CHAPITRE DOUZIÈME
continuaient à Vienne par l'entremise du pro-nonce Jacobinî, le gouvernement proposa-t-il la loi dite des pouvoirs discrétionnaires ou des dispenses, destinée à faire TEtat arbitre unique de la paix religieuse. Après avoir subi quelques modifications, le projet fut voté et promulgué le 14 juillet 1880. Cette loi donnait au ministère la faculté de dispenser du serment exigé par les lois de mai les ecclésiastiques appelés à exercer les fonctions épiscopales dans les diocèses vacants, de faire lever la suspension des traitements, et d'autoriser les ordres tolérés en Prusse à fonder de nouvelles maisons religieuses destinées aux soins des malades. Le Centre avait combattu cette loi à cause de son insuffisance. « On aurait mieux fait », avait dit M. de Schorlemer-Alst, « de rétablir tout simplement les articles 15, 16 et 18 delà Constitution ». Cependant elle mérita d'être appelée la première loi de paix, parce qu'elle impliquait, de la ' part du gouvernement, l'aveu que la législation du kulturkampf devenait inapplicable.
A la faveur de cette loi,il fut procédé en i88r à la réorganisation des administrations diocésaines. Des vicaires capitulaires furent donnés aux diocèses devenus vacants par la mort de leurs évêques. La notification ayant toujours eu lieu en pareils cas, on pouvait se conformer sans inconvénient à l'usage établi. Pour le diocèse de Trêves, le gouvernement laissa au Saint- Père le choix de l'évêque, et Sa Sainteté proposa l'abbé Korum chanoine de Strasbourg. Mgr Korum fut consacré à Rome, et ses nouveaux diocésains l'accueillirent avec enthousiasme. Lors de la visite qu'il fit au chancelier, celui-ci lui dit : « Soyez aussi ultramontain que vous voudrez ; mais laissez-moi le pouvoir discrétionnaire. »
Quelque temps après, d'autres nominations épiscopales eurent lieu. Le 15 novembre, le vicaire général Kopp fut appelé au siège épiscopal de Fulda. Le prince-évêque de Breslau mourut le 20 octobre. Sa résidence dans la partie autrichienne de son diocèse l'avait partiellement mis à l'abri des conséquences du kulturkampf.
Uévêque auxiliaire, Mgr.Gleich, fut chargé de Tadministration du diocèse. Ainsi diverses Églises de Prusse sortaient du triste veuvage auquel elles étaient réduites, et les espérances des catholiques commençaient à renaître.
Le 1 1 juin 1 88 1, s'était accompli sans bruit un changement ministériel. M. de Puttkamer ayant remplacé le comte Eulenbourg au ministère de l'intérieur, le portefeuille des cultes et de l'instruction publique avait été confié à M. de Gossler. Mais il n'y avait eu que rhomme de changé ; le système et les principes restaient les mêmes.
Néanmoins, un fait significatif vint montrer combien le gouvernement prussien sentait le besoin de conclure la paix. Le 14 septembre 1881 un diplomate prussien, M. de Schlœzer, revenant d'une mission aux États-Unis, avait été reçu en audience par le Saint Père et avait traité avec lui des intérêts religieux de la Prusse. La presse officieuse eut soin défaire ressortir que, dans cet entretien, il n'avait été nullement question de concession à faire au Saint-Siège. Mais, malgré ces dénégations, tout le monde comprit qu'il y avait là un signe des temps. En effet M. de Bismarck ne tarda pas à proposer au landtag prussien le vote des fonds nécessaires pour le rétablissement d'une légation prussienne au Vatican, et M. de Schlœzer fut accrédité, au courant de l'année 1882, en qualité de ministre de Prusse auprès du Saint-Siège.
Interpellé au reichstag par le député Virtchow, qui voulait savoir pourquoi la nouvelle ambassade ne représentait que la Prusse, et non l'Allemagne, le chancelier répondit qu'il regardait l'Église catholique — avec son chef — comme une institution du pays, c'està-dire de la Prusse, mais, qu'une représentation de l'Allemagne au Vatican pourrait peut-être s'établir dans l'avenir. Il cessait donc de considérer l'Église comme une institution étrangère. C'était, comme le fait remarquer l'abbé Majunke, condamner le principe même qui avait présidé à la promulgation des lois de mai; et l'envoi d'un ministre prussien au Vatican ressemblait fort, malgré l'attitude gardée par