CHAPITRE ONZIÈME
concordat. Léon XIII rappelle les plaintes qu'il a adressées à ce propos au gouvernement, lequel a témoigné vouloir les recevoir avec un esprit d'équité. Il rappelle ses lettres au cardinal Guibert à propos de la persécution des ordres religieux, et au président de la république sur les autres mesures hostiles au bien des âmes. Il loue » M
la conduite courageuse des évêques dans l'affaire des décrets et leurs efforts pour établir de bonnes écoles. Il déclare que personne n'a le droit d'y trouver un motif de les faire passer pour ennemis de la république, puisqu'ils ne font que remplir leur devoir en défendant les âmes. Il les exhorte à continuer dans la même voie et à
conserver entre eux une union nécessaire. Il se félicite des exemples de vertus donnés par un clergé zélé et charitable, par des laïcs nombreux et pleins de courage dans la profession de la foi et la pratique des bonnes œuvres.
Pour conserver et augmenter ces biens, Léon XIII désire que le clergé abonde en hommes capables, et soit en tout soumis aux évêques : que les laïcs travaillent beaucoup à la défense de la religion, spécialement par la parole et par la plume ; qu'ils s'efforcent à cet effet d'être unis entre eux et soient prêts à sacrifier au besoin pour le bien commun leurs opinions personnelles. Ces conseils s'appliquent surtout à ceux qui écrivent : à eux aussi d'être parfaitement dociles envers les évêques, qui sont les seuls chefs légitimes, lorsqu'il s'agit de combattre pour la religion.
Finalement le Pontife recommande instamment la prière, et l'amende honorable 'envers Dieu et Jésus-Christ, dont le nom est blasphémé et renié par les impies et surtout par une presse sans frein. Il affirme son amour pour la France et l'espoir de voir se consolider de plus en plus l'union si avantageuse qui a toujours existé entre elle et le Saint-Siège.
Dans un bref du 27 juin 1884, adressé à l'évêque de Périgueux, Léon XIII accentue les conseils donnés dans cette encyclique aux catholiques français, dont les divisions paraissent plutôt augmenter que diminuer, alors que ce ne serait pas trop de toutes leurs forces pour repousser les attaques de la franc-maçonnerie. Il rappelle que cette union doit 'se faire sur le terrain des doctrines exposées dans le Syllabus et les encycliques de Pie IX et de Léon XI II, « en omettant les dissensions qui ont pour objet des intérêts privés ou d'une importance secondaire en comparaison de choses d'un ordre . plus élevé ».
Par ces paroles le Pontife semblait préluder aux enseignements qu'il devait donner plus tard à la France avec tant de solennité et dont nous aurons à reparler longuement ci-après.
Ôapftre Dnu5ième.
(1879-1883.) Ion de l'Église en Prusse en 1879. — Reprise des négociations avec Rome. ^ Pourparlers entre M. de Bismarck et le cardinal Jacoblni. — Bref à l'archevÊque de Cologne (24 février 1880). — Ouvertures du St-S16ga touchant Vansei^efi/licMi. — l-euT reiet. — Loi des pouvoirs dlscrétlounalres (14JuUlet 1880). — Nominations éplscopates, — La légation prussienne au Vatican. — Nouvelle loi des pouvoirs discrétionnaires (30 mars 1882). — Négociations eatreBomest Berlin touchant ranz«^!?l/&VA/ en 1883.— Loi du H Julll«t 1883. — Mesures de paciUcation prises par le gouvernement. ~ Visite du prince Impérial d'Allemagne au Saint-Père.
VANT de reprendre le récit des négociations entre : le Saint-Siège et la Prusse, jetons un coup d'oeil sur l'état où se trouvait l'Église dans ce pays au moment où nous avons interrompu notre narration. Lors de la chute de Falk, il n'y avait en Prusse que quatre diocèses sur douze, qui eussent conservé leurs titulaires : c'étaient ceux de Kulm, d'Ermeland, de Hildesheim et d'Osnabruck ; 1 185 curés, 645 vicaires manquaient dans les rangs du clergé. En vue de préparerl'avenir.l'État avait enlevé à l'Église toute influence sur les écoles.et s'était arrogé le droit de contrôler l'enseignement religîeux.qu'il confiait en bien des communes à des laïques non revêtus de mission canonique. Les inspections scolaires catholiques étaient données à des gens «bien pensants »: parfois àdes maîtres vieux catholiques, ou catholiques de nom seulement, ou bien à des maires protestants.
Dans beaucoup d'écoles primaires on avait introduit peu à peu le système de la simultanéité des confessions, ou des écoles mixtes non confessionnelles.
Le successeur du docteur Falk, M. de Puttkamer qui, comme président de la province de Silésie, s'était montré aussi peu rigoureux que possible dans l'application des lois de mai, ne professait pas
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contre r Église catholique les sentiments hostiles dont son prédécesseur avait donné tant de preuves ; mais, protestant croyant et pratiquant, il était imbu des préjugés de sa secte et défenseur énergique de l'omnipotence deTÉtat. Bismarck avait prétendu que les lois de mai étaient purement politiques et non religieuses ; — il n'y voyait qu'une phase de la lutte séculaire entre le sacerdoce et la royauté- M. Roon, ministre président en 1873, s'en prenait à la proclamation du dogme de rinfaillibilité, et représentait ce qu'il appelait la prétention d'un homme à l'infaillibilité comme une provocation à la lutte. — Falk invoquait la nécessité d'en finir sur le terrain politico-ecclésiastique avec l'état de choses créé en 1848. Quant à Puttkamer, tout en déplorant les conséquences des lois de mai, il prétendait en démontrer l'opportunité par la nécessité où se trouvait l'État de se mettre en défense contre les empiétements de l'Église. Et il disait aux catholiques :« C'est vous qui par votre obstination à ne pas accepter les lois de l'État, êtes cause des souffrances de votre Église. »
C'était donc bien, comme disait le chancelier, toujours le même fil ; il n'y avait que le numéro de changé. Pour M. Puttkamer comme pour son prédécesseur, les ministres du culte catholique étaient des employés de l'État, et les catholiques ne devaient pas s'imaginer que le gouvernement pensât à reculer.
Cependant le clergé des diocèses de Munster, de Paderborn et de Trêves voulut profiter, en faveur de l'enseignement religieux, de ce «changement de numéro ». De longues pétitions, éloquemment motivées, furent adressées au nouveau ministre pour lui exposer les funestes effets du régime auquel le système^de son prédécesseur avait asservi l'école. M. de Puttkamer répondit en énumérant les anciens griefs, mais sur un ton bienveillant, et il promit d'apporter à la situation qu'on lui signalait tous les remèdes en son pouvoir. De fait, dans beaucoup de communes, l'enseignement religieux fut de nouveau confié aux ecclésiastiques, et ceux-ci furent relevés de