‹ Le pape Léon XIIIChapitre 142 sur 248 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

ne sortait certes pas du terrain purement religieux et du ministère vernement a pu trouver des arrière-pensées politiques et, par suit mesures de rigueur, contre lesquelles le Sitge apostolique a toujoi ne rencontrent de précédents qu'aux époques de guerre ouverte coi Nous n'ignorons pas qu'on a prétendu justifier ces mesures pari sciences née des lettres pastorales des évêques, par le peu de m langage, et par la nécessité, pour l'autorité civile, de se munir d'ur contre les exagérations de quelques membres du clergé.

Mais, alors même que de tels motifs eussent eu quelque fond plorons par dessus tout que le gouvernement de la République, . une mesure si grave, — qui, par suite des pénalités qu'elle deva l'épiscopat et le clergé, était intimement connexe au droit de dota sanctionné par un pacte solennel et bilatéral, — Nous déplorons, qu ait voulu agir unilatéralement et sans entente préalable avec le ' De plus Nous ne pouvons Nous dispenser de faire observer que 1 consciences ne dérive pas de la publication des décrets de la congi mais remonte Èi des causes plus éloignées, parmi lesquelles il fau lieu, le fait d'avoir écarté des écoles l'enseignement religieux à t'ii de la foi des générations naissantes, malgré tes réclamations de 1' lier et des pères de famille, et d'avoir introduit dans les manuels cipea contraires à notre sainte religion. Le gouvernement lui-mËn ces événements, s'était empressé de promettre que, dans les écoles, rien enseigné de contraire à la religion, rien qui pût par cons' conscience des jeunes gens et de leurs parents. Mais.Nous avons avec cette franchise qui est le propre de Notre ministère apostoli< n'ont pas été tenues.

Ce fait, douloureux mais incontestable, pourrait servir d'explicat ou à certaines expressions de quelques membres du clergé, au suji vernement croit devoir faire entendre ses plaintes. En présence d que souffre la jeunesse par la suppression de l'éducation religieus< mage encore augmenté par la lecture de livres que la seule aul déclarés hostiles aux principes sacrés de la religion, chacun comg d'un évêque, à qui incombent la charge et la responsabilité des âni d'affliction et d'amertume.

Et c'est contre ces Pasteurs qu'il faudrait se procurer des arme: si l'attaque et l'offense venaient de leur part? Cette nécessité pou si les évêques.sortant de leur sphère religieuse, inculquaient des j

U Papg Léon XIII.

à Tordre public ; mais tant que, demeurant dans le domaine de la conscience, ils s'efforcent de conserver à la nation, intègres et sans tache la foi et la morale évangéliques, auxquelles le peuple français dans sa grande majorité attache comme de raison le plus vital intérêt, il Nous semble qu'il n'y a pas de motif juste et suffisant de recourir à des précautions générales de cette gravité, qui ne peuvent qu'alarmer et froisser tous les catholiques et surtout l'épiscopat français, lequel mérite si bien de la religion et de la patrie.

Ce résumé des principaux dommages soufferts par la religion catholique en France et de ceux qui la menacent pour l'avenir, semble justifier l'opinion admise déjà par beaucoup de personnes qui suivent attentivement et sans passion la marche des affaires publiques dans ce pays, à savoir que l'on cherche à y mettre graduellement à exécution, au nom des prétendues exigences du temps, le plan conçu par ces hommes hostiles à l'Église, qui en la dénonçant comme une ennemie, cherchent à soustraire à son action et à son influence bienfaisante toutes les institutions civiques et sociales.

Par tout ceci vous comprendrez certainement, M. le Président, combien sont justes Nos appréhensions et Nos angoisses. Nous ne pouvons Nous empêcher d'appeler votre attention sur les tristes conséquences dont seraient menacées la religion et la société civile, si l'on ne prenait des mesures opportunes pour ramener le calme dans les consciences des fidèles, assurer à l'Église la pacifique possession de ses droits, et Nous rendre possible la continuation de Notre attitude si paternellement modérée et si utile à votre nation, même sur le terrain de son influence à l'étranger, influence que le gouvernement français désire justement, comme il Nous l'a fait savoir récemment encore, conserver et accroître de concert avec le Siège apostolique.

Au moment où toutes les nations, effrayées de la série de maux qui proviennent de la propagation croissante de doctrines erronées, se rapprochent du Souverain Pontificat, qu'ils savent être en possession de remèdes efficaces pour consolider l'ordre public et le sentiment du devoir et de la justice, on éprouverait une bien douloureuse impression en voyant la France, cette fille aînée de l'Église, alimenter dans son sein les luttes religieuses, et par conséquent perdre cette union et cette homogénéité entre les citoyens, qui a été par le passé l'élément principal de sa vitalité et de sa grandeur. Cette perte obligerait l'histoire à proclamer que l'œuvre inconsidérée d'un jour a détruit en France le travail grandiose des siècles.

Nous voulons espérer que les hommes d'État qui dirigent les destinées de la France s'inspireront de cet ordre d'idées, et Nous en prenons comme gage les sentiments exprimés dans la note à laquelle Nous avons fait allusion en commençant. Nous ne doutons donc pas qu'ils ne sachent rendre ces intentions efficaces, en resti-

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tuant à Dieu la place qui lui est due dans les institutions gouvernementales et sociales, en ne diminuant pas, mais en accroissant au contraire Tautorité* et la force de l'épiscopat, en respectant les droits sacrés de la milice ecclésiastique en ce qui concerne le service militaire, afin que l'action du clergé ne vienne pas à décroître à l'intérieur et à l'extérieur ; en empêchant enfin qu'on n'adopte des mesures nuisibles à l'Église et préparées par des hommes ennemis de la religion et de l'autorité, ces deux fondements principaux de l'ofdre social et de la félicité des nations.

Nous Nous rappelons avec plaisir, M. le Président, les sages et nobles paroles que vous adressiez à Notre nonce, lorsque celui-ci avait l'honneur de vous remettre ses lettres de créance, et en conséquence Nous nourrissons une pleine confiance que, moyennant votre puissante influence, les précieux avantages de la paix religieuse seront conservés à la France.

Dans cette espérance et «n faisant des vœux pour votre prospérité et celle de l'illustre nation française. Nous accordons de toute l'affection de Notre cœur Notre bénédiction apostolique à vous-même, à votre famille et à toute la France catholique.

LÉON XIII, Pape.

Du Vatican 12 mai 1883.

A cet accablant réquisitoire contre la politique religieuse de la

République, M. Grévy répondit par la lettre suivante, publiée pour

la première fois par le Temps en 1892 (

Juin 1883, Tr^s-Saint-Père,

J'ai reçu la lettre que Votre Sainteté m'a fait l'honneur de m'écrire au sujet des affaires religieuses en France.

Personne plus que moi ne déplore le caractère qu'elles ont pris et ne désire plus ardemment une solution qui concilie les intérêts de l'Église et ceux de l'Ltat.

Votre Sainteté se plaint avec juste raison des passions antireligieuses, Il en existe certainement à côté des sentiments opposés de la grande majorité des Français. Mais ces passions, que je réprouve, peut-on méconnaître qu'elles' sont nées principalement de l'attitude hostile d'une partie du clergé à l'égard de la République, soit à son avènement, soit dans les luttes qu'elle a eu depuis à soutenir pour son exîstence, soit dans celles qu'elle soutient encore journellement contre ses mortels ennemis ?

Dans ce funeste conflit de passions contraires, je ne puis malheureusement que fort peu sur les ennemis de l'Église ; Votre Sainteté peut beaucoup sur les ennemis de la République. Si Elle daignait les maintenir dans cette neutralité politique qui

est la grande et sage pensée de son pontificat, Elle nous ferait faire un pas décisif vers un apaisement si désirable.

Dans son appel au président de la République, Votre Sainteté ne doit pas perdre de vue le rôle assigné au chef du pouvoir exécutif par la constitution française.

En ce qui concerne les mesures gouvernementales, renfermé dans son irresponsabilité, le président doit s'abstenir de tout acte personnel. Il ne peut qu'offrir ses conseils au ministère, et il ne manque pas à ce devoir.

Quant aux lois et aux résolutions parlementaires, il n'y intervient que par ses ministres, qui ont eux-mêmes à compter avec les majorités des deux Chambres.

Toutefois, grâce au temps qui amène avec lui la réflexion et l'expérience, grâce aux dispositions que manifeste le Parlement, grâce aux efforts du gouvernement, qui est animé des sentiments les plus modérés et les plus conciliants, il est permis d'entrevoir des jours moins difficiles, et si Votre Sainteté daigne persévérer dans l'attitude que sa bienveillance et sa haute intelligence des choses et du temps présent lui ont fait prendre, aux applaudissements respectueux de tous les amis éclairés de la religion et de la paix publique, si la partie hostile du clergé finit par désarmer, nous avons l'espérance de voir tomber bientôt ces regrettables débats et d'arriver enfin à une heureuse pacification.

Je demande à Votre Sainteté la permission de ne pas la suivre dans le détail des divers points auxquels sa lettre touche. J'aurais beaucoup de choses à approuver ; il en est quelques autres sur lesquelles je demanderais peut-être à faire de respectueuses réserves. Mais le caractère de ma fonction ne me permet pas d'entrer personnellement dans une discussion que la loi réserve aux ministres responsables. Je leur ai communiqué la lettre de Votre Sainteté, en recommandant à leur plus vive sollicitude les griefs qu'elle renferme. Je suis assuré qu'ils feront ce qui dépendra d'eux pour leur donner toute la satisfaction possible.

Je remerci.e Votre Sainteté du précieux témoignage d'estime et de confiance dont

Elle m'a honoré en m'adressant personnellement sa lettre. Je la remercie aussi de la

bénédiction apostolique qu'elle a daigné à cette occasion donner à la France, à ma

famille et à moi, et;je la prie d'agréer l'humble expression de ma haute vénération et

de mon profond respect.

Jules Grévv,

Président de la République Française.

La lecture de cette correspondance fait naître plus d'une réflexion. Que de paternelle tendresse à l'égard de la France et en même temps que de douleur concentrée et que de fermeté dans la lettre du Pape! S'il est des catholiques qui aient accusé Léon XIII

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