‹ Le pape Léon XIIIChapitre 143 sur 248 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

d'inaction ou de faiblesse vis-à-vis d'un gouvernement p combien ils se sont trompés !

Nul cœur plus que le cœur du Pape n'a saigné et ne blessures faites à l'Église en France. Nul plus que lui, ni lui, n'a cherché à y remédier. Si, au risque de se faire ms ses propres enfants, le Père commun des fidèles a dévoi silence apparent bien des amertumes; si souvent il s'est le public en présence des iniquités dont la France cath( victime, il ne prenait cette attitude que pour éviter de p maux. Il préféra supporter des reproches injustes de 1 catholiques, plutôt que de compromettre ce qu'il voyait et leur intérêt véritable, plutôt que d'exposer l'Eglise de F si accablée, à périr dans la tourmente sans exemple qu'ei chaînée des protestations trop publiques ou trop indignée du Saint-Siège.

Mais en évitant avec soin tout éclat, Léon XIII ne pas et ne demeurait pas inaclif : il protestait avec force, patiemment, énergiquement et constamment sur le pouv plomatie, sous les formes les plus courtoises, disputait pie terrain au gouvernement, dans des questions d'applicatior sonnes extrêmement délicates. Les nominations d'évêq seules lui fournissaient, à chaque instant, matière aux n^ les plus difficiles, pour sauver les intérêts essentiels de l'b vis d'un pouvoir dont l'action, consciente ou inconsciente, tend continuellement à entraîner l'Église de France en d voies de l'obéissance au Saint-Siège et de l'orthodoxie.

La politique de Léon XIll, on l'a dit et il est bon de n'est pas une politique de sentiment ni de fantaisie, mais tique réelle, procédant du connu à l'inconnu, tendant san bien de l'Église et de chacune de ses parties. Le terrain se meut le Saint-Siège en France, celui qu'il cherche à dans son intégrité, au moyen même de quelques sacrifice; très points accessoires, c'est le terrain du concordat.

Le concordat accorde à T Église des biens réels et certains, sa suppression amènerait des maux certains, peut-être aussi quelque bien, mais un bien incertain. Dès lors la voie du pape Léon XIII est tracée. Il cherchera à éviter la dénonciation du concordat. Il supportera bien des choses pour écarter ce malheur, il s'attachera en même temps à amener le gouvernement à ne pas fausser Tesprit du traité qui le lie à l'Église. La lettre de Léon XIII à M. Grévy nous met vivement sous les yeux cette action du Pape dans l'accomplissement de la tâche qu'il s*est imposée. Tâche ingrate s'il en fut, lorsqu'on se trouve en présence d'un pouvoir qui* joint à la force l'habileté, et, trop souvent, à l'habileté la mauvaise foi; tâche cependant dont Léon XIII et sa diplomatie se sont acquittés et s'acquittent avec un tact infini, et un succès, sinon complet, au moins suffisant pour empêcher la ruine absolue de la religion en France !

La lettre du Pape à M. Grévy montre aussi de quels sentiments est animé à l'égard des ennemis de l'Église, le Vicaire de Celui dont il est écrit : arundinem quassatam non confringei et linum fumigans non exstinguet. Léon XIII ne veut pas achever de rompre le roseau brisé, ni éteindre la mèche encore fumante. Il ne veut pas laisser se perdre ce qui peut encore demeurer de dispositions quelque peu bienveillantes ou impartiales envers l'Église dans le cœur de ceux qui détiennent le pouvoir. ^

En lisant la réponse de M. Jules Grévy, on ne peut, malgré les confusions qu'elle renferme,se défendre de l'impression qu'elle part d'un cœur touché des procédés du Pape. Il serait injuste de méconnaître le ton convenable et respectueux qui y règne. C'est le ton d'un homme qui n'est pas systématiquement hostile. S'il rejette la cause de la persécution sur le clergé, il espère néanmoins la pacification. On a vu depuis, hélas ! combien ces espérances ont été trompées. Il y a néanmoins un certain fond de justesse dans l'idée émise par M. Grévy, touchant l'hostilité du clergé à la République.

Cette idée a été, bien longtemps après, reprise à un autre point

EMl.

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