aspect sévère avec sa tapisserie de damas rouge à baguettes d*or, sur laquelle ressort un vaste tableau représentant Léon XIII sur la sedia gestatarta, entouré de sa cour, œuvre remarquable du peintre Ange de Courten. Au bout, une petite porte donne accès à la bibliothèque dont nous avons parlé, tandis que sur la droite s'ouvre la chambre de Monseigneur, celle où logeait Joachim Pecci quand, archevêque de Pérouse, il venait passer quelques jours à Carpineto. Cette chambre, à tapisserie et ameublement de couleur jaune, renferme entre autres le portrait de la Bse Marguerite Pecci et, modestement encadrée, la lettre par laquelle Léon XIII envoie à sa famille sa première bénédiction pontificale. Une inscription en style lapidaire rappelle les séjours du Ponyfe dans cette chambre, vis-à-vis de laquelle, de l'autre côté du salon, se trouve l'oratoire privé où fut baptisé celui qui devait être un jour le Vicaire de Jésus-Christ.
Retournons maintenant au salon d'entrée, pour explorer ce qui se trouve à sa droite. De ce côté, une petite antichambre le met en communication avec la salle à manger, décorée de jolies peintures murales. Plus loin se croisent divers vestibules ; puis un bel escalier en marbre blanc mène à l'étage. Nous y rencontrons en premier lieu la chambre où naquit Léon XIII. Le long des corridors se trouvent d'autres chambres, des tribunes donnant dans l'église de Saint- Léon, et la grande salle où est installé le musée d'histoire naturelle. Une porte de sortie s'ouvre sur la belle et vaste loggia qui règne au-dessus
la maison. C'est là que sont disposés les instruments d observatîon météorologique confiés à Taîmable et savant comte Ludovic Pecci, neveu de Sa Sainteté, qui habite ce palais avec sa gracieuse épouse et deux petits enfants, vie et joie de Tantique et grave demeure.
De ce qui vient d'être dit le lecteur peut conclure que la maison où naquit Léon XIII mérite, mieux que la plupart des édifices auxquels on le donne d ordinaire, ce nom à^palazzo, dont les Italiens sont si prodigues. « On appelle palais en Italie, toute maison qui a des vitres à ses fenêtres », disait un Français d'esprit caustique. Cette définition ne s'applique aucunement à l'aristocratique hôtel que nous venons de décrire. Ancien château-fort, il a gardé, dans son abord et dans sa disposition intérieure assez irrégulière et compliquée, quelque chose de sa première destination. Cela ne nuit pas à l'impression distinguée qui se dégage de l'ensemble, bien au contraire.
Pour achever ce crayon du palazzo Pecci, il faut dire un mot du jardin qui s'étend derrière le palais. Il se compose d'une vaste terrasse, d'un niveau beaucoup plus élevé que celui de la petite place qui longe la façade principale du palais. Cette terrasse repose sur d'énormes substructions voûtées, dont une partie a été aménagée en citerne pour les eaux pluviales. Un puits de bon style avec margelle en marbre blanc, surmonté d'arcs en fer ouvragé, et décoré de sculptures et des armes de la famille Pecci, occupe le milieu de la terrasse. Le reste est arrangé en jardin, coupé d'allées de buis taillés dans l'ancien genre français.
De la terrasse on découvre une vue très étendue sur la jolie vallée que domine Carpineto, sur le bourg lui-même et sur les montagnes environnantes. Que de fois les yeux de Joachim Pecci, enfant et jeune homme, se sont reposés sur ce paysage grandiose et charmant ! Il s'en dégage une impression de calme qui apaise Tâme et la porte aux hautes pensées et à la contemplation du