‹ Le pape Léon XIIIChapitre 149 sur 248 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

le prince de Bismarck par rapport aux loîs de maî, à un voyagea Canossa par procuration ! Aussi la sensation qu'excita cet événement fut-elle immense.

L'objectif du chancelier, en rétablissant la légation prussienne, était évidemment d'amener le Pape à reconnaître les pouvoirs discrétionnaires. Il n'en est pas moins vrai que le rétablissement des relations diplomatiques était un acte de haute déférence vis-à-vis du Saint-Siège, et pouvait produire dans le présent et, plus encore dans l'avenir, d'heureux résultats.

C'est ce qui engagea Léon XIII à accueillir avec bienveillance le nouveau ministre prussien. Pas plus qu'auparavant il n'acceptait le principe des pouvoirs discrétionnaires, mais il ne crut pas devoir repousser, en fait, les occasions qui pourraient lui être offertes de remédier à quelques-uns des maux de l'Église de Prusse. C'est donc à tort qu'on voulut alors taxer d'une part le Centre allemand de désobéissance, d'autre part le Pape lui-même d'abandon des droits des catholiques. Le Centre continuait sans doute à poursuivre l'abolition des lois de mai et des pouvoirs discrétionnaires, mais en cela il ne s'écartait nullement de 1^ volonté du Pape. De son côté ce dernier abandonnait si peu les droits des catholiques que, tout en repoussant les lois de mai et la législation discrétionnaire, il voulait faire profiter l'Eglise de toutes les concessions que le pouvoir civil voudrait en fait lui accorder, même sous l'empire de cette législation. Cette modération pleine de sagesse porta ses fruits et nous en constaterons bientôt les heureux résultats.

Les pouvoirs discrétionnaires que la loi du 14 juillet 1880 avait attribués au gouvernement étant expirés le i janvier 1882, une nouvelle loi — la seconde loi de paix, — votée le 30 mars, les renouvela en les étendant à la faculté de rappeler les évêques chassés de leurs sièges, et de dispenser les jeunes prêtres de l'examen d'État. Le gouvernement, qui s'était d'abord opposé à ces améliorations, consentit à faire exécuter la loi ainsi votée, dont la durée avait été fixée

à un an. Toutefois il en retarda de deux mois la promulgation, ce qui équivalait à en limiter arbitrairement l'exécution à une période de dix mois. On y vit un fâcheux indice des dispositions du grand chancelier. En effet, par un de ces revirements familiers à sa politique, les rigueurs du kulturkampf ne furent nullement diminuées dans la plupart des cas, et un incident ne tarda pas à s'élever entre le gouvernement et le nouvel évêque de Breslau, Mgr Herzog, auquel on reprochait d'éloigner des paroisses les prêtres intrus, et de veiller à l'exécution des lois de l'Église quant aux mariages mixtes. Toutefois cet incident fut rapidement aplani. Le séquestre qui pesait sur les revenus de plusieurs évêchés fut aussi levé vers cette époque. D'un autre côté, le gouvernement prussien persistait à s'opposer à la rentrée des évêques exilés, Melchers et Ledochowski. C'est au milieu de ces fluctuations, mais néanmoins avec une tendance réelle à l'apaisement, que continuèrent à se poursuivre, entre le Saint-Siège et la Prusse, les épineuses négociations dirigées par le cardinal Jacobini avec un tact et une habileté des plus remarquables.

La même année, les diocèses de Paderborn, de Breslau et d'Osnabruck furent pourvus de leurs pasteurs. Mais le gouvernement ne fit usage que plus tard de son pouvoir de rappeler les évêques, à savoir pour l'évêque de Limbourg, le 7 décembre 1883, et pour celui de Munster, le 21 janvier 1884.

Le 14 novembre 1882, l'empereur exprima dans son discours du trône la satisfaction qu'il éprouvait de voir les rapports diplomatiques rétablis entre la Prusse et le Vatican. Les espérances qu'énonçait le monarque dans ce discours étaient de nature à convaincre les plus endurcis que les temps de lutte ouverte étaient bien passés.

Léon XIII s'empressa de remercier Guillaume I^'" par une lettre datée du 3 décembre. Sa Sainteté espérait que la législation serait définitivement adoucie en certains points essentiels au maintien de la religion catholique en Prusse.

A la lettre du Pape, le roi répondit, le 22 décembre, que la réoccu-

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pation de la plupart des sièges épîscopaux, et le rétablissement de rambaasade ne pouvaient qu'amener un nouveau rapprochement entre Rome et Berlin, « Je pense, — ajoutait-il, — que si ce rapprochement a lieu sur le terrain de la notification préalable des nominations ecclésiastiques, il tournera plutôt à l'avantage de T Église qu'à celui de l'État, parce qu'il facilitera la collation des cures vacantes. »

Le Pape répondit, le 30 janvier 1883. en disant qu'une note du Secrétaire d'État, remise par son ordre à M. de Schlœzer, assurait de nouveau le gouvernement prussien de sa volonté, déjà manifestée autrefois, de permettre aux évêques la notification des candidats aux cures. Le Saint- Père se déclarait en outre disposé à ne pas attendre la complète révision des lois de mai pour pourvoir, moyennant cette notification, aux cures vacantes. En outre il exprimait le désir qu'on modifiât en même temps les lois qui entravent l'exercice du pouvoir et du ministère ecclésiastique, l'instruction et l'éducation du clergé, conditions indispensables de la vie catholique. L'accord, une fois établi sur ces points, s'établira ensuite facilement sur les autres.

La note du cardinal Jacobini dont il était question dans la lettre du Pape, insistait sur la nécessité du paripassu dans les concessions réciproques, et déclarait que des instructions seraient envoyées aux évêques à propos de la notification, aussitôt que des mesures auraient été proposées aux corps législatifs et acceptées par eux touchant les points signalés par le Saint- Père. La notification serait concédée pour les vacances existant actuellement, mais acquerrait dans l'avenir un caractère stable moyennant un accord à intervenir.

D'autres notes furent échangées, pendant que le landtag prussien rejetait une proposition de M. de Windthorst, tendant à l'abolition des pénalités contre les prêtres qui célébraient la messe ou conféraient les sacrements sans autorisation, mais votait par contre une proposition émanée des conservateurs et invitant le gouverne-

ment à la révision de la législation politico-religieuse dès que le permettrait l'état des négociations avec la curie romaine.

Malgré ces symptômes de rapprochement, M. de Bismarck était loin de se montrer facile et conciliant dans sa façon de négocier. Le 5 mai il réclamait, par une note remise au Vatican, la concession préalable de \ anzeigepflicht comme point de départ aux négociations et preuve de bonne volonté de la part du Saint-Siège. Une pareille prétention était inacceptable et contraire aux bases d entente posées par le Vatican. Quoi qu'il en soit, le grand chancelier ne tarda pas à soumettre, de son propre chef et sans accord préalable avec Rome, un nouveau projet de loi au landtag.

Ce projet étendait les pouvoirs discrétionnaires, en permettant au ministère de tolérer que, dans certains districts, les cures fussent, provisoirement et à titre précaire, confiées à des prêtres auxiliaires (hulfsgeislliche)y sans que leur nomination fût soumise à la notification préalable.

On le voit, le gouvernement prussien reculait toujours, tout en se donnant les dehors de la clémence. Il ne voulait rien sacrifier de ses lois, et ne cédait qu'à la nécessité, de jour en jour plus urgente, de réparer les désastres qu elles avaient causés. De fait, l'Eglise restait à la merci de l'État.

Le 21 juin une note du cardinal Jacobini, empreinte d'un grand sentiment de courtoisie, tout en rendant justice aux intentions du gouvernement et à son désir d'améliorer la situation des catholiques, exprimait la surprise de voir présenter à la chambre une nouvelle loi religieuse sans accord préalable avçc le Saint-Siège. Elle affirmait que cet accord était le seul moyen possible de pacification, et que la notification ne pourrait être concédée pour certaines fonctions ecclésiastiques avant que la question de l'éducation du clergé et du ministère pastoral ne se trouvât réglée.

Dans l'entretemps, la loi proposée au landtag y était votée après d'intéressants débats et avec quelques modifications de détail.

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