‹ Le pape Léon XIIIChapitre 137 sur 248 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

s'efforce grandement de faire en sorte que ces prîni actes privés, les coutumes et les institutions publ néanmoins un juste compte de la nature des choses temps, et comme il arrive souvent dans !es choses 1: forcée de tolérer parfois certains maux, qui ne pei éloignés sans ouvrir la porte à des maux et à des trou Il faut en outre se garder dans les discussions de dé que prescrivent l'équité et la charité, et d'accusé ou de suspecter des hommes d'ailleurs dévoués a l'Église, surtout ceux qui sont constitués dans l'Ég et en dignité. ...11 est évident par soi-même que accuser faussement n'importe qui, fait du tort à la trui, relâche les liens de la charité mutuelle et fait : le Saint-Esprit a établis évêgues pour régir thglis pourquoi Nous désirons vivement que tous les stiennent de cette manière d'agir et Nous leur end avertissement. »

Le 5 juin 1883, un bref adressé aux président et Fédération des cercles catholiques et des associatioi réunis en assemblée générale à Audenarde,vintatt du Saint-Père avaient été suivis. « Certes, y disai fut une chose bien digne de votre grande vertu, ( de forts liens la belle union de vos cœurs, de ranir de fortifier votre constance dans le grand comba vous défendez intrépidement la cause de l'Église e

Si cruelles qu'aient été les sollicitudes et les peii la Belgique, Léon XIII eut donc la consolation d' jours également actif et florissant dans la masse de: esprit de dévouement à la religion et au Saint-Siè; aux enseignements du Pape qui l'avaient tant cl de sa nonciature dans ce pays.

agitre Onsième*

La situation religieuse en France. — Les décrets contre les congrégations religieuses. — Déclaration demandée à celles-ci : son insuccès. — Lettre de Léon XIII au cardinal Gulbert. — La persécution continue. — Lettre de Léon XIII à M. Jules Grévy et réponse du président de la République. — L'encyclique Nobiltssima Gallorux GENS. — Bref à l'évêque de Périgueux.

IL n'y a pas de spectacle plus étrange, ni plus curieux, pour un esprit réfléchi, que l'état de la France au '■ double point de vue religieux et politique.

Si l'influence que la France exerce dans le monde au profit des intérêts religieux venait à disparaître, la puissance du catholicisme baisserait du même coup dans une proportion considénible. Que d'apôtres et que d'or la France envoie aux missions! Que de congrégations d'hommes et de femmes elle a vu éclore dans son sein et se répandre sur l'univers entier! Quelle intensité de vie dans les œuvres multiples de zèle et de charité, qui ont pris naissance chez elle et qui y conservent leur centre ! N'estce pas en France que sont nées et que fleurissent plus qu'ailleurs, les trois grandes œuvres de salut qui arracheront le monde à la perdition vers laquelle il court : la propagation de la foi, la société de S. Vincent de Paul et les écoles chrétiennes ?

Le peuple français est donc en lui-même profondément catholique, mais l'est-il dans son gouvernement ? Hélas ! non. Une secte haineuse dicte depuis des années à la France des lois antireligieuses. Elle domine d'une façon souveraine, et ne rencontre aucune opposition efficace sur le terrain politique dont elle s'est emparée. Voilà l'étrange problème qui préoccupe les vrais amis de la France

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et, plus queux tous. Léon XIII, qui aime en elle la fille atnée de r Église, dont il est le chef.

Il faut indubitablement chercher la solution de ce problème dans les querelles intestines des catholiques. Au début du pontificat de Léon XIII,ces divisions étaient visibles à tous les yeux. Des questions dynastiques, des rivalités de personnes, les empêchaient d'organiser pratiquement les forces considérables dont ils disposaient. Aussi leur arriva-t-il, dans la défense de leurs droits, quelque chose d'analogue à ce qu'éprouva l'armée française dans la guerre francoprussienne : malgré beaucoup de courage et même d'héroïsme individuel, ils subirent une série de défaites rarement interrompues par quelque succès.

Leurs adversaires n'étaient guère plus unis qu'eux-mêmes. Mais un homme trouva le secret de grouper, de discipliner et de se soumettre presque toutes les fractions du parti républicain. Cet homme était Léon Gambetta, et son secret, vulgaire d'ailleurs, tenait dans ce cri de guerre : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi !» En donnant aux révolutionnaires de toutes nuancés une union factice, ce mot d'ordre les armait d'une force terrible contre les catholiques divisés et impuissants.

Après la chute du maréchal de Mac-Mahon (30 janvier 1879) et l'élection de M. Grévy à la présidence de la république, on assista à un spectacle digne des commencements de l'empire romain. Gambetta, président de la Chambre des députés, n'avait dans l'État aucune autorité officielle, et cependant tout se faisait sous son influence. Cet imperator occulte gouvernait la France par personnes interposées. Jules Ferry fut le premier exécuteur de ses desseins, en attaquant vigoureusement celle d'entre les libertés publiques dont les catholiques avaient su faire le meilleur usage et qui constituait leur plus sûr espoir pour l'avenir : la liberté d'enseignement.

Deux projets de lois, déposés le 1 5 mars 1 879, commencèrent le siège de ce boulevard de la foi. L'un visait à détruire l'enseignement

périeur catholique, et indirectement l'enseignement moyen et înrieur ; le second avait pour but d'assurer au gouvernement un strument docile, par la réorganisation du conseil supérieur de l'inruction publique. Un troisième projet, présenté bientôt après par ïul Bert, était destiné à écarter les religieux de l'enseignement imaire, par la suppression de la lettre d obédience, <^\ pour les conégations enseignantes remplaçait les diplômes académiques. Le emier et le plus important de ces projets entourait l'enseignement >re de tant de liens, qu'il ne lui laissait plus qu'une ombre de li- :rté. Tandis qu'on privait les instituts catholiques du titre d'Uni- :rsité et du droit de percevoir les taxes d'inscription aux cours, on îligeait les élèves de ces instituts à suivre les programmes officiels à passer leurs examens devant les facultés de l'État, au pro6t iquel étaient aussi perçus les droits universitaires. Enfin l'article 7 j projet déclarait les membres des congrégations religieuses, non itorisées par l'État, incapables de donner l'enseignement public ou rivé à quelque degré que ce fût, ou de diriger des établissements jelconques d'instruction. Cet article visait surtout les Jésuites, et :ndait à ruiner l'organisation si florissante que la loi de 1850 avait ;rmis de donner à l'enseignement secondaire catholique. Telle était la loi qu'on se proposait de substituer à la loi de 1875 ir l'enseignement supérieur, dont les catholiques avaient déjà proté pour créer plusieurs Universités prospères. Le projet fut voté ? vârùtur par la Chambre des députés, mais, au Sénat, il renjntra de l'opposition. L'article 7 parut exorbitant à quelques séna- ;urs de la majorité républicaine. Pour ménager à la fois leur conience et leur soumission au ministère, ils votèrent le projet portant lorganisation du conseil supérieur de l'enseignement avec excluon de tous les éléments religieux qui en faisaient partie, mais ils ! refusèrent absolument à voter l'article 7 de l'autre projet de loi. lalgré la pression du gouvernement, des clubs et de la presse radide, cet article fut rejeté.

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Le ministère et la majorité de la Chambre eurent alors recours à un expédient inouï dans les fastes du parlementarisme moderne, et où apparaissait, voilé sous une formule plus ou moins légale, le mépris le plus complet pour les principes de liberté dont on faisait étalage. Lorsque la loi amendée par le Sénat revint à la Chambre des députés, celle-ci la vota sans rétablir l'article 7, mais,en même temps,elle adopta un ordre du jour, suggéré sous main par le ministère et présenté par le député Devès : la Chambre y exprimait sa confiance dans le gouvernement, et comptait sur sa fermeté dans l'application des « lois existantes » aux congrégations religieuses.

Tel était le biais imaginé par le ministère pour arriver à ses fins. Un gouvernement, qui se disait libéral, se trouvait investi des pouvoirs arbitraires que s'étaient arrogés les rois de France et les anciens parlements, au temps du gallicanisme et du régali3me. Il se faisait l'héritier des excès légaux de la révolution jacobine et de l'absolutisme impérial. Il allait chercher des armes dans l'arsenal confus des dispositions prises par tous les régimes contre les ordres religieux, et tombées depuis longtemps en oubli.

Dès le 29 mars parurent deux décrets dignes des pires despotes. Le premier proscrivait les Jésuites, en leur ordonnant de déguerpir de leurs immeubles dans un délai de trois mois, prolongé jusqu'au 31 août pour les maisons d'éducation. Le second obligeait toutes les congrégations d'hommes et de femmes à solliciter dans les trois mois l'autorisation de' l'État, sous peine de tomber elles aussi sous l'application des fameuses « lois existantes ». Tel est le cas qu'on faisait des décisions du pouvoir législatif qui, par l'organe du Sénat, avait refusé de voter l'article 7, jugé nécessaire par le ministère alors qu'il n'avait pas encore découvert les lois existantes! On ne pouvait se moquer plus audacieusement des règles admises par tout gouvernement parlementaire.

Si la confection des décrets fut d'un cynisme brutal, leur exécution fut plus brutale encore. Les Jésuites eurent l'honneur d'être,

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comme toujours, frappés les premiers. Sans égard àTinviolabilîtédu domicile, on les expulsa le 30 juin de toutes leurs résidences, et le I*' septembre de tous leurs collèges. On se souvient des scènes odieuses du côté des exécuteurs, touchantes ou héroïques du côté des victimes et de leurs amis, qui signalèrent la violente expulsion de ces zélés religieux. L'impression fut immense dans toute la France. Les jurisconsultes les plus distingués protestèrent hautement au nom de la légalité. Une foule de magistrats donnèrent leur démission plutôt que de coopérer à la persécution. Plusieurs tribunaux, auxquels les Jésuites avaient recouru pour défendre leurs droits de citoyens et Tinviolabilité de leur domicile, rendirent des sentences en leur faveur. M. de Freycinet, alors président du conseil, effrayé de cette formidable opposition, chercha un moyen de sauver les autres congrégations religieuses. Il fit entendre à Rome que si les supérieurs de ces congrégations consentaient à signer une déclaration attestant qu'ils n'étaient pas hostiles aux institutions établies, on userait de ménagements à leur égard.

Le Saint- Père exprima, par l'intermédiaire de l'épiscopat, le désir de voir une déclaration dans ce sens signée par les chefs des communautés religieuses. Il avait commencé par écarter les bases que lui avait soumises M. de Freycînet : ce dernier eût voulu obtenir que Rome engageât les congrégations à solliciter l'autorisation gouvernementale ; ce qui, après l'expulsion violente des Jésuites, eût été comme un abandon et un désaveu des premières victimes de la persécution. Cette proposition rejetée, la prudence commandait de ne pas laisser échapper l'unique chance de salut qui restât Les ordres relig'ieux se conformèrent donc aux désirs du Saint- Siège. Ils signèrent une déclaration, dans laquelle ils protestaient qu'ils n'étaient attachés qu'à la liberté chrétienne et ne s'occupaient de politique que pour recommander l'obéissance due à l'autorité dont Dieu est la source. Les cardinaux Guibert et de Bonnechose avaient auparavant fait savoir aux évêques de France

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