CHAPITRE ONZIÈME
que la formule pouvait être signée en toute conscience et qu'elle obtiendrait probablement le résultat voulu. Malheureusement l'espoir qu'on avait conçu ne se réalisa pas. M. de Freycinet ne put faire accepter ses propositions par ses collègues du ministère, et donna sa
démission. L'exécution des décrets et leur application aux autres ordres religieux reprit son cours dès le mois d'octobre, sous l'impulsion du ministre Jules Ferry. La douleur et l'indignation des catholiques français furent portés à leur comble par les expulsions
successives des Dominicains, des Carmes, des Bénédictins, des Prémontrés, etc. effectuées au moyen d abus révoltants de la force publique, et dans lesquelles on compromit Thonneur de l'armée en lui faisant assiéger des couvents.
Sous le coup de ces émotions, certains catholiques s'étonnèrent que le Saint- Père n'élevât pas la voix pour protester contre de telles indignités. Plusieurs allèrent même jusqu'à blâmer sa conduite dans l'affaire de la déclaration. Ces doutes et ces critiques manquaient de fondement.
A l'origine du' conflit, Léon XIII avait cru devoir s'abstenir d'un éclat public qui aurait compromis les plus graves intérêts de l'Église en France, et fermé la porte aux démarches relativement conciliantes que l'on pouvait espérer de la part de M. de Freycinet. Mais il fit entendre ses plaintes et ses protestations par la voie diplomatique. Il allait leur donner une forme plus solennelle, lorsque se produisit la proposition officieuse concernant la déclaration. Quant à celle-ci, c'est bien à tort qu'on l'eût désapprouvée. Non seulement elle n'avait rien par elle-même de contraire aux principes, mais elle permettait d'espérer un arrêt dans la persécution.
Lorsque ces espérances eurent été déçues, Léon XIII, qui n'avait plus de ménagements à garder, condamna les procédés du gouvernement français, par une éloquente lettre au cardinal Guibert, datée du 22 octobre 1880. Le Pape y louait hautement la conduite des évêques et des fidèles, ainsi que les exemples héroïques donnés par les magistrats qui avaient brisé leur carrière plutôt que de coopérer à l'exécution des décrets. Il justifiait la manière d'agir du Saint- Siège et s'étonnait que des catholiques, d'ailleurs zélés, eussent trouvé à blâmer la déclaration. Il aurait dû leur suffire de savoir que € cette déclaration avait été faite par l'autorité, à l'instigation, ou au moins avec l'assentiment des évêques. Or disposer des choses qui ont rapport à la religion catholique est le propre des évêques... et il est évident que les autres fidèles doivent leur être soumis et ^